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Publié par Edouard Boulogne

 

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Il y a trente cinq ans, la Guadeloupe était secouée, au sens littéral du terme, par son vieux volcan de la Soufrière. Ceux qui n'étaient pas nés à cette époque ne peuvent se faire une idée de l'ambiance, de la panique de beaucoup, qui régna à cette époque. A un point tel que le tour cycliste de la Guadeloupe dut être interrompu par décision préfectorale, sans provoquer de protestation.....C'est dire!!!

Le sommet de la crise fut en juillet et en août. J'avais demandé à mon ami le professeur Luigy Colat-Jolivière de tenir un journal des évènements. Ce qu'il fit avec son talent habituel, et le sens des responsabilités qui l'animait (On note, dans ces extraits que je propose aujourd'hui à votre lecture, son refus de recourir à tout sensationnalisme).

Dans quelques jours je proposerai d'autres documents sur le volcanisme en Guadeloupe, mais aussi en Martinique, avec la publication de deux lettres de témoins de la catastrophe de St-Pierre en 1902, qui me furent confiées en 1976, par un parents des deux auteurs, et qui, en 1976, jusqu'à leur publication dans Guadeloupe2000, étaient restées inédites.

E.Boulogne.

Michel-Feuillard-Soufriere-.jpg ( Je recommande vivement la lecture de cet ouvrage du professeur Michel Feuillard, qui vient de paraître. Outre des photographies suggestives- mais mal mises en valeur par une édition peu soignée- le livre est rempli d'informations historiques et scientifiques, avec évidemment une place importante réservée aux évènements de 1976, letout avec la pate d'un spécialiste en vulcanologie, doublé d'un passionné. L'ouvrage aurait mérité une présentation plus digne du contenu.EB).

 

 

 

 

Soufrière : Journal d'une panique

 

par L Colat-Jolivière

 

Tous les volcans ne se ressemblent pas. La Soufriè­re de Guadeloupe (1484 m) est différente de la Montagne Pe­lée de la Martinique. Certains semblent avoir des affinités. Ain­si, quand le Mont Pelé entra en éruption le 8 mai 1902, ceux du Mexique et la Soufrière de Saint Vincent se montrèrent ac­tifs.

 

TOUJOURS DES SIGNES AVANT-COUREURS.

 

La Montagne Pelée est un volcan à lave peu fusi­ble, ce qui est cause d'explosions brusques. Elle se caractérise aussi par des nuées ardentes. Cependant, son réveil en 1902, (tout comme celui du Vésuve en l'an 79) fut précédé de signes avertisseurs qui donnaient aux gens raisonnables le temps de se mettre à l'abri dans le calme et sans précipitation.

Notre Soufrière est d'un type beaucoup moins dangereux. C'est un volcan à lave visqueuse dont la montée est lente. Par ailleurs, la faille, qui a tant bouleversé les gens, cons­titue un vaste orifice de dégorgement qui diminue encore les risques d'explosion.

 

L'IGNORANCE, CAUSE DE TERREUR.

 

C'est la panique qui est à craindre beaucoup plus que le volcan. Si le préfet de région Jean-Claude AUROUS-SEAU n'était pas un homme énergique, de décision et d'action Dieu sait qu'elles catastrophes véritables auraient désolé la Guadeloupe par la faute des gens. C'est à se demander si cer­tains adorateurs du chaos ne cherchent pas à tout moment une occasion de désordre.

Même si on possédait tous les instruments nécessai­res, cela n'aurait pas empêché la fuite précipitée due à l'igno­rance des citoyens. Pourtant, les autorités compétentes avaient expliqué calmement la situation. Monsieur Michel FEUILLARD, le directeur de l'Observatoire géo-physique, qui vit sur le flanc du volcan, a toujours été clair et objectif. Or, il est pas­sionné par ses recherches et a conservé l'excellent fond scout.

 

BREF CALENDRIER

 

JUILLET 1975

On constate une recrudescence des activités souterraines.

 

MERCREDI 10 MARS 1976 à 05 H 05.

