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Publié par Edouard Boulogne

Jacques-Verges-copie-1.jpg

 






C'est, je crois, aujourd'hui, que M. Jacques Vergès a été inhumé, en France, dont il a joui ( comme de beaucoup de choses ) sans la servir beaucoup. Lors de son décès, j'ai publié un portrait de lui, d'après les matériaux fournis par lui-même, portrait que j'ai voulu équilibré, mais juste, donc sévère.

J'évoquais en conclusion, le grand professionnel de l'embrouille, « ce saint du diable ».

Visionnant la vidéo dont vous trouverez plus loin le lien, je ne crois pas m'être trompé. Mais je voudrais assortir ce film, de quelques commentaires, non seulement parce qu'il le mérite ( M. Vergès est assurément un homme de talent, remarquablement intelligent ) mais aussi, parce qu'elle me fournit l'occasion de mettre en garde contre les artifices d'une idéologie, qui pour être certes, celle d'un Narcisse extrêmement dangereux, est celle, aussi, d'une partie importante de notre « intelligentsia », et du monde médiatique en particulier. Un monde, qui pourrit les valeurs qui donnent, notamment aux braves gens, des raisons de vivre et de mourir. Je m'en voudrais de participer, en lui donnant la parole, sans contrepartie, de contribuer à la promotion d'un cancer moral dont ce blog se veut un adversaire de tous les instants.

 

Que veut nous communiquer cette longue, et, il faut le dire, passionnante interview?

Allons à l'essentiel.

Jacques Vergès, dont la modestie n'est pas la qualité première se présente comme une sorte de paladin, de chevalier errant au service de toutes les bonnes causes.

Il serait l'homme qui dit NON! Comme de Gaulle en 1940. Il voudrait que son exemple soit suivi : que le plus de monde possible apprenne à dire « non ».

Il élude les années qu'il appelle ses années de vacances » ( en gros 1970 à 1978 ). Comme on eut aimé en savoir davantage sur ses rapports avec les Khmers rouges, et autres criminels chefs d'Etat, du monde communiste, et tiers mondiste.

Il s'étend sur les grandes affaires criminelles qui ont fait sa célébrité : plaidoiries en faveur des terroristes du FLN algérien, de Klaus Barbie, d'Omar Raddad, etc.

Il faut analyser tout cela. Car ce discours n'est pas un banal exercice d'auto célébration, comme il y en a tant. Il est chargé de dynamite. Cet dynamite nous concerne. Tentons d'être artificier démineur.

 

D'abord nous dit-il, être c'est dire NON! On pense au texte fameux du philosophe Alain : « Penser, c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien ».

Ce texte est très beau. Il n'est pas certain qu'Alain et Vergès disent cependant la même chose.

Il faut certes réfléchir, refuser de croire sans vérifier, même pas le témoignage de nos sens. Ni la coutume qui peut-être mauvaise ( l'excision des jeunes filles, par exemple, dans certains pays ). Ni notre paresse qui nous pousse à prendre pour argent comptant le journal télévisé ( ou le discours sur lui-même de M. Vergès ! ).

Penser demande du temps, de l'esprit critique, même à l'égard de soi-même, ( Alain dirait « surtout à l'égard de soi-même ), des efforts constants. C'est pourquoi si peu de gens pensent vraiment. Il y a tant de paresseux.

Mais Alain n'a jamais fait l'éloge du négativisme, cette manifestation pathologique de la schizophrénie, consistant à refuser toute sollicitation du monde extérieur, à se coucher quand on vous appelle au lever, et réciproquement, etc.

Vergès le sait probablement très bien, mais il joue de l'ambiguïté, sachant que cette attitude jouit de la sympathie de beaucoup de jeunes gens, à l'âge de l'adolescence, et qu'il s'agit de séduire.

Car, le non est corrélatif d'un oui. Quand de Gaulle dit NON en juin 40, c'est l'envers de son OUI à la France ( telle du moins qu'il la conçoit ).

