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Publié par Edouard Boulogne

On peut discuter tel ou tel passage de cette interview du Père Bruno Mai. Mais l'ensemble est intéressant. LS

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Père Bruno Mai : “Il ne faut pas dramatiser la décolonisation”

Publié le mercredi 29 août 2012 lesnouvelles.pf

Administrateur apostolique de l'Église catholique, le père Bruno Mai a accepté de livrer son sentiment et son analyse de divers sujets touchant à la société polynésienne. En toute franchise, quitte à s'attirer les foudres des personnes ne partageant pas sa vision sur des thèmes comme la place de l'Église, l'implantation de casinos, le mariage homosexuel, l'impôt sur le revenu, ou encore le rôle des politiques face à la crise. Entretien sans fausse pudibonderie.

Sur la réinscription : ”Il ne faut pas dramatiser la décolonisation, ce qu'il faut dramatiser, c'est l'indépendance. De quoi nous allons vivre ? ”

Sur la demande d'ouverture de casino de Franck Falletta : ”Moi, je suis d'accord pour le casino sur un motu. Que les Polynésiens ne soient pas atteints”

Sur le mariage homosexuel : une attaque ”surtout contre la morale, la morale universelle. Ce n'est pas parce que c'est accepté partout dans le monde que c'est juste”

Le père Bruno Mai a livré son analyse sur la réinscription de la Polynésie sur la liste des pays à décoloniser de l’Onu : “Si le pays est accepté pour la décolonisation, ça ne veut pas dire que nous serons indépendants.”

Le père Bruno Mai a livré son analyse sur la réinscription de la Polynésie sur la liste des pays à décoloniser de l’Onu : “Si le pays est accepté pour la décolonisation, ça ne veut pas dire que nous serons indépendants.”

Micaël Taputu

Père Bruno Mai, quelle est votre situation personnelle actuellement ?

Je suis toujours administrateur apostolique depuis le 1er mai, la décision du décastère. Dans le Droit canon, pour être évêque, il faut au minimum une licence (de théologie ou d’exégèse) et moi, je ne l'ai pas, plus de dix ans de sacerdoces, être un homme de foi, un rassembleur, et un bon prédicateur. Et fidèle au Saint Père. (…) D'après monseigneur émérite, monseigneur Hubert, le délai, c'est d'ici à quatre ans. Ça peut être trois ans aussi. Ça peut être quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus capable que moi, peu importe, je suis prêt à accepter, ou si c'est pas moi. J'ai prévenu déjà les ouailles, préparez-vous, si c'est moi ou si c'est pas moi, moi je suis prêt des deux côtés, il n'y a pas de problème. Je suis là pour servir, c'est tout. Je fais ce que je peux. Dans l'église tu es un serviteur, plus tu es haut, plus tu deviens un serviteur, c'est toi qui dois montrer le modèle.”

 

Comment percevez-vous la moindre participation des jeunes à l'Église ?

Dans chaque paroisse, il y a un groupe de jeunes. Il y a un comité diocésain pastoral des jeunes, monté en 2002. Trois fois par an, on rassemble 1 000 jeunes dans les grandes fêtes. Et là on peut discuter. On s'occupe d'eux, on fait de notre mieux. Les jeunes sont là, il y en a aussi qui ne sont pas là. (…) Mais on ne peut pas mettre tous les jeunes dans le même panier, parce qu'ils ne viennent pas à l'Église et dire qu'ils sont incroyants… pas du tout. Dans toutes les confessions religieuses, on s'occupe, on s'inquiète. C'est un peu le souci aussi du pays, de la société, et c'est mon premier souci aussi. (…) Ils ont besoin d'amour, d'éducation. On essaye de les orienter vers l'éducation. On ne force pas les jeunes à venir à la messe, mais, l'éducation, et encourager les parents à suivre les jeunes. Que les parents s'investissent aussi, pas seulement les professeurs, les pasteurs, ou les prêtres. C'est toute la société qui est concernée. Mais les jeunes ont changé. Ils n'ont plus de respect pour les vieux, pour les sages, pour la société, pour l'autorité, pour les profs. C'est leur avenir. Donc là, on essaie de rééduquer encore. (…) Si à 12, 13, 15 ans, tu bois, tu fumes du paka, ta vie est foutue, à 20 ans, qu'est-ce que tu vas devenir ? Mais si, maintenant tu te mets à travailler, à être poli, etc., ta route est tracée.”

