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Publié par Edouard Boulogne

 

L'euthanasie en question.

 

Euthanasie.JPG

Le redoutable, et complexe, problème de l'euthanasie occupe de nouveau le devant de la scène polico-socialo-morale. Le premier ministre, François Fillon, dans le journal Le Monde, exprime sa défiance vis à vis des arguments en faveur d'une dépénalisation, et d'une banalisation de cette redoutable perspective.

Il ne s'agit que d'une offensive nouvelle, destinée à faire tomber un des freins les plus anciens à la barbarie humaine, qui, évidemment se pare des atours de l'humanisme et des droits de l'homme.

Je vais y revenir dans les jours qui viennent, mais, ce soir ( 26 janvier 2011 ), pris par d'autres tâches, je me contenterai de reproduire un article de Gérard Leclerc, paru sur le Scrutateur le 19 mars 2008, lors d'une précédente bouffée délirante des partisans de l'euthanasie, et la brève présentation que j'en avais faite.

EB.

 

Le problème de l'euthanasie.

 

( Depuis des jours, et il semble que la campagne "d'information" (!) ne fasse que commencer, la presse et particulièrement la presse audio visuelle , parle du cas de madame Sébire , atteinte d'une maladie douloureuse, et déformante, qui demande à être euthanasiée. Madame Sébire, à l'égard de qui l'on ne peut rester indifférent (qui d'entre nous ne redoute, pour son propre compte, de se trouver un jour dans une situation comparable?) , ne s'est pas suicidée, elle réclame, sur un ton militant une loi qui légalise l'euthanasie.


Son désir n'est pas sans poser problème.

La civilisation occidentale passe par une crise des valeurs fort grave. Des groupes de pression très influents, bien organisés, bien placés aux centres stratégiques de manipulation de l'information, s'efforcent de faire sauter, un à un, les barrages que la sagesse philosophique et religieuse, avait, au cours des siècles construits pour faire obstacle à la faiblesse, et/ou à la barbarie humaine.

En jouant sur les sentiments, la pitié, qui peut être dangereuse (voir sur ce point, et à propos d'autre chose, le roman de Stéphan Zweig : La pitié dangereuse ) elle veut faire évoluer la législation, en escamotant la complexité des problèmes, les risques de l'irréflexion et la vérité de l'adage populaire sur l'enfer qui est pavé, parfois, des meilleures intentions. (Si en l'occurence, bonnes intentions il y a).

Il ne faudrait pas oublier qu'au 20ème siècle, une nation civilisée, passant par une phase de régression, je veux parler de l'Allemagne nazie légalisa l'euthanasie. Un décret, signé Adolf Hitler spécifia :
"Le Reich-professeur Bülher et le docteur en médecine Brandt sont, sous leur responsabilité, chargés d'étendre l'autorité de certains médecins, à distinguer personnellement par la mort, les personnes qui, dans les limites du jugement humain et à la suite d'un examen médical approfondi, auront été déclarés incurables".

Derrière les formules prudentes, et les réserves apparentes, on sait quel "humaniste" se dissimulait, et quels crimes furent commis en son nom. 

Pour aider à se faire une opinion personnelle réfléchie, je publie aujourd'hui un article du philosophe Gérard Leclerc paru dans l'hebdomadaire France Catholique.

Après l'article de M. Leclerc, je reproduis aussi le texte intégral du Serment d'Hypocrate, l'un des fondements de notre civilisation, qui est aujourd'hui gravement remis en question.

Edouard Boulogne).


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Euthanasie : le bras de fer,
par Gérard Leclerc.

dimanche 16 mars 2008.
Cette fois, l'orchestration ne fait plus aucun doute. Le cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans souffrant d'une tumeur maligne de la face et qui demande le suicide médicalement assisté, est l'objet d'un bras de fer emblématique.