 

Un important mouvement tellurique réveille tout le département. Les gens pensent immédiatement à la Soufriè­re en pareil cas, même si l'épicentre se trouve bien au large de la Guadeloupe.

Quelques jours après, les tremblements de terre lé­gers se multiplient dans la région Basse-Terre — Saint-Claude. Dès la nuit du 24 mars 1976, le préfet, M. Jean-Claude Aurousseau, met la Soufrière en état de surveillance particulière. Est alerté le 25 mars, M. Olivier Stirn, ministre des D.O.M.-T.O.M. Le député Raymond Guilliod écrit au Président de la Républi­que Valéry Giscard d'Estaing. Celui-ci tient à survoler le vol­can lors de son escale le samedi 22 mai 1976.

Mr. Haroun Tazieff, consulté" précédemment, avait confirmé ce qu'avait déjà dit M. Michel FEUILLARD : il n'y avait pas de danger immédiat.

 

MERCREDI 7 JUILLET 1976 DANS LA NUIT.

 

Certains prétendent avoir entendu «travailler la montagne, d'autres nient.

 

JEUDI 8 JUILLET 1976 VERS 9 HEURES, LE MATIN.

 

Le volcan projette de la vapeur d'eau. Une grande faille s'est ouverte, un épais nuage de cendres obscurcit tout On se croirait en hiver, en Europe. La visibilité devient nulle. Les cendres s'infiltrent partout, une forte odeur de souffre incommode tout le monde. Certains croient entendre des grondements et percevoir des trépidations du sol. La panique brutale et contagieuse. C'est l'exode sauvage. A cause de ignorance des phénomènes volcaniques, entre trente et quarante mille (?) personnes fuient en catastrophe, en direction de la Grande Terre où les esprits étaient encore ébranlés à cause d'un bref mouvement tellurique dont l'épicentre avait été situé au nord, le mardi à 23 H 45-

La Guadeloupe se trouve en état de pré-alerte et le plan Orsec correspondant commence à Être appliqué. Heureument que l'Administration avait été prévoyante et sut tout encadrer, autrement l'épouvante aurait fait de nombreuses victimes. Beaucoup se sauvent tels qu'ils sont, les mains vides.Des familles sont séparées, des enfants égarés. On se demande ce qui se serait produit en cas de péril réel. Il est nécessaire les Guadeloupéens acquièrent le flegme. Mais peut-être cette mentalité apocalyptique est-elle une compensation à l'exiguïté de l'île ?

Mr. Paul GRANET, délégué par le Président République, est attendu.

La radio rend de précieux services, !e téléphone étant coupé le jeudi jusqu'à 16 h pour le réserver en priorité aux services administratifs. Et c'est alors l'interminable litanie de messages personnels dont les trois quarts sont abusifs. FR3 veille, le jeudi et le vendredi ses journalistes et animateurs ne se reposent pas. C'est peut-être pour cela que l'on répète Saint-Claude est «désertique» (aride et sauvage) au lieu de «déserte» (vidé de ses habitants). Un optimiste déclare même que «l'on avait le volcan bien en main».

Les nouvelles les plus fantastiques courent d'autant plus que les chutes du Carbet si célèbres semblent taries. Mais les autorités ne quittent pas Saint-Claude. Le directeur l'Observatoire de Martinique arrive.

 

LUNDI 12 JUILLET 1976.

 

Les esprits sont apaisés. Le travail souterrain continue mais on sait qu'il n'y a pas de danger immédiat. Le volcan peut recouvrer son activité normale et se calmer. Basse-Terr Saint-Claude se repeuplent, les citoyens reviennent sous le regard ironique de ceux qui étaient restés chez eux. Les chutes du Carbet coulent de nouveau. MM. Jacques DOREL et AUBERT, deux sismologues sont sur place. Haroun Tazieff : arivera le mardi 13 et le Ministre Olivier Stirn le jeudi 15.

A cause des cendres fertilisantes et du soufre l'année prochaine, les récoltes seront meilleures et les fleurs plus belles.

 

(…..................................................................................................................).