 

Par le passé, l'Église et ses dirigeants ont pris des positions sur le plan politique (ex : Jean-Paul II contre les régimes communistes), pensez-vous que l'Église a encore un rôle à jouer dans le débat politique, tel que sur la question de la réinscription ?

Oui. Moi, je ne peux pas m'avancer sur ce point, car je risque de diviser mes ouailles. Mais c'est clair, si le pays est accepté pour la décolonisation, ça ne veut pas dire que nous serons indépendants. Et il faut que les médias soient clairs. Il ne faut pas dramatiser la décolonisation, ce qu'il faut dramatiser, c'est l'indépendance. De quoi nous allons vivre ? Décolonisation, ok. Après c'est le choix du peuple. Mais on est là pour conseiller. Je ne vais pas rentrer dedans. J'ai mes convictions personnelles, je suis en bon rapport avec tout le monde, et je pense que l'Église a une parole à dire. Même si elle ne s'immisce pas dans la politique, si elle reste fidèle à ses principes, elle devient un phare pour le pays. Il faut qu'elle devienne un phare, pas une lampe. Même s’ils se disputent entre eux, il faut que l'Église soit neutre. Que quand le gouvernement ou les forces vives du pays se tournent vers nous, on est là, on est prêt. Il ne faut pas qu'on se mêle, on est là pour aider. Si l'Église tombe, tout tombe. Donc l'Église doit être fidèle, elle doit être le modèle de l'unité, le modèle de fidélité envers sa vocation. Parce que les gens ont besoin, le politique a besoin, l'économie a besoin, en ce monde de crise, parce qu’autour de nous tout bascule. Comme un cancer, qui bouffe la Syrie, la Lybie, l'Irak, tout ça. Nous ici, on doit être très prudent, il faut faire attention. Quel que soit notre bord, quel que soit notre religion, il faut être très vigilant, parce que le serpent, on ne sait pas par où il va piquer. Si l'Église bascule, tout va basculer. Donc moi je m'adresse aux prêtres, aux églises, aux chrétiens, aux croyants, aux gens de bonne volonté, il faut s'unir, il faut regarder le positif. Dans cette nuit, il y a toujours une lumière qui luit, et il faut qu'on voit cette lumière. La foi permet de tenir. (…) C'est ça qui va sauver le pays de la crise, en semant le bien, même si on est différent. (…) Nous devons faire tout notre possible pour que ça aille mieux. Ce n'est pas à coups de milliards et de milliards… je pense que c'est le cœur aussi qui peut changer le monde.”

 

Il faut revenir à un comportement plus chrétien ?

Plus chrétien, plus humain. Moi je parle en employant “plus chrétien” pour ceux qui ont la foi, et “plus humain”. Humaniser l'homme. Apprendre les principes… les vraies valeurs, c'est le partage. Jésus n'est pas contre les richesses, mais il est contre ceux qui ne partagent pas. Il est pour les riches, mais ils les invite à partager, selon ce qui est juste. À quoi ça sert de garder des choses, et puis on va mourir ? Tout ce qui n'est pas donné est perdu. (…) Moi, j'ai monté à Faa'a une banque de nourriture pour les pauvres. Parce qu’avant ils venaient pour les linges, mais maintenant ils viennent pour le ma'a, parce qu'il n'y a pas de ma'a. J'ai demandé aux habitants de donner des denrées alimentaires. Tous les mercredis, les pauvres viennent à la paroisse chercher du ma'a. Chacun peut faire quelque chose. Une goutte d'eau dans le vase. Si chacun de nous développait la bonté déposée par Dieu, je pense que ça irait beaucoup mieux. On ne te demande pas de changer le monde, mais ce que tu peux faire autour de toi. À une personne, pas à 1 000 personnes. Apprendre les vraies valeurs, c'est ça qui manque. Ce sont les valeurs évangéliques : aider les pauvres, aider les malades, etc. Même si tu ne viens pas à la messe, tu peux semer l'amour autour de toi. Personne ne peut t'empêcher de faire le bien, accueillir un malade, visiter un prisonnier, donner du ma'a. C'est ça qu'on veut. (…) Faites du bien autour de vous.”

 

Un patron d'entreprise local milite pour l'implantation d'un casino, en affirmant avoir le soutien de la Vierge Marie et de l'ange Gabriel, comment voyez-vous cela ?