C'est la mobilisation générale de part et d'autre d'une ligne de fracture. Elle sépare les tenants de la lé­­­gislation actuelle (la Loi fin de vie dite Leonetti de 2005) des militants d'une dépénalisation de l'euthanasie. L'offensive appartient à ces derniers. Leur arme fatale  : un visage et l'énergie désespérée d'une femme qui souffre physiquement et moralement. Pour entretenir l'émotion qui risquait de se dégonfler aussi vite qu'elle avait été projetée dans l'actualité, ils ont calculé leur ca­lendrier avec divers re­bondissements

D'abord, c'est l'annonce des contacts établis avec la patiente par l'ADMD et son président, Jean-Luc Romero, en pleine campagne de ce lobby sur les députés. On a du mal à penser que l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité ignorait tout de la situation de Chantal Sébire quand celle-ci s'est exposée médiatiquement sur France-Télévision et auprès de l'Agence France Presse.

Ensuite, c'est le dévoilement d'un projet d'action en justice qu'on annonce « originale »  ; Maître Antonowitcz, vient de la mettre en œuvre, niant toute idée de « procédure farfelue » ou « fantaisiste ». C'est en délégation et devant les caméras que la patiente, sa fille, son avocat et Jean-Luc Romero sont sortis du tribunal de Dijon le 12 mars. Un juge les avait écoutés. Un verdict était attendu pour le 17 mars.

Jean-Luc Romero, qui s'est fait un nom dans le théâtre médiatique, croit devoir affirmer  : « Je suis confiant ». Cautionner des élucubrations juridiques qui ne convainquent pas les juristes permet d'entretenir le suspens et de préparer les manifestations de colère et de déception que ne manquera pas de provoquer le refus de la justice d'accéder à la demande des plaignants. Leurs réactions seront d'autant plus médiatisées.

La famille Sébire fait d'ail­leurs peine à voir, non seulement à cause de cette maladie qui mine inexorablement la santé et l'apparence de Chantal Sébire, mais aussi par l'instrumentalisation de sa situation qui l'a fait entrer, selon les propres dires de sa fille aînée « dans une spirale » qui, parfois, la « dépasse ». Car toute l'ambivalence sordide d'une certaine pitié s'exhibe désormais dans la presse. On ne s'étonnera pas que France Dimanche titre « Atteinte d'une tumeur insoignable, elle se voit petit à petit transformée en 'monstre' », suivi d'un poignant  : « Par pitié, M. Sarkozy, laissez-moi mourir  ! ».

Même le quotidien Le Monde a fini par s'y mettre en titrant un entretien annoncé en Une  : « Chantal Sébire, 'littéralement mangée par la douleur', réclame le droit d'anticiper sa mort ».

Face à cette déferlante, le dispositif Leonetti pare les coups avec sang-froid. Même si Bernard Kouchner a jugé la loi "insuffisante", estimant qu'il faudrait la "compléter", plusieurs autres ministres, à commencer par le premier d'entre eux, appuient les arguments de l'auteur de la loi fin de vie. Jean Leonetti avait expliqué qu'on ne devait pas légiférer sous le coup de l'émotion. Évoquant « le droit à la vie » Rachida Dati a souligné que « la médecine a d'abord pour vocation de sauver la vie ». « à titre personnel, je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des subs­tances létales » a ajouté le Garde des Sceaux. François Fillon, tout en s'associant à l'émotion générée chez les Français par la situation de Madame Sébire, reprend finalement la posture de Jean-Pierre Raffarin, son prédécesseur, du temps de l'affaire Humbert, en déclarant  : « Je pense qu'il faut avoir la mo­destie de reconnaître que la société ne peut pas répondre à toutes ces questions ».

Quant à Christine Boutin, mettant en garde contre la « société barbare » vers laquelle nous irions « si l'on fait sauter le verrou » en donnant le droit à une personne de tuer une autre, elle s'est interrogée sur les soins antidouleurs reçus par la patiente. Et, effectivement, c'est sur ce point que convergent les doutes des experts avec, finalement, la suspicion d'une scandaleuse manipulation. Plusieurs médecins que nous avons interrogés se disent dégoûtés par ce qui est affirmé à propos des douleurs de Chantal Sébire. Privés d'accès au dossier médical, ils sentent la médecine prise en otage dans un choix truqué, comme si il n'y avait comme solution que, d'un côté, la mort à petit feu dans d'a­troces souffrances physiques et, de l'autre, l'euthanasie par suicide médicalement assisté.

