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29 Octobre 2009
L'indépendantisme : maladie infantile du créole.
Mois du créole, semaine du créole à l'école. A écouter ce qui se dit, surtout sur les médias, il faudrait sauver le créole, langue d'identité nationale de la Guadeloupe, de l'étouffement par le français, langue du colonialiste.
Lecteurs du Scrutateur nous n'allons pas tomber dans le piège qui nous est tendu. Le créole est notre langue régionales à tous, et le français est notre langue nationale. Pour lutter contre la désinformation je vous incite à lire attentivement l'article qui suit.
Bref rappel historique.
L'une des spécificités de la nation française est de n'être pas fondée sur la race. La France est une vieille nation, œuvre, d'abord, d'une dynastie royale. C'est autour des Capétiens et de l'Ile de France que se constitua le royaume de France, par le pacte féodal.
En l'an mille, ce que nous appelons aujourd'hui la France est encore un désordre politique, multiforme et multilingue.
Par un patient travail, en alternant les pactes, les alliances, les savantes combinaisons politiques par mariages princiers, sans oublier la force ("la. France fut faite à coups d'épées" disait de Gaulle), se construisit le royaume de France. Son principe d'unité fut la foi jurée au roi.
Breton ou Aquitain, on pouvait ignorer le Français (parlé par une minorité, dans le nord les pays de langue d'oïl) et rester fidèle à la France en la personne de son roi.
Mais autour de celui-ci on éprouva la nécessité d'une unification plus forte, par une politique linguistique appropriée que symbolisa la promulgation par François Ier, en 1539, de l'édit de Villers-Cotterêt, prescrivant que désormais les ordonnances et les jugements des tribunaux seraient libellés en français et non plus en latin.
Mais une profonde diversité continuait à caractériser la France.
En 1661, 122 ans après l'édit de Villers-Cotterêt, Jean Racine (l'auteur de Phèdre et d'Andromaque) parcourt la France en voyage d'agrément. Il séjourne à Uzès, dans le Gard, chez son oncle Sconin, vicaire de l'Archevêché. De là, il écrit à Paris : "Je vous jure que j'ai autant besoin d'un interprète qu'un moscovite en aurait besoin à Paris... Ayant besoin de petits clous à broquettes pour ajuster ma chambre, j'envoyai le valet de mon oncle en ville et lui dit de m'acheter deux ou trois cents de broquettes. Il m'apporta incontinent trois boîtes d'allumettes. Jugez s'il y a lieu d'enrager dans de semblables malentendus".
La situation restait largement identique, à cet égard, en 1789, à la veille de la Révolution.
Avec l'effondrement de la royauté le principe d'unité national ne fut plus la foi jurée, et la personne royale, mais la volonté populaire. La nouvelle classe dirigeante estima, à tort ou à raison, que si le peuple veut toujours son bien, il ne le voit pas toujours. Il fallait de toute urgence l'éclairer, pour l'empêcher de quitter le droit chemin.
La langue française était celle de Paris, centre de la Révolution et des idées nouvelles. Elle était aussi celle des idéologues républicains. Il fallait, dès lors, qu'elle devint, et dès que possible, la langue du plus grand nombre. Tel fut, dès 1792, le sens de la politique gouvernementale en matière d'enseignement des langues.
A la Convention Nationale, le 18 décembre 1792, le député Lauthenas s'exclame : "II faut que les intérêts de la République soient maintenant connus de tous ses membres ; et ils ne peuvent l'être comme il convient qu'en rendant la langue nationale parfaitement familière à tous. Partout où les communications sont gênées par les idiomes particuliers., qui n'ont aucune espèce d'illustration et ne sont qu'un reste de barbarie des siècles passées, on s'empressera de prendre tous les moyens nécessaires pour les faire disparaître le plus tôt possible".