Moi j'ai beaucoup de respect pour Falletta. Il a donné beaucoup de travail. Mais au sujet du casino, moi je ne partage pas les mêmes principes. Ce n'est pas ce dont les jeunes ont besoin, ils ont besoin d'éducation. Et Mgr Michel disait que ce sont toujours les petits qui seront pénalisés. Quand on voit en Calédonie, en France, les casinos se sont multipliés par l'intégration des mafias. Et ça, ce n'est pas une bonne chose. Moi, je suis d'accord pour le casino sur un motu. Que les Polynésiens ne soient pas atteints. Vous croyez que ceux de Shanghai vont venir ici ? Il y a Macao à côté, c'est plus gros que Las Vegas. Ceux de Las Vegas ? À Honolulu, 1 million de touristes par an, ils n'ont pas de casino. Pour faire venir les touristes, il faut faire baisser les prix. Tout le monde parle de ça. C'est le trajet qui est cher, et l'hébergement qui est cher. (…) Je ne suis pas comme Falletta. Bon, il a sa vision des choses, il voit la vierge Marie, l'ange, tant mieux. Je ne dis pas que ce n'est pas vrai, parce que moi, je vis dedans. Mais imposer le casino comme richesse pour la Polynésie, comme pouvant augmenter le tourisme... On a parlé déjà de ça pour le Loto, qu'il allait enrichir le pays. Mais, rien du tout. (…) Moi, je suis pour le casino, mais sur une île, en dehors, pour protéger le petit.”

 

Le président de République François Hollande a promis de légaliser le mariage homosexuel l'an prochain, quelle est vote réaction ?

On a toujours respecté les gays, ils ont leur place dans l'Église. Ils viennent à la messe, ils viennent se confesser, il n'y a pas de problème. Mais légaliser leur union, eux-mêmes sont contre. On a des amis qui sont dans ce monde-là, ils nous ont dit ”Père, nous, on n'est pas pour ça. On sait que l'opinion chrétienne, même non chrétienne, moralement c'est inacceptable.” C'est pas eux qui demandent, c'est un groupe de personnes qui a fait ébruiter ça dans le monde. D'accord. Si la politique décide ça, moi je refuse. J'ai vu Oscar (Temaru, NDLR), j'ai vu Édouard (Fritch, NDLR). Édouard m'a approché au sujet de ça. Je lui ai dit “Édouard, je suis prêt à aller en prison pour ça”. J'ai vu Oscar, c'est catégorique, 'aita. Maintenant, si politiquement ils veulent légaliser au point de vue administratif, c'est leur affaire. Mais demander le mariage gay, 'aita.”

 

Mais ce sera uniquement dans les mairies, pas dans les églises.

Même là, même là je ne suis pas pour. Donner le droit aux deux parents du même sexe d'élever un enfant ? Psychologiquement, c'est qui le papa, de l'enfant, à l'école ? Tous les élèves ont un papa et une maman. Et lui ? Il a besoin d'un équilibre, d'un père et d'une mère. Pour équilibrer sa psychologie, sa vie morale aussi. Comment on va faire ? Il y a des problèmes en Angleterre, où des enfants élevés par des parents féminins de même sexe réclament, “qui est mon papa ?”. Alors moi je pense que si on accepte ça, ça va très loin. On va aussi accepter l'adoption des enfants. Pour moi, c'est immoral. Je ne suis pas contre eux. Déjà là tu vois que c'est injuste. (…) Aller là, c'est politique. Ils veulent des voix, c'est tout. Édouard m'a dit “Tu sais Père, j'ai beaucoup d'amis qui sont dans ce monde-là, ils ne veulent pas, ils ne veulent pas”. Moi, je trouve qu'il y a un minimum de respect envers les religions, parce que de notre côté, on respecte beaucoup les Droits de l'homme, alors peut-être qu'il faut qu'on respecte aussi les principes de la religion, c'est tout ce qu'on demande. Quand on attaque la religion, est-ce que ça veut dire qu'on a toujours tort ? Qu'on n'a pas notre mot à dire ? Dans le monde actuel, c'est quand même une force. Il y a peut-être 100 000 chrétiens en Polynésie. Il n'y a aucun gouvernement qui a 100 000 voix derrière eux. Mais les chrétiens, quand on se rassemble, c'est toute la population. On est populaire. Donc il faut plutôt respecter, pas taper sur l'Église. Il y a des ministres dans le monde qui disent “ah, qu'ils s'occupent de la religion”, moi je ne suis pas d'accord. Tu acceptes que ton fils se marie avec quelqu'un du même sexe ? Non, ça veut dire qu'il n'y a pas de morale, qu'il n'y pas d'équilibre, qu'il n'y a pas de limite. On a quand même un mot à dire. Il ne faudrait pas que les autres associations, et les politiques, tapent sur l'Église, je pense que ce n'est pas une bonne chose. Il faut peut-être se respecter. Nous, on les respecte. Beaucoup passent ici, que ce soit les associations, quelques ministres, les pasteurs. Moi, j'accueille tout le monde, mais il ne faut pas taper la religion. Il faut arrêter, parce qu'on prie pour eux, on les respecte, on suit le mouvement, on ne critique pas, même s’ils font des fautes. (…) C'est comme ça aussi qu'on peut avancer. Il y a des bonnes choses dans la politique, il y a des bonnes choses aussi dans la religion.”