 

( suite du Journal d'une panique . Guadeloupe 2000, n° 46).

 

Les Guadeloupéens de la diaspora installés aussi bien en Métropole que dans les autres parties du territoire natal à travers le monde, ou qui vivent à l'étranger, sont vivement alarmés, tout comme les autres Français, par les communiqués fantaisistes et apocalyptiques de gens ou d'organismes qui oublient la dignité inhérente à l'état de journaliste. Un journaliste peut être un romancier mais quand il donne une information en tant que journaliste, il doit oublier le roman. GUADELOUPE 2000» n'est ni optimiste, ni pessimiste en ce

concerne la Soufrière. On essaie d'être objectifs, avec de humour dans la partie romancée. Jusqu'à présent, les événements ne nous ont pas démentis (cf nos numéros de mars, et d'avril, Juin et Juillet 1976).

 

APRES L'ERUPTION PHREATIQUE DU 8 JUILLET 1976

 

Après l'émotion considérable du jeudi 8 Juillet, :le calme revient peu à peu. Cependant, quelques personnes ne veulent pas retourner dans le voisinage du volcan. Certaines, avant leur retour, louent des appartements en Grande-Terre pour le cas où...

Haroun TAZIEFF veut rassurer tout le monde. On commence à murmurer contre lui... on est déçu de ne pas vivre des heures tragiques. Il s'agit en majorité de gens qui ne risquent rien et trouvent les risques (des autres) moins pro­saïques... Les spécialistes se succèdent, le ministre Olivier STIRN vient se rendre compte sur place de l'organisation du plan ORSEC. De temps en temps, des séismes ou des petites projections de cendres réveillent un instant un intérêt languis­sant. Michel FEUlLLARD, né à Saint-Claude et directeur de l'Observatoire du Globe, monte chaque fois au sommet d'une montagne qu'il connaît bien. Le visage à barbe et lunettes de­vient familier à tous... Les jours passent, la Soufrière cesse 'd'occuper la première place dans les conversations. On lui en .veut presque de ne rien faire pour justifier la panique du 8.

 

VENDREDI 13 - DIMANCHE 15 AOUT 1976

 

A la fin de la première semaine d'Août, les affir­mations contradictoires se multiplient ramenant un renouveau de l'inquiétude... On parle ça et là de transformation du relief. Certains racontent des propos tenus par des pêcheurs... Quel­que chose se passe même dans la mer... On ne sait pas quoimais on répète... Les sismographes se mettent à enregistrer un nombre incroyables de mouvements sismiques. Monsieur TOMBLIN qui s'y connait est étonné, vérifie et ne peut que consta­ter qu'une énergie fantastique se manifeste en profondeur, à moins de six kilomètres environ. On consulte les ouvrages. L'auteur de ces lignes se replonge avec avidité dans la solide et sérieuse étude de son ancien professeur Guy LASSERRE. A la page 133 du tome I de «La Guadeloupe», on redécouvre que la dernière grande éruption péléenne de la Soufrière date de 550 ans mais avec une marge possible d'erreur dans la datation de 150 ans, donc entre 1250 et 1550 de notre ère...