Or, comme pour l'affaire Humbert, la volonté de « maîtriser la mort », bien compréhensible mais devant laquelle il ne faut surtout pas céder, s'accompagne du refus des solutions so­ciales ou médicales (notamment analgésiques) qui pourraient être proposées. Il semble même que ces propositions sont caricaturées. Dépêché par le président Sarkozy, son conseiller pour la santé, le professeur Arnold Munich a proposé à Chantal Sébire qu'un collège de médecins lui donne un « nouvel avis médical ». Son cas ne serait pas aussi « limite » qu'il est spectaculaire. D'ailleurs c'est le choix de la mort comme dernière liberté pour tous que prône l'ADMD. Quitte à refuser toute proposition d'accompagnement, on somme la médecine de tuer. Déboutée comme prévu lundi, Chantal a prévenu : elle ne fera pas appel, ayant désormais les moyens de se suicider...
Gérard Leclerc.

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Serment d'Hippocrate.

Traduction de Littré.

"Je jure par Apollon médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, et je les prends à témoin que, dans la mesure de mes forces et de mes connaissances, je respecterai le serment et l'engagement écrit suivant :

Mon Maître en médecine, je le mettrai au même rang que mes parents. Je partagerai mon avoir avec lui, et s'il le faut je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s'ils veulent étudier la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autre parties de l'enseignement à mes enfants, à ceux de mon Maître, aux élèves inscrits et ayant prêtés serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades le régime de vie capable de les soulager et j'écarterai d'eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible. Jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir. Je ne remettrai pas d'ovules abortifs aux femmes.

Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans la pureté et le respect des lois Je ne taillerai pas les calculeux, mais laisserai cette opération aux praticiens qui s'en occupent. Dans toute maison où je serai appelé, je n'entrerai que pour le bien des malades. Je m'interdirai d'être volontairement une cause de tort ou de corruption, ainsi que tout entreprise voluptueuse à l'égard des femmes ou des hommes, libres ou esclaves. Tout ce que je verrai ou entendrai autour de moi, dans l'exercice de mon art ou hors de mon ministère, et qui ne devra pas être divulgué, je le tairai et le considérerai comme un secret.

Si je respecte mon serment sans jamais l'enfreindre, puissè-je jouir de la vie et de ma profession, et être honoré à jamais parmi les hommes. Mais si je viole et deviens parjure, qu'un sort contraire m'arrive! "




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Oupédisa 28/01/2011 16:20



Hum ... c'est un sujet très complexe, comme celui de l'acharnement thérapeutique. Ou encore celui du rapport entre la "morale catholique" face aux excès de pédophilie d'une certaine partie du
clergé ...


C'est face à la douleur extrême que chacun pourra avoir une vraie idée du problème ... Contrairement à ce qu'on prétend ce n'est pas le couteau qui sait ce qui se passe dans le coeur du giromon.
C'est le giromon !


A part çà voilà que http://fr.news.yahoo.com/4/20110128/tts-france-homosexuels-reactions-ca02f96.html .


La question qui se pose : Les enfants "élévés" par des couples homosexuels sauront-ils jamais qui est leur tante ?
 


 


 


 



Hippolyte de la Condriaquerie 27/01/2011 12:08



Le serment d'Hypocrate est une blague, mon cher Scrutateur. En tout cas depuis que Madame Veil, courroie de transmission de ce bon Monsieur Chirac, lui-même exécuteur des basses œuvres de M.
Giscard d'Estaing (dans un de ces marchés de dupes dont les fourbes raffolent) à ivégé l'avortement, et depuis que les différentes excellences qui ont succédé à ce triumvirat ont mis les
praticiens au pied du mur par l'obligation de choisir entre le statut de parjures, et celui de hors-la-loi, sans autre possibilité. En effet, il me semble avoir lu plus haut (dans le serment
d'Hypocrate) : « Je ne remettrai pas d'ovules abortifs aux femmes ». C'est assez comique, mais la tradition du serment d'Hypocrate persiste, et l'obligation du parjure aussi. Telle est la
République, qui refuse toute comparaison avec le régime auquel vous faites allusion lorsque vous citez le cas d'une nation civilisée exposée à une phase de régression. J'ai employé le mot comique
à dessein, en référence à Bergson, pour qui le comique, c'est « le mécanique plaqué sur le vivant », exactement comme... le totalitarisme.