Dire NON, à la famille, en 1968, c'est dire OUI à une subversion.

Vergès le sait, il s'amuse à la TV française pour faire la nique à la France. M. Vergès est un grand bourgeois jouisseur. Il profite de Paris, dont il rêve du sac par quelques hordes barbares, venues de loin, très à l'est de la capitale, dit-il avec son demi sourire de Bouddha des grands restaurants, où il invite ses amis des châteaux ( écouter dans la vidéo ).

 

C'est la même ambiguïté calculée dont il joue quand il évoque ses grandes affaires.

Défenseur des terroristes algériens, qui faisaient éclater des bombes dans les restaurants ou les cafés aux heures d'affluences, il nous dit les comprendre. Ils ont faits ce que les Français ont fait aux Allemands pendant la résistance. Mine de rien, la France est assimilée au nazisme, dans un tribunal français des années 50 et 60. Ambivalence.

Corrélativement, l'Algérie française est dans la situation de la France occupée. Personne pour lui faire remarquer qu'en 1830, ( occupation du territoire algérien par les Français ) il n'y a pas de nation algérienne, tout juste, la ville d'Alger et un espace limité autour d'elle, vassale lointaine de l'empire turc.

Même tactique dans la défense de Klaus Barbie, officier allemand de la Gestapo. Il est assimilé aux généraux Massu et Challe pendant la guerre d'Algérie.Etc, etc.

Cette tactique de Vergès est ce qu'il a appelé la « défense de rupture ».

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Dans ses Mémoires, un autre grand avocat ( que j'ai eu l'occasion de connaître et même, avec lui, l'honneur de converser, en 1988, à Paris, sur Radio Coutoisie ), maître Jean-Marc Varaut, qui a très bien connu Vergés, et a plaidé plus d'une fois contre lui, l'a caractérisé ainsi :

 

« Il ( Vergès ) plaide en mettant en application ce qu'il nomme la « défense de rupture », la défense politique, en opposition à la « défense de connivence » qui s'inscrit dans le cadre des institutions judiciaires.

Par ce concept de « défense de rupture » il a contribué à ce que, dans le public désormais, l'avocat perde sa distance critique d'auxi­liaire de la justice pour se confondre avec son client et sa défense et s'identifier avec le crime, alors que si l'avocat défend le criminel il ne défend jamais le crime. Sa robe n'est pas un battle-dress. C'est là où nous divergeons. Sans pour autant être de connivence, la défense selon notre tradition est une fonction qui pour être légitime s'inscrit dans le cadre procédural du procès. Le « procès équitable », selon ces deux mots venus de Strasbourg et qui ont transformé notre pratique. ». ( p.96 ).

 

Ainsi maître Vergès inaugure, dans le monde judiciaire, la technique subversive de la dissociation. Dissociation, dans l'objet que l'on veut détruire, de tout ce qui est organisé et consistant, familles, syndicats, religions, nations.

Subversion-Roger-Mucchielli-.jpg

Roger Mucchielli, dans son très remarquable ouvrage consacré à la subversion, a bien analysé

« l'utilisation, dans le sens de l'action révolutionnaire, de certaines valeurs officielles du groupe visé.

Plus exactement, il s'agit de créer, à l'intérieur des groupes idéologiques existant, des petits groupes qui, prenant appui sur certaines valeurs du grand groupe, en déduisent des prin­cipes d'action susceptibles de rejoindre, au niveau pratique, les principes de la subversion ».( ….).

