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Publié par Edouard Boulogne

Comme promis au scrutateur hier, voici l'hommage à Alain Mimoun, décédé il y a quelques jours à l'âge de 92 ans. Cet hommage comporte deux parties. D'abord une lettre, que m'a communiquée un fidèle de notre blog,; ensuite une passionnante video. Je vous conseille de la lire avant de visionner le documentaire intitulé La légende d'Alain Mimoun, qui est autant un témoignage social, historique, et humain, qu'un reportage sportif.

INTERIM.

 






A-Mimoun-aux-JO-de-Melbourne-en-1956.jpg ( Alain Mimoun à l'arrivée du Marathon aux jeux Olympiques de Melbourne le 1er décembre 1956 ). 

 

( I ).La légende d'Alain Mimoun : http://www.youtube.com/watch?v=yiXbSJhECzE

 

( II ) Hommage à Alain Mimoun : 
  
Mimoun-in-Miroir-des-sports-decembre-1956.JPG
( En 1956, le scrutateur - il me l'a avoué - avait deux lectures préférées : Le Miroir des sports (hebdomadaire qui arrivait en Guadeloupe, par bateau, deux semaines, par exemple après l'arrivée du Tour de France, mais qui n'en était pas moins lu avec passion ) et Cinémonde, notre scrutateur ayant espéré quelque temps de venir acteur de cinéma, comme son idole, Glen Ford? Et une passion pour Gina Lolobrigida nettement préférée, alors, à Sophia Loren ). Pour notre sujet j'ai pensé devoir publier la Une du miroir des sports, consacrée en décembre 1956, à Mimoun et au fleuretiste Christian d'Oriola ). 
« Le 30 juin 2013


C’est marrant, mais quand je vois la vie d’Alain Mimoun, j’ai comme une envie de
comparer. Loin de moi l’idée que tout était mieux avant, mais je dois bien
reconnaître qu’à l’occasion, le bon vieux temps me file la nostalgie.
C’est vrai, Mimoun, c’est quand même cet Algérien qui a devancé l’appel sous les
drapeaux, pour aller se prendre une dégelée par les Boches en 1940, à la
frontière belge. Qui a remis ça contre Rommel en Tunisie. Puis a failli
perdre un pied à Monte-Cassino, début 1944, pour débarquer en Provence six
mois plus tard. Forcément, quand on n’a pas fait le service militaire
parce que Chirac l’a supprimé, on a un peu plus de mal à chanter La
Marseillaise avec l’équipe de France. Et j ( e ne veux viser personne.
Mimoun, c’est aussi le garçon de café qui a vécu quatorze ans dans un deux-pièces
du XIXe, à Paris, alors qu’il se battait aux quatre coins de la planète
pour la suprématie mondiale en course de fond. Celui que Zatopek fut tout
heureux de voir gagner à Sydney, en 1956, après l’avoir privé trois fois
de podium olympique. Ça a quand même plus de gueule que les petites
querelles d’égos de nos divettes footballistiques, à Ferrari de fonction
et hôtel particulier dans les beaux quartiers de Londres. Mais je ne veux
viser personne…
Mimoun, c’est le stakhano, vous lançant cette maxime maison pleine de bon sens : «
Quand ça fait mal, c’est que ça fait du bien ».
Le gars qui, quand il défaille au 30e kilomètre du marathon de Sydney, se
traite de « salaud », s’insulte copieusement, se met lui-même des coups de
pied au cul, et gagne par-delà la douleur, quand d’autres préfèrent
rejeter la cause de leurs échecs sur les arbitres, les journalistes, les
entraîneurs. Ou font la grève de l’entraînement… Bon, d’accord, je vise
quelqu’un. Enfin, quelques-uns, mais n’y comptez pas : vous n’aurez pas de
noms.
Mimoun, quand il parlait, ça pouvait être imprévisible. On l’écoute :
En Australie, quarante ans après les jeux Olympiques de Melbourne, j’ai été
reçu comme un chef d’État. On m’a même proposé le passeport australien. Ce
à quoi j’ai répondu : « Vous savez, j’ai déjà deux nationalités :
française et corrézienne ».
C’est sûr que ça nous change des analyses d’après match de nos héros modernes, à
base de « l’important, ce soir, c’était les trois points », ou «
comme dit le coach, il faut prendre les matchs les uns après les
autres, on fera les comptes à la fin de la saison ».
Pas de nom, j’ai dit. Une tombe.
Mimoun, c’est le type qui a cinquante stades à son nom, des écoles et des rues
dans tous les sens. Pas mal, pour quelqu’un qui vient de mourir. Alors, à
quand une école Nicolas Anelka, un stade Samir Nasri, une avenue Karim
Benzema ? Aïe, ça y est, j’ai lâché des noms… Las, ceux-là, c’est
davantage dans la rubrique fait divers qu’il faut les chercher, accolés à
celui de Zahia ou autre…
Mimoun, c’est ce type qui a su aimer la France, au temps où la France savait se
faire aimer. Où elle n’avait pas encore pris ce pli de se déverser un
tombereau de culpabilité sur la tête à chaque occasion. Mimoun c’est le
patriote pur et dur, que même le FLN n’a pas tenté de récupérer, et à qui
de Gaulle affirma qu’ils avaient deux points communs : leur amour de la
France et leur longévité. Car oui, Mimoun, à 44 ans, il gagnait son
quatrième titre de champion de France du marathon ! Jusqu’au bout, il aura
couru ses 10 ou 15 kilomètres par jour.
Mimoun, c’est ce petit Français qui meurt en même temps que Mandela et qui, comme
lui, a su jeter des ponts entre les cultures et les races, pour devenir
l’un des plus grands porte-étendards français.
Cet homme qui est né Ali, musulman, dans l’Oranais, et qui est mort 92 ans
plus tard Alain, catholique, dans le Val-de-Marne. Qui admirait Bayard et
Sainte-Thérèse-de-Lisieux ― la France du panache et celle de la petite
voie. Et qui déclarait, se retournant au crépuscule de sa vie sur son
aurore :
Je savais depuis longtemps que mon pays était de l’autre côté de la mer. Mes
ancêtres, c’était les Gaulois. La France était déjà dans ma peau et dans
mes veines. Par conséquent, qu’on ne me parle pas de ces conneries
d’intégration !

 

( Note du Scrutateur : Dans sa lettre notre ami, parle de Mimoun comme « mort en même temps que Mandela ». C'est ce que l'on pouvait penser il y a une semaine. Mais Mandela s'accroche encore ( 11 juillet 18h20, heure de Guadeloupe ). On plutôt on l'accroche, comme jadis le général Franco. Mais là nous sommes dans la politique, et nous n'en parlerons pas aujourd'hui ). 

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