Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Archives

Publié par Edouard Boulogne

Ouverture-de-l-ame.jpg

 

Mercredi 14 novembre 2012.

Un chant de l'âme.

 

J'ai écouté, ce matin, la Suite n° 1 pour violoncelle seul, de Jean-Sébastien Bach. Pendant que j'écoutais, immobile, plus attentif, réflexif, que rêveur, je me disais que cette musique, si rare, si exceptionnelle, était comme un chant de l'âme.

De l'âme? OUI ! C'est un mot qui suscite trop souvent l'ironie ricanante des pseudo savants, des philistins d'une culture pseudo scientifique ( de grands et vrais savants en conviennent, mais ils n'ont pas l'oreille des marchands d'orviétan, qui dans les écoles, dans les médias prétendent imposer leurs idéologies dévitalisantes ).

Et ceci, même en psychologie ce qui est pour le moins surprenant quand on pense à l'étymologie du mot ( du grec « psuchê » âme, et de « logos », science, discours sur...).

La psychologie devrait donc être ce que suggère son étymologie, à savoir la science ( ou la connaissance ) de l'âme, ce petit quelque chose d'insaisissable, invisible au microscope, et qui est à l'origine de nos émotions, passions, sentiments; ( des plus grossiers, aux plus subtils et généreux ), de nos amours ou de nos haines. De nos pensées aussi, de nos hypothèses plus ou moins hardies, de nos théories scientifiques, ou philosophiques.

Or un certain matérialisme, que j'évoquais plus haut, qui sur le plan de la recherche scientifique a engendré le scientisme ( non pas la science, mais une idéologie sur la science ) a entrepris de nier l'existence de l'âme, de la spécificité de l'homme, qui, selon lui, n'a pas de différence spécifique avec le reste du genre animal.

Pour cette idéologie, l'homme n'est qu'un animal comme les autres, au plan des principes, un sac de peau, rempli de muscles et de nerfs, qui fonctionne, avec simplement plus de complexité, de la même façon mécanique qu'un rat de laboratoire, ou pire, qu'un robot convenablement programmé.

La psychologie, si l'on peut encore utiliser, dès lors, cette dénomination, devient science du comportement, behaviorisme ( science du comportement, , behavior en anglais signifiant comportement, ce mouvement idéologique étant né aux USA ).

Le tout est évidemment de s'entendre sur le sens de « comportement ».

La définition qu'en donne un spécialiste français de cette méthode d'approche, ( on voudra bien me pardonner la transcription de ce texte écrit dans le jargon inimitable de nos modernes Diafoirus ), est la suivante : « Comportement : ensemble des réponses adaptatives, objectivement observables, que l'organisme pris comme un tout, exécute en réponse à des stimuli eux-mêmes objectivement observables, en provenance du milieu physique ou social dans lequel vit l'organisme ».

Autrement dit votre amour pour quelqu'un n'est autre chose que l'ensemble des phénomènes observables, et quantifiables ( accélération ou décélération du pouls, pâlissement ou rougissement, transpiration plus ou moins abondante, comme pour votre chien ou votre chat ).

L'auteur ne parle jamais de l'âme ( elle ne se voit pas, ne se pèse pas, etc ), ni de la « personne » ni du « sujet », mais de l'organisme.

La psycho devient dès lors simple réflexologie.

Remarquez que tout n'est pas faux dans ce discours. Nous avons des nerfs, nous avons des réflexes, ceux-ci peuvent être conditionnés, comme chez l'animal pris en main par son dompteur.

Et c'est ce constat qui est à l'origine des techniques modernes de dressage, par la publicité, la propagande, etc, et des rêves de transformation des sociétés humaines en troupeaux, comme l'ont mis à jour un Huxley, un Orwell, dans leurs grands livres Le Meilleur des mondes, ou 1984.

Reste à savoir si l'homme est d'autant plus ( ou moins ) homme selon qu'il est plus ou moins bien dressé !

Sages, me semble-t-il, sont ceux qui restent fidèles à l'idée que l'essence de l'homme est dans l'âme, ou la pensée ( Pascal ), source de sa liberté, de ses capacités créatrices de toutes natures.

Vous voyez ce que je pensais en écoutant Jean-Sébastien Bach, l'un des premiers utilisateurs de ce merveilleux instrument qu'est le violoncelle, qui commençait à s'imposer à son époque, et à supplanter, progressivement la Viole de gambe.

En écoutant, plusieurs fois, et plusieurs jours ensuite, la Suite n° 1, vous déciderez si j'ai eu raison d'évoquer pour la caractériser le chant de l'âme.

La virtuosité qu'elle exige de l'exécutant, est à la mesure de la complexité de l'âme humaine, que nous entendons chanter par elle, s'extasier, se plaindre, se réjouir, hésiter, décider, s'interroger au seuil de l'indicible, c'est à dire, peut-être du divin.

Remarquez que l'âme qui, ici, médite et fait ses gammes, est une âme de sage, peut-être même de saint; en tout cas une grande âme, bien engagée sur la Voie.

Car il est d'autres chants de l'âme, exaltée, corrompue, jalouse, cruelle, etc, que la musique, exprime aussi, mais toujours offrant au méditant comme un moyen, quand il en a besoin, de s'extirper de la boue où il risquait de s'enliser.

Ce qui est certain, c'est qu'en écoutant la Suite, je ne me représentais nulle chose, parce que la musique, n'est pas d'abord descriptive ( ce qui l'exposerait à la réduction quantitative des Diafoirus ) mais évocatrice.

D'une sorte d'évocation de ce qu'il faut bien appeler le mystère de l'être. Et c'est pourquoi, bien des penseurs la trouvent supérieure à la philosophie dans l'étude de l'être.

Je voudrais encore vous dire, pour conclure, que cette oeuvre musicale, à un certain moment a provoqué en moi une curieuse association avec la fin des Mémoires d'Hadrien, que je n'avais pas lus depuis de nombreuses années.

L'auteur, Margerite Yourcenar, prête à son personnage, le grand, et sage, Hadrien, ces dernières paroles, alors qu'il va mourir : «  Petite âme, tendre et violente ( animula, vagula, blandula ) compagne de mon corps, qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d'autrefois. Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus... Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts . »

 

Bonne écoute. Et bonne méditation.

 

Votre papy...Edouard.

 

JS Bach : Suite n°1 pour violoncelle seul : 

http://www.youtube.com/watch?v=dZn_VBgkPNY 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article