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Publié par Edouard Boulogne

Hélie Denoix de Saint-Marc : Un héros français de notre temps.

H-Denoix-de-St-Marc-Les-champs-de-braises-.jpg

 

«  Je ne suis pas abattu, je n'ai pas perdu courage. La vie est en nous et non dans ce qui nous entoure. Être un homme et le demeurer toujours, quelles que soient les circonstances, ne pas faiblir, ne pas tomber, voilà le véritable sens de la vie. ».

Fédor Dostoïevski ( Lettre de Sibérie ).

( Placé en exergue de son livre Les champs de braises, par Hélie Denoix de St-Marc. ).

 






Le commandant Hélie de Saint-Marc est mort. Il laisse orphelins les Français aimant leur pays, et ayant gardé le sens de l'honneur. Je vais laisser à notre confrère et ami Minurne le soin de tracer le portrait de cet homme dont j'aurais été fier d'être l'ami. ( article plus loin ).

Je me bornerai à citer un passage des Champs de braises ( pp. 122 à 124 ) où le commandant fait part d'une expérience, qui fut la sienne en Indochine, pendant la première des guerres, la guerre franco vietnamienne contre le Viet Minh communiste. 

St Marc Indochine II

C'était au début de 1950. Un élément nouveau et capital survint, la prise du pouvoir en Chine par le parti communiste dirigé par Mao Tsé Toung.

St-Marc et son détachement militaire, menaient depuis des mois une action de protection et de pacification, contre l'entreprise totalitaire menée par Ho Chi Minh, au nord de l'Indochine, près de la frontière chinoise. 

de-St-Marc-Indochine-.jpg

La victoire de Mao en Chine voisine imposa au haut commandement français une décision de repli immédiat, qui devait avoir des conséquences tragiques pour la population. C'est cette expérience que rapporte Le commandant de St-Marc. Elle fut déterminante, plus tard pour lui, quand, en Algérie, il se révolta contre des ordres qui devaient reproduire le déshonneur de Talung ( nom de la localité vietnamienne dont il a été question plus haut ).

Je ne saurais trop recommander la lecture des Champs de braises.

 

Edouard Boulogne.

 






La tragédie de Talung

 

« Un jour de février 1950, j'ai vu arriver un convoi à moitié vide accompagné d'une escorte. Le colonel Charton, qui dirigeait en second Cao Bang, descendit du premier véhicule. J'ai cru à une inspection. C'était une opération de repli. La victoire communiste en Chine avait transformé la donne. Il fallait rapatrier tou­tes les forces éparpillées en Haute-Région sur Cao Bang qui allait être assiégée par le Vietminh. En restant, nous risquions d'être submergés par le nombre. Il fal­lait faire vite, très vite pour éviter une embuscade au retour. Les ordres d'un officier de Légion n'étaient pas à discuter surtout ceux du colonel Charton. Il fallait obéir immédiatement. Sonné, je me suis raccroché aux tâches immédiates : exécuter un repli en bon ordre, ne pas laisser traîner du matériel utilisable.

Les partisans rassemblèrent leurs familles pour monter dans les camions. Je suis resté quelques minutes avec les légionnaires pour assurer l'arrière-garde en cas d'attaque vietminh, et puis nous avons embarqué. C'est là que j'ai vu ceux que je n'avais pas voulu voir, auxquels je n'avais pas voulu penser. Les habitants des villages environnants, prévenus par la rumeur, accou­raient pour partir avec nous. Ils avaient accepté notre protection. Certains avaient servi de relais. Ils savaient que, sans nous, la mort était promise. Nous ne pou­vions pas les embarquer, faute de place, et les ordres étaient formels : seuls les partisans pouvaient nous accompagner. Les images de cet instant-là sont restées gravées dans ma mémoire comme si elles avaient été découpées au fer, comme un remords qui ne s'atténuera jamais. Des hommes et des femmes qui m'avaient fait confiance, que j'avais entraînés à notre suite et que les légionnaires repoussaient sur le sol. Les mains qui s'accrochaient aux ridelles recevaient des coups de crosse jusqu'à tomber dans la poussière? Certains suppliaient. D'autres nous regardaient, sim­plement, et leur incompréhension rendait notre trahi­son plus effroyable encore. Le silence est tombé sur le camion qui fonçait à travers les calcaires. Les légion­naires, blessés de toutes les guerres, regardaient le plan­cher. Ils n'osaient pas se dévisager. Cette évacuation me brûlait. Secoué par les cahots de la piste, je fermais les yeux de douleur et de honte.

