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Publié par Edouard Boulogne

 

Courrier-lecteurs

 

 

 

L'attaque frontale et imbécile de Serge Letchimy contre le ministre de l'intérieur suscite de nombreuses réactions chez les lecteurs du Scrutateur, et je ne pourrai les publier toutes. En voici une qui émane cette fois de la Martinique. EB.

 

 

L'erreur de Monsieur Guéant ? 

 

C'est d'avoir dit - à propos de civilisations :« Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».

 

Il a mis le doigt où il ne fallait pas. Il a parlé de cornes dans une maison peuplée de cabris, de boeufs et d'autrs, et le doigt montrant la lune est un peu devenu l'oeil qui regardait Caïn.Alors Caïn s'est mis à regarder - d'un oeil méchant - l'oeil qui le regardait.

 

En gros, M. Guéant a mis le doigt là où il ne fallait pas.

 

La lecture du Naïf, les "débats" sur MKT est assez riche d'enseignements à ce sujet, la haine sociale et ethnique est un puissant levier politique aux Antilles, notamment chez les indépendantistes (déguisés en autonomistes ou non), du LKP ou du K5F. Jusqu'à présent la plus sage attitude a toujours été de faire semblant de ne s'apercevoir de rien, ce qu'a toujours fait le gouvernement (français) copieusement injurié par des hordes de fonctionnaires "nationalistes" qui, forts de leurs pensions, retraites et avantages en matière de sécurité de l'emploi garanties à vie ne se privent pas.

 

Qu'aurait dû faire M. Guéant ? Faire comme tout le monde, semblant de ne nous apercevoir de rien ?

 

En tout cas, le masque est tombé. Enfin, tombé ! Disons que M. Letchimy a fait là une sorte d'outing inaproprié : il n'a rien appris à personne, et en faisant semblant de ne s'être aperçu de rien, tout le monde pouvait sauver la face. Là, il complique les choses. Cela veut-il dire qu'il est prêt à passer à la vitesse supérieure, et que les balisiers du PPM sont prêts à entrer en action pour laver l'offense au peuple martiniquais ?

 

Pauvre Monsieur Hollande, qui s'est cru bien inspiré de chercher des excuses à M. Letchimy ! Il n'a fait que l'enfoncer en disant que celui-ci avait sans doute été "blessé et humilié" par les déclarations de M. Guéant sur la différence des valeurs des civilisations. Ces propos, somme toute anodins et que nul personne de bonne volonté ne saurait contredire, M. Hollande a considéré que M. Letchimy pouvait avoir les avoirs prises pour une attaque dirigée contre lui, comme si M. Guéant avait fait une gaffe, quoi !

 

Certes, M. Letchimy s'est dénoncé tout seul. Mais M. Hollande n'a fait que retourner le fer dans la plaie.

 

Le gouvernement n'aurait pas dû quitter l'Assemblée. Il aurait dû faire comme d'habitude, comme s'il ne se rendait compte de rien. Et tout le monde aurait été content.

 

Jamais M. Letchimy ne s'excusera. Dès lors que l'interprétation passe par le crible de l'éthnicité - au lieu de s'en tenir aux termes du propos -, cela risque, comme dit La Fontaine, de dégénérer :

 

Et le proverbe dit : « Corsaires à corsaires,

L'un l'autre s'attaquant ne font pas leurs affaires. »

 

(Tribut envoyé par les Animaux à Alexandre, Livre IV, fable 12).

 

M. Letchimy en appellera au Pays-Martinique, montrant à M. Guéant qu'il n'est pas chez lui à la Martinique - sur le sol français, donc.

 

M. Letchimy avait déjà intimé le silence à M. Sarkozy lorsque celui-ci, après un parcours de 7000 km pour saluer la dépouille d'Aimé Césaire n'avait eu d'autre droit que de faire une brève allocution à son arrivée à l'aéroport, puis de s'incliner une minute devant le catafalque et de reprendre l'avion pour rentrer chez lui, 7000 kilomètres plus loin. Alors, engager un bras de fer avec le ministre de l'Intérieur, qui, lui, est responsable de l'ordre et de la sécurité des Martiniquais, quoi de plus tentant, pour bien montrer qui est le maître à une population - très minoritaire dans chaque île - qui s'enflamme au moindre signal, et qui a été formée pour mettre la majorité paisible et responsable de la population en coupe réglée...

 

Avec la bonne foi et le sens de l'intérêt général qui caractérise la gauche en général et la gauche antillaise en particulier, toute la gauche antillaise - malgré les responsabilité qu'exercent ses matamores au sein de la collectivité - prendra ombrage de ce que M. Guéant professe que la haine sociale ou ethnique n'a pas sa place au sein des valeurs de la République. Si l'intelligence montre qu'il ne faut pas confondre susceptibilité et juste perception, l'orgueil dans sa forme la plus vaniteuse appelle à brûler la maison pour se cuire un oeuf devant tout le monde.

 

Comme d'habitude, les féodalités locales voudront s'opposer à l'autorité de l'État, en prenant appui sur des considérations ethniques, grâce à un conditionnement que Césaire et la majorité des z'inllektuels z'antillais ont su provoquer, puis entretenir en semant la haine pour récolter le pouvoir à travers des vindictes déplacées. 

 

Il va de soi que les féodalités locales sont depuis longtemps dans l'esprit de refuser toute suzeraineté de l'État, se servant très cyniquement du droit pour faire valoir leurs droits, c'est-à-dire que la France - l'État, donc - leur permette d'entretenir leurs fantasmes de grandeur et de supériorité, tout en faisant semblant de ne s'apercevoir de rien. Tout cela pour la plus grande satisfaction des majors, et pour le plus grand préjudice des populations ultra-marines, victimes de la vanité de leurs représentants qui sont peut-être un peu trop en représentation, et qui ne les représentent peut-être pas assez.

 

Et M. Letchimy a cassé la belle machine qui le servait si bien, au lieu de faire - comme tous les autres - comme s'il n'avait rien entendu. À moins qu'il n'ait reçu de François Hollande l'assurance que le jour de gloire était arrivé ?

 

En résumé, ni M. Guéant, ni la France entière n'aurait pu deviner que M. Letchimy aurait pu être blessé et humilié en entendant dire que les civilisations qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique.

 

Le problème, c'est qu'à force de flatter les méchants, on finit par les conforter dans leur méchanceté...

 

 

 

 

 

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dj 10/02/2012 10:34


Remarquable analyse!!