Par exemple : « Dans les milieux d'enseignants, pour citer un autre exemple, les agents subversifs utiliseront des valeurs reconnues, telles que « libre épanouissement de la personnalité des élèves, nécessité d'exercer leur créativité, danger d'une discipline étouffante, utilité de la liaison école-vie, etc. » pour dresser un sous-groupe d'enseignants contre le reste du groupe qui pondérerait ces valeurs par d'autres valeurs telles que « besoin de sécurité chez les élèves, nécessité de l'ordre, primauté des enseignements de base nécessaires à la réflexion et à la créativité ultérieures, etc. » Dans chaque milieu à démoraliser, la dissocia-tion des valeurs, pour promouvoir seulement celles qui servent! les buts des agents subversifs, suivra une ligne originale de clivage. L'intérêt de cette technique vient de ce que les membres loyaux du groupe ne peuvent pas ne pas reconnaître ces valeurs comme valeurs, puisque ce sont réellement les leurs; or la promotion pratique de ces valeurs perd le contrepoids d'autres valeurs, et la table entière se désorganise. Le groupe, dans son ensemble, éprouve « un malaise », signe de sa désorientation et de sa décomposition ».( pp. 95 et 96 ).

 

Cette technique, notons le, est mise en pratique, chaque jour, en ces années 2000, où nous vivons. Par exemple, l'immigration d'étrangers, si massive qu'on ne parvient pas à les assimiler, ni même à les intégrer, suscite de l'inquiétude, et de plus en plus de l'hostilité dans les pays ...d'accueil.

Or les pays européens gardent de leur passé chrétien des principes d'accueil. « Fais bon accueil aux étrangers, car toi aussi, un jour, tu seras étranger ».

Dès lors, (dissociation douloureuse, et souvent paralysante ), les inquiets sont assimilés à des « racistes, xénophobes, fascites, je n'énumerai pas toute la panoplie, nous sommes tentés de nous « écraser » pour éviter d'entrer en conflit avec...nos propres valeurs, déconsidérées par une subversion savante.

 

Oui, Jacques Vergès a été un artificier du Diable. Intelligent, séduisant, et puissamment pervers. D'autant plus que les questions qui lui sont posées, ne sont guère gênantes. « Maître, lui aurais-je dit, auriez vous plaidé pour Georges Boudarel ( sur Boudarel : http://hoplite.hautetfort.com/archive/2006/12/10/boudarel-l%E2%80%99honneur-de-jospin-et-le-deshonneur-de-l%E2%80%99universit.html ).

Et comme il parle souvent des crimes contre l'humanité ( loi Taubira, etc ), on eut pu lui demander, si la possibilité d'indemnisation des descendants d'esclaves, et les procès qui s'en suivraient si le principe d'un dédommagement était adopté, ne risqueraient pas d'impliquer sa propre famille, et...lui même, et s'il irait jusqu'à se désolidariser des siens pour plaider à charge contre eux. ( Pour plus de détails voir : Pour donner un exemple bien connu : à La Réunion, Marie-Hermelinde Million des Marquets (ancêtre de la famille Vergès) toucha, pour 121 esclaves affranchis 86 031 F or. L’équivalent de 3 millions d’euros : http://www.une-autre-histoire.org/lindemnisation-des-esclavagistes-francais/ ).

 La fin du show télévisé de M. J. Vergès est époustouflante, et mérite d'être vue. Il s'y avoue amoureux de lui-même. Il revendique sa parenté psychologique avec Narcisse. Il s'aime. Et tant pis pour ceux que cela agacerait. Ils ne seraient que des « crétins » ( sic!).

Narcisse.jpg  ( Narcisse, selon la mythologie ). 

Pour n'être pas tout seul, car ne sont pas légions ceux qui pour éviter d'être rangés parmi les crétins applaudiront «  le maître » à tout rompre, je me présente en compagnie de la princesse Marie Bonaparte, psychanalyste, et disciple de Freüd ( me voiçi couvert ! ) qui disait du narcissime qu'il est un «  comportement particulier de certains pervers qui se regardent, s'admirent, se caressent et se satisfont sexuellement eux-mêmes, s'aimant ainsi exclusivement à la manière dont les autres aiment les objets d'amour extérieur ».

 

Edouard Boulogne.

 

Et voici la VIDEO :

 

Le héros Jacques Vergès est mort : http://mai68.org/spip/spip.php?article5698

 


 

 

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