Dans toute la région, des opérations semblables avaient été effectuées. Au nord de Cao Bang : Tra Linh, Nguyen Binh, Ben-Cao. A l'est de Thât Khé : Poma, Binhi. A Saïgon, j'imaginais le point presse triomphal : « Notre dispositif de frontière a été resserré. Tout s'est bien passé... » Les jours qui ont suivi, nous avons vu arriver quelques silhouettes connues, qui avaient pu traverser la jungle. Elles nourracontaient les massacres dans les villages, les paillotes brûlées les hommes achevés sur le sol. La période la plus exaltante de ma vie s'est ainsi terminée dans un désastre total. Nos efforts avaient débouché sur la trahison, l'abandon, la parole bafouée. Je pouvais toujours me répéter que c'était la guerre, que j'étais un soldat et pas un missionnaire, que ce n'était pas nous qui avions trahi mais le Vietminh qui gagnait du terrain. Les souvenirs étaient plus forts que la raison. Je savais ce que j'avais perdu. Je n'avais pas conduit ma mission avec prudence, gardant à l'esprit la possibilité d'un départ brutal. Je n'avais pas occupé le poste de Talung avec la froideur d'un profes­sionnel sans états d'âme, organisant un rideau de sur­veillance serrée autour du poste et ne s'occupant de rien d'autre. Je m'étais investi de tout mon être.

La guerre telle que nous la pratiquions au Vietnam entraînait une certaine osmose entre les troupes et la population. Il ne s'agissait pas d'un conflit de positions entre deux ennemis bien définis, mais d'un affronte­ment politique et géopolitique où les intérêts de toutes sortes et les stratégies contradictoires s'imbriquaient inextricablement, entre la Chine et le Vietnam, l'Occi­dent et le communisme, la France et son ancienne colo­nie indochinoise, les Viets et les minorités ethniques. Autant de dimensions qui nécessitaient de prendre sur le terrain des engagements allant au-delà du simple métier de soldat. Pendant des années, les cauchemars liés à l'évacuation de Talung allaient rejoindre ceux de la déportation. J'avais le sentiment d'être parjure. Ce mot veut-il encore dire quelque chose à une époque où la notion d'honneur est passée à l'arrière-plan ? Disons qu'il ne s'agissait pas d'un serment chevaleresque. Tout simplement de centaines d'hommes et de femmes, dont parfois les moindres traits du visage sont inscrits dans ma mémoire, et à qui, au nom de mon pays et en mon nom, j'avais demandé un engagement au péril de leur vie. Nous les avons abandonnés en deux heures. Nous avons pris la fuite comme des malfrats. Ils ont été assas­sinés à cause de nous ». ( Les camps de Braises ( éditions Perrin ).

 






MORT D'UN HOMME D'HONNEUR, TEMOIN, ACTEUR ET PENSEUR DE SON SIECLE



http://minurne.blog4ever.com/blog/lire-article-431391-10219594-mort_d_un_homme_d_honneur__temoin__acteur_et_pense.html



Le commandant Hélie Denoix de Saint Marc nous a quitté ce 26 août, à l'âge de 91 ans.

Fils d'un avocat bordelais, témoin horrifié de la débâcle de juin 1940, il s'engage dans la Résistance. Déporté en 1943 à Büchenwald-Langestein, il est sauvé
in extremis par les américains, dans un état d'épuisement proche de la mort.

Helie-de-St-Marc-Allemagne-.jpg

St Cyrien, il effectue alors deux missions en Indochine, d'où il doit être évacué en abandonnant les partisans vietnamiens, trahison forcée qui le poursuivra toute sa vie. Il est alors envoyé en Algérie où il commande le 1er REP. Il participe au putsch d'avril 1961, sans doute pour ne pas devoir revivre une seconde fois l'infâme abandon de ceux qui avaient choisi de servir la France. Il fera 5 ans de forteresse à Tulle.

de-St-Marc-Algerie-II-.jpg
Réhabilité en 1978, il deviendra alors écrivain, historien, témoin discret et profondément humain d'une époque trouble et ambiguë. Il obtiendra en 1989 le Prix Fémina pour son ouvrage autobiographique "Les champs de braise", écrit avec son neveu l'éditeur Laurent Beccaria.


En 1989, Hélie Denoix de Saint Marc à "Apostrophes"

Il s'était lié d'amitié avec un ancien adversaire, l'écrivain allemand August von Kegenecht, ancien officier de la Wehrmacht. Ensemble, ils publièrent en 2002 "Notre histoire", une suite de conversations sur ce XX° siècle sanglant, vu des deux côtés du Rhin.

Il fut élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d'Honneur en 2011. La-disparition-d-un-grand-soldat_article_landscape_pm_v8.jpgDans la cour des Invalides, il reçut cette récompense debout, des mains de Nicolas Sarkozy. Justice lui était enfin rendue. Il eut ce simple commentaire, qu'on peut traduire comme on l'entend : «La Légion d'honneur, on me l'a donnée, on me l'a reprise, on me l'a rendue…»

Mais c'est un lecteur de Minurne, Titanaël, qui nous a suggéré le mot de la fin...