 

Si le mariage gay est instauré par le gouvernement français, vous percevrez cela comme une attaque contre l'Église ?

Surtout contre la morale, la morale universelle. Ce n'est pas parce que c'est accepté partout dans le monde que c'est juste. 'Aita. Moi je vois comme ça. Hollande est obligé d'honorer, c'est sa politique, c'est une force derrière lui. Bon, lui c'est lui. Je sais qu'Oscar, il est contre. Je sais que les députés sont contre. Même le sénateur. Oti. Est-ce qu'il n'y a pas une loi à l'assemblée qu'ils pourront voter pour contrer ? Je ne sais pas. C'est leur affaire. C'est l'assemblée qui va décider.”

 

Pour revenir sur la politique, comment appréhendez-vous la prochaine tenue des élections territoriales en 2013, avec les politiques qui sont déjà en campagne auprès de la population ?

Moi j'ai beaucoup de respect pour les hommes politiques, de tous bords. Ils ont des bonnes idées. Mais, moi je veux qu'ils s'occupent des pauvres, vraiment. Parce que pour l'Église, l'homme a toujours été sa route. C'est donc le pauvre. Et Jésus a marché vers le pauvre. Je voudrais aussi qu'ils tiennent leurs promesses. Pas changer. Changer, ça coûte des milliards. Le pays, il tombe dans le trou à cause de leurs changements. Nous avons des bons hommes et femmes politiques. Quand je vois Merceron, quand je vois Schyle, même chez Oscar, même chez Flosse, etc. Il faut qu'ils s'oublient. Qu'ils s'oublient. Et se consacrent aux pauvres. Le rôle du gouvernement : aider les pauvres. Je ne dis pas qu'ils ne font rien de bon, ils font beaucoup de choses. (… ) Mais aussi, notre population a besoin d'être éduquée. Ils attendent tout, ils ne font rien, c'est toi qui fais tout pour eux, il faut qu'ils se lèvent aussi, c'est ensemble qu'on va réussir. (…) Il faut aussi que les politiques aident, qu'ils soient un modèle pour la population. (…) Je trouve qu'on a assez perdu de temps, le pays n'avance pas. Je ne suis pas en train de dire que c'est tel gouvernement, ou tel gouvernement, non, tous les gouvernements depuis 2004. On est dans le trou, voilà. Ils font ce qu'ils peuvent. Ce n'est pas facile pour eux. C'est pour ça que moi, je prie beaucoup pour eux. Ce sont des hommes qui peuvent faire des bonnes choses pour le pays. Mais la crise est là, on n'a pas préparé notre avenir. On n'a même pas de quoi manger. On n'est pas prêt. Dans cette crise-là, il faut s'unir, nous avec les églises on est unis, maintenant c'est dans le gouvernement, les forces du politique. Et aussi partager les richesses, que ce soit équitable. (…) Mais il y aussi des gens qui sont là, qui attendent simplement. Il y a des pauvres plus pauvres que les pauvres, et il y en a d'autres qui ont choisi la pauvreté, parce qu'ils ne veulent pas travailler, ils attendent les autres. (…) Moi, j'ai visité Le Bon Pasteur l'année dernière, pour les grandes vacances. Il y a trois jeunes, deux sœurs et un petit frère qui ont quitté le Bon Pasteur, librement. Donc les SDF ça touche tout le monde. Les mineurs, qui ont décidé de vivre en ville, dans la rue. C'est incroyable ! Donc il faut que les forces vives se lèvent, pas seulement l'Église. Ceux qui sont payés pour, il faut peut-être qu'ils méritent leur salaire quand même. Nous, on n'a pas de salaire. Moi, je gagne 60 000 Fcfp par mois, en tant qu'administrateur. Même si je gère des millions ici. Bon, logé et nourri, bref, je donne un modèle.”

 

Comment voyez-vous la crise en Polynésie ?