Dans le même sens, le 30 septembre 1793, l'abbé Grégoire (l'ami des noirs) déclarait au Comité de l'instruction publique, dans le style pseudo lyrique propre à l'époque : "Les connaissances utiles, comme la douce rosée, se répandront sur toute la masse des individus qui composent la nation ; ainsi disparaîtront insensiblement les jargons locaux, les patois de six millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale. Car, je ne puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers, qui prolongent l'enfance de la raison de la vieillesse des préjugés".
On le voit, la répression des langues régionales n'est pas une invention de "l'Etat français colonial", comme le disent des ignorants (ou des gens qui feignent l'ignorance à des fins subversives !) ; elle est le fait des éléments révolutionnaires les plus durs (l'extrême gauche), pour couper les "masses populaires" de leurs cultures trop liées, avec la conception des choses propre à l'ancien régime monarchique.
Quand, le 17 octobre 1793, est publié le décret de la Convention décidant que les enfants doivent apprendre "à parler, lire et écrire en langue française" dans toute la République, ce n'est pas, dans l'esprit du législateur (qui, au moins en intention, prétend travailler à l'émancipation des hommes), pour aliéner, et asservir, mais pour libérer (la première abolition de l'esclavage aura lieu peu après, en 1794).
C'est cette politique qui sera (à tort ou à raison) développée dans toute la France et dans l'outre-mer, sous la troisième République et les débuts de la quatrième.
Oui, les enfants étaient punis, par leurs maîtres et par leurs parents (eux-mêmes souvent illettrés), pour avoir parlé à l'école, ou même à la maison en patois breton ou créole. Et cette répression (dans l'esprit de leurs auteurs en tout cas) n'avait pas la volonté machiavélique d'asservir à un quelconque colonialisme.
C'était d'ailleurs encore tout récemment l'avis d'Antillais cultivés, comme le philosophe Yves Leborgne. Dans l'ouvrage collectif "Les Antilles dans l'impasse", il parle du créole comme à l'origine ayant été imposé aux esclaves par le maître. Il écrit : "Très vite, l'esclave , l'affranchi, démuni des moyens économiques de résistance au lendemain de l'abolition de l'esclavage, a entrepris de poser en termes de conquête de la langue française, le problème de sa promotion sociale, le problème de sa valorisation culturelle".
Face à l'idéologie nouvelle du tout créole, du créole opposé au français (et cette opposition est la volonté tenace des promoteurs actuels du "tout créole", malgré leurs dénégations démenties par tout leur comportement, par tout leur être), Yves Leborgne déclare que, somme toute, et sans renier le créole que tout le monde connaît, il est plus utile d'apprendre avec le français, l'espagnol ou l'anglais : "C'est, dit-il, littéralement de la fantaisie que de croire que les rapports que nous aurons avec Cuba, pays socialiste, vont se nouer en créole (...), de l'utopie que de croire que les rapports de l'université de Fouillole et celle de Trinidad vont avoir lieu en créole. (...) On ne fera pas de cours de gynécologie en créole. On ne fera pas de cours d'agriculture en créole".
Il faut en finir avec ce mensonge du
créole "langue jugulée" par la France à des fins de "domination coloniale". Il faut se guérir
de ces légendes répandues par le séparatisme, cette névrose.
Le retour du refoulé.
Je suis de ceux qui se réjouissent de l'existence de la langue française, et de la nation française qui lui est liée historiquement. Oui, nous parlons une belle langue, précise, élégante, tellement propre à l'analyse, à l'expression fine des idées les plus abstraites et des sentiments les plus élevés.
Et puis c'est la langue, aussi, d'une nation qui reste puissante dans le monde, et par laquelle nous nous sentons protégés, promus, dans ce monde de la mondialisation en cours, impitoyable aux faibles, aux petits, aux isolés.
Mais l'homme créole que je suis n'est pas opposé, il s'en faut, à une défense et illustration du parler créole.
L'une des richesses de la France est son extrême diversité, ethnique, culturelle, géographique. Dès lors que les particularités locales ne sont pas exaltées contre l'unité nationale, pourquoi ne les chérirait-on pas ?
Les révolutionnaires ont eu souvent la main lourde, il est vrai. La nécessaire unité est-elle incompatible avec la diversité ? N'a-t-on le choix qu'entre l'émiettement de la nation ou l'uniformisation jacobine ?