Quel meilleur hommage, en effet, aurions nous pu rendre à Elie de Saint Marc que de publier ce texte puissant, inspiré, actuel et pourtant empreint d'humilité face à la destinée humaine ?

"Que dire à un jeune de 20 ans ?".

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.

La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît 
comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela

«L’Honneur de Vivre» 

Hélie de Saint Marc



26/08/2013| 394 visites 2J'aime 15Poster un commentaire



Nicolas-Bernard-Buss.jpg  ( Nicolas Buss, jeune français de 23 ans, tabassée par la police du pouvoir hollandiste, et condamné à quatre mois de prison pour avoir défendu des valeurs fondamentales de la société française ). 

 

 

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Léon Tikitak 28/08/2013 20:32


Le contraste entre la belle exigence morale du commandant Denoix de Saint-Marc (dont la vie mérite certainement d'être qualifiée d'exemplaire) et les autorités
qui l’ont d’abord obligé à désobéir, puis l’ont condamné nous rappelle que Jésus aussi fut flagellé, insulté, battu et... crucifié par une autorité qui rejeta sur la foule des enragés sa propre
faute en disant qu’elle se lavait les mains du sang d’un juste. Beaucoup de mains se sont lavées de beaucoup de sang de justes, depuis. Et l’Évangile d’aujourd’hui nous raconte que Jésus disait :
« Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l'extérieur, ils ont une belle apparence, mais l'intérieur est
rempli d'ossements et de toutes sortes de choses impures.
C'est ainsi que vous, à l'extérieur, pour les gens, vous avez l'apparence d'hommes justes, mais à l'intérieur vous êtes pleins
d'hypocrisie et de mal. 
Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, vous décorez les sépulcres des justes, 
et vous
dites : “Si nous avions vécu à l'époque de nos pères, nous n'aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes.”
Ainsi vous témoignez contre vous-mêmes : vous êtes bien
les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes. 
Eh bien, vous, achevez donc ce que vos pères ont commencé ! »

Max Himus 28/08/2013 16:56





Si l’on doit inscrire au champ d’honneur une page du quinquennat de Nicolas Sarkozy, ce sera indiscutablement la cérémonie d'hommage à Hélie Denoix de
Saint-Marc dans la cour des Invalides le 28 novembre 2011, lorsque, Président de la République, Nicolas Sarkozy à réhabilité la France en rendant au commandant Denoix de Saint-Marc les insignes
que la France s'était déshonorée en lui retirant. Hélie Denoix de Saint-Marc fait partie de ces figures dont on a du mal, dans la médiocrité ambiante, à imaginer que d'aussi belles personnes,
avec un tel degré de conscience, puissent exister. La mémoire de ce grand homme nous montre nos élites comme elles sont : petites, médiocres, viles et sales. Que l'on retienne que Nicolas Sarkozy
- et Jeannette Bougrab - ont ouvert les yeux des Français sur ce que veulent dire les mots vérité et honneur, lorsque après la remise, par Nicolas Sarkozy des
insignes de grand-croix de la Légion d'honneur au commandant Hélie de Saint Marc, Jeannette Bougrab, secrétaire d'Etat à la Jeunesse et fille de harki, s'est agenouillée devant la chaise de
l'officier pour lui baiser la main en lui murmurant : « Merci de ne pas avoir abandonné vos soldats, et mon père... » 

Ch.Etzol 28/08/2013 14:30


En hommage et en écho,un poème d'Andrée Chedid,française née au Caire en 192O et décédée le 6 Février 2O11,  Extrait d'un texte intitulé "tant de corps et tant d'âme


                              
                     Jeunesse


 


Jeunesse qui t'élances
Dans le fatras des mondes
Ne te défais pas à chaque ombre
Ne te courbe pas sous chaque fardeau
Que tes larmes irriguent
plutôt qu'elles te rongent
Garde-toi des mots qui dégradent
Garde-toi du feu qui pâlit
Ne laisse pas découdre tes songes
Ni réduire ton regard
Jeunesse entends-moi
          Tu ne rêves pas en
vain.                                                         

MF 28/08/2013 13:12


Le Scrutateur,


Combien il serait utile que des hommes et des femmes exerçant des responsabilités ur notre sol se donnent la peine de lire, relire et mettre en pratique ces éléments decrits et commentés sur
l'action de M. de SAINT-MARC. Mais au lieu de cela ils sont satisfaits de leurs platitudes quant aux évènements et se targuent d'être au service de la jeunesse!!!! Combien de temps dureront
encore ces fanfaronades de salons?


Je n'aurai qu'une seule réaction: que dieu nous préserve de leur éventuelle accession à quelque responsabilité de plus.


MF