Il n'y a pas que la Polynésie qui est en crise, c'est le monde qui est en crise. Le jour où la Nouvelle-Zélande arrête de nous envoyer du ma'a, on va manger quoi ? Nous, on a rien. On a rien à manger. On a rien. Tout le monde est inquiet, moi je suis inquiet, mais, je crois en ce pays, je crois aux hommes, je crois à l'opposition, je crois au gouvernement, je crois aux jeunes, je crois aux pasteurs, à toutes les religions, nous sommes une force si on s'unit. Mais maintenant, le travail de l'unité, c'est un long chemin.”

 

On parle depuis plusieurs années de l'instauration de l'impôt sur le revenu, vous pensez que ce serait une bonne ou mauvaise chose pour le fenua ?

Mon frère a vécu dix ans à Nouméa, et ils ont l'impôt sur le revenu, ce n'est pas beaucoup. Ce n'est pas cher, et c'est accessible à tout le monde. Si on veut des niches fiscales, il y en a là. Au lieu d'augmenter, augmenter, pourquoi ne pas attaquer là ? L'impôt sur le revenu, c'est aussi des sous qui rentrent. Je ne dis pas que l'impôt sur le revenu va sauver le pays, pas du tout, mais ce sont des entrées. Après on verra où augmenter les taxes, sur les sucreries, etc. Mais que tout le monde soit honnête ? Quand j'ai vu qu'en Calédonie ça marche bien. Quand j'ai vu mon frère qui n'est pas allé à l'école, en train de faire son calcul pour l'impôt sur le revenu, j'étais vraiment content. C'est accessible, selon ton salaire de base.”

 

Ça aiderait à responsabiliser les gens ?

Oui, à ne pas vivre au-dessus de nos moyens. Rouler en 4x4 rutilante, V8 et tout ça, alors qu'on est dans un fare OPH. Ou bien ils sont 20 dans une baraque, et quand tu vois ils ont une BMW X5, ou une Chevrolet, mais chez eux c'est vraiment un petit fare. C'est inacceptable. Moi, je ne peux pas accepter ça. On vit au-dessus de nos moyens, on fait montrer qu'on a des sous. Il n'y a pas de sous ! Le Pays est endetté, n'a pas de sous. Moi je pense que l'impôt sur le revenu, bien réfléchi, ce sont des rentrées d'argent. Ce serait plus juste. Même l'augmentation de l'essence, s’ils avaient calculé sur les salaires, les salaires de base tant de pour-cent, et les riches tant de pour-cent. Ça irait. Pas tout d'un coup pour tout le monde. Les millionnaires et les smigards payent le même prix de l'essence. Pourquoi ne pas travailler ? Il y a tant de smigards, pour eux, c'est tant d'augmentation d'essence, ceux qui gagnent 500 000 Fcfp, c'est tant de pour-cent pour eux. Selon la possibilité, là moi je dis c'est juste.”

Il faut faire payer aux gens en fonction de ce qu'ils gagnent ?

Voilà, c'est plus juste, plus honnête. Parce que quand les petits se tapent, avec plusieurs enfants, l'électricité, l'école pour les enfants, l'essence, le téléphone, le prêt de la maison, le prêt pour le ma'a, les habits. Qu'est-ce que vous voulez faire ? L'essence augmentée, il va rester quoi à la fin du mois ? On est obligé de vivre en solidarité, comme avant. Je le vois de plus en plus dans les quartiers. Mais ce que j'aime dans les petits, ils ne rouspètent pas, ils partagent. Il n'y a que les gens qui ont du fric qui rouspètent, moi je ne comprends pas. Est-ce qu'ils ont vu des pauvres ? Avant chacun avait son poulailler, son parc à cochons, maintenant on ne peut plus. Moi, je pense que c'est une piste, la solidarité. Pourquoi le smigard paye autant que le riche ? Je trouve ça injuste, donc, ils n'ont pas assez réfléchi. C'est possible, il suffit de travailler, d'emmener des experts pour voir les catégories de salaire du pays : il y a tant de smigards, tant de ceci, etc. Quitte à avoir une carte pour l'essence, mais, c'est juste.”

 

En conclusion, quel est votre message ?

Mon message c'est beaucoup d'espérance, parce qu'il y a des forces vives dans ce pays, aussi bien dans la religion, aussi bien dans la politique, aussi bien dans la société, mais il faut travailler ensemble. Et s’ils peuvent entendre ma prière. Mauruuru.”

 Propos recueillis par Micaël Taputu

 

 

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