Très tôt, des vœux ont été formulés dans le sens de la prise en considération des valeurs provinciales. Ces appels à l'assouplissement du corset jacobin sont souvent venus de milieux traditionalistes, ou de droite.
Ainsi, dès 1870, a-t-on pu lire cette pétition, tellement actuelle, lancée par trois personnalités, dont un certain Charles de Gaulle, grand-oncle du général. Lisons plutôt
: "Ne pouvons-nous demander (pour les idiomes provinciaux) qu'ils restent les idiomes de la poésie et de la, conversation, qu'ils soient, conjointement avec le
français, la. langue de l'école primaire ? N'est-ce pas un immense avantage pour un peuple que de parler deux langues ? (...) La question, du reste, est grave. Il s'agit ici des intérêts de plus
d'un tiers de la France. La sagesse en politique ne consiste-t-elle pas à résoudre les questions avant qu'elles aient passionné l'opinion publique ? Celles des langues locales se posera tôt ou
tard. Evitons les haines, les tiraillements de clocher à clocher. Que l'administration, en renonçant franchement, radicalement, aux abus du système centralisateur, achève de dissiper les derniers
soupçons et d'enlever leurs prétextes aux récriminations".
Raison garder
Malheureusement, la défense du créole est accaparée bruyamment par les séparatistes antillais. Ils feignent, au mépris de l'histoire, d'assimiler la langue régionale à une langue étrangère à la France quand, au contraire, elle est issue, pour l'essentiel, du français et d'idiomes régionaux français du 17e siècle, ce qui explique que l'on ne parle le créole que là où des colons français s'installèrent, à cette époque, en Guadeloupe et Martinique, en Haïti, aux Seychelles, à l'île Maurice, à la Réunion où il n'y avait d'ailleurs personne, nul indigène, etc.
Il importe donc, dans la partie qui se joue, de garder son sang-froid et de ne pas faire le cadeau aux séparatistes de la défense légitime du créole. Mais il faut aussi raison garder.
Le créole doit subsister. Il doit même être l'objet d'une promotion. Car ce n'est pas en rougir que de constater que, malgré tout ce qui en fait le charme, la saveur, le pittoresque, il n'est pas encore une langue très évoluée de culture. Et tant pis pour les excités qui feront semblant de s'émouvoir de mon propos. Que des écrivains, des linguistes, des enseignants qualifiés (vaste programme) se consacrent à une telle tâche, voilà qui est souhaitable. Je ne doute pas de leur succès auprès d'amateurs plus nombreux qu'on ne le croit, si cette "défense et illustration" du créole est libérée de l'aigre et maladive revendication séparatiste, sa pire ennemie.
Dans le journal Le Monde du 4-5 avril 1976, M. Pierre Viansson- Ponté écrivait : "On n'imagine guère, à une époque où la langue française est elle-même menacée, agressée, écrasée parfois, et partout en recul, de rendre le breton et l'occitan, et les autres langues autochtones, obligatoires dès l'école primaire et dans la vie de chaque
II ne faut donc pas se voiler la face, le créole n'a de chance de subsister que dans le cadre national français, avec son statut de langue régionale, richesse pour l'ensemble de la nation et pour des volontaires, dans l'esprit que j'ai défini plus haut.
Il y a, dit-on, dix à onze millions de créolophones dans le monde. Ils sont
dispersés, essentiellement dans la caraïbe et dans l'océan indien, et n'oublions pas l'importante minorité créole de métropole. Le créole de la Réunion n'est pas celui des Seychelles, qui n'est pas celui d'Haïti, qui n'est pas celui de la Martinique, qui se distingue de celui de la Guadeloupe.
Mais si le français est menacé par la langue du mondialisme, c'cst-à-dire l'anglo-américain, qu'adviendrait-il du créole ?
Le créole ne peut-être sauvé que par l'éradication de sa maladie infantile : le séparatisme antillais.
Edouard Boulogne.