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Publié par Edouard Boulogne

 

Napoléon, l'esclavage et les colonies.  

 

(L'actualité m'a conduit à lire enfin un livre acheté en 2006, et qui figurait dans la haute colonne de livres à lire, en attente dans ma bibliothèque, non loin de mon ordinateur. Cet ouvrage est intitulé Napoléon, l'esclavage et les colonies, publié aux éditions Fayard. La lecture est roborative. Les auteurs en sont MM. Pierre Branda et Thierry Lentz. Le scrutateur).



Directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz est l'auteur de nombreux ouvrages de référence sur l'Empire. Pierre Branda, historien. prépare un litre sur Napoléon et l'argent. 

 



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 Oui. Napoléon Bonaparte a rétabli l'esclavage, après de longues hésitations. Oui, les généraux envoyés par lui aux Antilles ont féroce­ment réprimé les révoltes des Noirs et des mulâtres. Mais c'est à ne pas replacer ces faits dans leur contexte que l'on perd le fil de l'histoire. C'est en oublier que le projet de Napoléon était d'abord géopolitique, que son ambition était « mondiale ». C'est ignorer que le rétablissement de l'esclavage intervient dans un monde où l'abolitionnisme balbutiait. son coût économique étant jugé insupportable par un secteur qui employait un Français sur dix.

Privilégier l'hypothèse « raciste », lire l'histoire à l'envers, d'aujour­d'hui à hier et - pourquoi pas ? - à avant-hier, ne peut que contribuer à une utilisation déréglée d'une mémoire pourtant si utile lorsqu'elle ne se confond pas avec le militantisme partial.

Empoignant à bras-le-corps une affaire qui, c'est vrai, en a embarrassé plus d'un avant eux, Pierre Branda et Thierry Lentz ont repris le dossier de l'esclavage et des colonies pièce par pièce, à l'aide d'une documen­tation complète, parfois inédite. Comme toujours en histoire, ils en tirent un bilan qui n'a que faire des bons sentiments (sinon ils ne seraient pas historiens !) .



Mise en appétit.


Pour mettre le lecteur en appétit, voici deux  courts extraits de la préface de ce livre, qui permettent de mettre en perspective, sur le même sujet, des pamphlets infra historiques qui ont suscité le sourire des lecteurs férus d'histoire, et l'aigreur des idiots « utiles ».



( I ) : « La troisième raison, parfois avancée, ces derniers temps, par le biais de polémiques qui ne concernent pas notre ouvrage, est que les historiens du Consulat et de l'Empire seraient embar­rassés par l'une des décisions les plus controversées aujourd'hui du gouvernement de Bonaparte : le rétablissement de l'esclavage par une loi du 20 mai 1802. On a même récemment pu entendre certains militants de causes — dont, nous l'avouons humblement, les contours et les objectifs nous échappent — soutenir que Napoléon aurait voulu organiser le « génocide » des Noirs. Il aurait consacré à ce projet beaucoup de moyens et d'énergie, inventant même des techniques d'extermination dont on nous a dit avec le plus grand sérieux qu'elles inspirèrent les dirigeants nazis. Que les historiens napoléoniens aient pu parfois être gênés par le rétablissement de l'esclavage est sans doute un peu vrai. Ils n'avaient pas raison, car l'histoire ne saurait « gêner » celui qui l'étudié : il n'est ni un juge ni un redresseur de torts. Qu'ils aient voulu couvrir le grand Crime de Napoléon (pour reprendre le titre d'un ouvrage paru à la fin de 2005) et finalement en devenir presque « complices », selon l'auteur de ce pamphlet, est à la fois faux et insultant. Cette polémique, disions-nous, ne concerne pas ce livre qui ne consti­tue ni une réponse aux attaques ni une justification de la poli­tique napoléonienne. Les personnes qui nous ont fait l'honneur de lire nos travaux précédents se sont sans doute rendu compte que, souhaitant étudier cette époque sans passion et avec recul, nous ne nous sommes pas montrés complaisants avec les actions et le bilan de Napoléon ». ( page 9 ).



(II) : « Autour de Saint-Domingue, le dispositif devait être complété par les autres îles françaises, la Guyane et la Louisiane, rendue par l'Espagne au début du Consulat. Ailleurs, dans l'océan Indien, le Pacifique ou sur les côtes africaines, le même souci stratégique (contrôle des routes maritimes, points d'appui pour les flottes...) et économique (produits coloniaux, échanges avec la métropole, grand commerce avec le monde entier...) guida l'action du gouvernement napoléonien.

Les campagnes coloniales, soutenues à Paris par un puissant groupe de pression et d'intérêts, aboutirent au maintien de l'esclavage et de la traite dans les territoires où ils n'avaient jamais été abolis (Martinique ou colonies à l'est du cap de Bonne-Espérance) puis à leur rétablissement partout. Nous consacrerons de nombreux développements et même un cha­pitre entier à la loi du 20 mai 1802, sa genèse et ses suites. Le « présentisme » ambiant dans l'approche de l'histoire aboutit à une condamnation sans appel de cette décision prise il y a deux cents ans. Si, évidemment, nous condamnons l'esclavage - sans que la loi ait d'ailleurs besoin de nous y contraindre —, nous tenterons de montrer que si Napoléon partageait avec son temps des préjugés raciaux, ses décisions concernant l'esclavage n'étaient pas de principe. Comme dans tous les domaines de son gouvernement, il se montra ici pragmatique, forgeant lente­ment ses convictions et, une fois fixé, allant jusqu'au bout de ses décisions. Celles-ci mirent le feu aux colonies des Antilles et entraînèrent une répression menée avec férocité par des géné­raux qui n'avaient pourtant que des consignes de rigueur. Elles provoquèrent une flambée de violence partagée qui ravagea et avec quelle cruauté — les rangs des Noirs et des métis, mais aussi des Blancs, systématiquement massacrés à Saint-Domingue après l'indépendance de la partie ouest de l'île, en septembre 1803. Les rancunes en subsistent encore aujourd'hui, et il serait juste de rendre leur place à ces événements dans l'étude de la période napoléonienne. Nous nous y essaierons, comme historiens et non comme des spécialistes de la mémoire.

Le désastre antillais, première défaite d'une armée napo­léonienne, fut bientôt suivi de la vente de la Louisiane aux États-Unis, affaire commerciale bien plus qu'expression d'une « amitié » souvent alléguée entre la France et la jeune nation. Exit le « rêve américain ». Cela ne signifie pas que Napoléon abandonna sa stratégie mondiale : il lui restait encore des cartes à abattre à l'est. Il fit évoluer ses plans, commanda des projets, fît préparer des expéditions, mais sans jamais disposer des moyens de les mettre en œuvre. Après Trafalgar, les flottes et les corps expéditionnaires napoléoniens manœuvrèrent surtout sur les feuilles de papier du ministère de la Marine et des Colo­nies. Finalement, la guerre mondiale franco-anglaise tourna à l'avantage d'Albion qui, l'une après l'autre, fit tomber les posi­tions françaises dans le monde et ferma les mers au commerce impérial. Cet incontestable succès, qui permettait aux mar­chands britanniques de développer pour longtemps leur grand commerce, explique sans doute la modération dont les diplo­mates anglais firent preuve au moment de la chute de l'Empire. Les Britanniques avaient atteint l'un des buts principaux de leur guerre : rétablir l'équilibre européen, meilleur gage de leur liberté de commercer et d'alimenter leur industrie. Ils voulaient faire rentrer la France dans le rang, mais non la détruire »...... ( Pages 11 et 12 ).

 

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