Le vendredi 13 on s'attend à un violent séisme. En fait, il n'y a qu'une victime et de valeur. C'est l'excellent film «SAN FRANCISCO» avec Janet MAC DONALD et Clark GA­BLE qui est retiré du programme télévisé. Il avait eu un grand succès en Guadeloupe dans les années 1949-1950. On est d'au­tant plus fâché de cette suppression que l'on y voit comment on peut réagir courageusement devant une telle catastrophe. Par contre, aucun film de violence ou de banditisme ne sera ôté alors que les événements favorisent la tentation de la vio­lence et du gangstérisme... Rien ne se passe... On cherche à se rassurer le samedi 14... Le dimanche matin 15 Août, jour de l'Assomption, -au matin, le préfet est amené à prendre des dé­cisions dramatiques... Les appareils enregistrent l'escalade du phénomène volcanique... Monsieur BROUSSE qui à sa deuxiè­me arrivée en Guadeloupe, peu avant, ne semblait pas inquiet, a lu dans la nuit du samedi à dimanche des notes sur la Monta­gne Pelée et il découvre une analogie des signes précurseurs... Mal familiarisé avec l'information visuelle et écrite - (c'est lui qui dira cela plus tard) - il donne ses impressions personnelles sans se rendre compte qu'il est entendu par des,dizaines de mil­liers d'oreilles avides... C'est la fameuse phrase avec les expres­sions de «catastrophe» et de «bombe de trente mégatonnes».. Le préfet décide l'évacuation d'environ 72.000 personnes... Des responsables détalent... Les mêmes qui par la suite vont re­procher au Gouvernement d'avoir pensé, avant tout, à sauver les vies humaines... Le préfet et ses collaborateurs partent les derniers après avoir réussi en une douzaine d'heures une évacuation qui constitue une expérience impressionnante... C'est l'attente de la catastrophe... Le lundi, séisme d'une certaine intensité... La zone dite dangereuse se recouvre de cendres... Puis les choses semblent se calmer... Les réfugiés ne sont pas tous faciles. Encore une fois, on a la démonstration que les vrais travailleurs, ceux qui risquent vraiment de tout perdre, ceux qui sont la partie vivante du pays ont une attitude très digne, tandis que la canaille entend profiter de la situation et se montre exigeante. Et des sommes folles sont dépensées beaucoup plus pour la tourbe improductive que pour les gens de bien dans la gêne... La radio diffuse sans cesse des commu­niqués officiels et des messages personnels... Tout est pertur­bé...

 

LUNDI 30 AOUT 1976

 

Le volcan bouillonne de nouveau et lance des pro­jectiles tandis que les savants se trouvent au sommet. Plusieurs sont blessés dont Haroun TAZIEFF qui proclame qu'il n'y a pas de péril immédiat. On parle d'une controverse BROUSSE-TAZIEFF... Le massif est interdit. Olivier STIRN ne pourra plus continuer ses périlleuses ascensions... La rentrée scolaire pointe... Or, les écoles sont occupées par les réfugiés. On fait venir des tentes... Entre temps, un cyclone a heureusement né­gligé le département... Quelle idée de vouloir placer en septem­bre une rentrée scolaire que le bon sens avait toujours laissée en Octobre dans une zone fréquentée par les ouragans. img196.jpg

 

MARDI 14 SEPTEMBRE, 19H22

 

Nouvelle explosion phréatique... grondement., torrent de boue... forte projection de cendres... L'escalade continue... Mais il n'y a danger que dans un périmètre limité. Pourtant, au mépris de toute vérité scientifique, des informateurs parlent de la destruction de la Guadeloupe entière..., de prédictions... Cependant, le préfet autorise le retour des habitants dt Vieux-Habitants et d'une partie de Capesterre-Belle-Eau. De leur propre mouvement, des Basse-Terriens retournent chez eux pour sauver l'économie. Certains déclarent préférer la mort à la mendicité... C'est la ruine pour certains planteurs..

 

MERCREDI 22 SEPTEMBRE, 6H20

 

Nouvelle éruption phréatique plus forte que le précédentes... Pluie de cendres, nuages sombres. C'était annoncé depuis trois jours. Le ministre STIRN arrive l'après-midi.. Danger toujours limité.

Il ne faut pas écouter ceux qui aiment la catastrophe.

 

Luigy. COLAT-JOLIVIERE.

 

( A suivre).

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CH.FFRENCH 31/07/2011 22:31



Je me souviens de ces vacances ratées...


Nous n'avons pu rien faire! Tant les routes étaient encombrées.


Tout le monde paniquait... Je revois maman récitant le chapelet, et demandant au Bon Dieu de nous recevoir dans son paradis...


Mes enfants qui étaient très jeunes, et qui, en Métropole, n'avaient jamais connu de seismes, étaient terrifiés.


Enfin, quand le jour du retour est arrivé, je dois avouer, que moi aussi, j'étais heureuse de quitter mon île!