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Publié par Edouard Boulogne

Eurafrique : En finir avec les idées toutes faites! 

 

Bernard Lugan est un historien très connu, considéré comme un spécialiste de l'Afrique. Sans nécessairement partager toutes ses idées, je crois utile de publier cette tribune de l'auteur, tant il est vrai que l'uniformité non seulement sécrète l'ennui, mais encore est une mortelle ennemie de la pensée, qui ne vit à l'aise que dans la contradiction. E.Boulogne).

 

 

Lugan-Histoire-de-l-Afrique.gif

 

 

 

Editorial de Bernard Lugan
>
> Depuis un quart de siècle l’historiographie africaine a fait des  
> progrès considérables, bouleversant les dogmes de la pensée  
> dominante sur laquelle est fondée la culture d’asservissement de  
> l’Europe. Ainsi :
> - En 1986, puis durant la décennie 1990, le postulat selon lequel la  
> richesse de l’Europe fut fondée sur l’exploitation de ses colonies  
> africaines a été pulvérisé par Jacques Marseille et par les  
> historiens britanniques. Journalistes, artistes et invités des  
> émissions de télévision continuent à pourtant à ânonner les poncifs  
> éculés du « pillage colonial ».
> - En 2005, Daniel Lefeuvre démontra que la France s’était ruinée en  
> Algérie et que les « 30 glorieuses » ne devaient rien à la main  
> d’œuvre immigrée venue d’Algérie. Le président Bouteflika exige  
> pourtant des excuses de la part de la France.
> - Dans le domaine de la traite des Noirs, Olivier Pétré-Grenouilleau  
> et les historiens anglo-saxons réduisirent à néant le postulat selon  
> lequel la révolution industrielle Européenne résultait directement  
> de la traite. Ils mirent également en évidence l’étroite association  
> de bien des royaumes africains au phénomène, démontrant qu’en  
> réalité, une partie de l’Afrique avait vendu l’autre aux Européens.  
> L’acte d’accusation de la seule Europe est pourtant toujours  
> psalmodié, cependant que la Traite musulmane est régulièrement  
> occultée.
> - Pour ma part, j’ai longuement mis en évidence, et cela depuis une  
> quarantaine d’années, l’importance du fait ethnique. Après avoir été  
> nié jusqu’à l’absurde, ce dernier est désormais cité par les  
> journalistes parce qu’ils ne peuvent plus l’occulter. Ils tentent  
> cependant de l’amoindrir, cherchant à faire croire qu’il serait en  
> partie le résultat de la colonisation, ou bien ils le vident de son  
> sens. Ainsi au Nigeria les affrontements traditionnels entre  
> pasteurs peuls (Fulani) et agro pasteurs birom (voir Afrique Réelle n
> °3) sont présentés comme un choc religieux, explication tronquée car  
> ces heurts sont multi séculaires alors que l’islam n’est présent  
> dans la région que depuis la fin du XVIII° siècle et le  
> christianisme que depuis les années 1900-1920… Il en coûte aux  
> universalistes de reconnaître que les hommes sont différents et que  
> partout dans le monde quand le principe de vie «une terre, un  
> peuple » n’est pas respecté, les affrontements sont inéluctables.
> - En Afrique du Sud, tous les historiens admettent désormais que,  
> sur 1/3 du pays les Blancs ont l’antériorité sur les Noirs et cela  
> pour des raisons climatiques que je détaille dans mon dernier  
> livre[1], mais, dans les médias, il est toujours affirmé que les  
> Blancs ont dépossédé les Noirs.
> - Sous nos yeux, les mythes imposés par l’actuel régime de Kigali  
> explosent les uns après les autres, alors que, dans les médias,  
> l’histoire officielle du génocide du Rwanda est encore ultra  
> dominante.
>
> Si les historiens se remettent en cause, actualisant constamment  
> l’état des connaissances, le monde médiatique demeure donc enfermé  
> dans les certitudes et les approximations imposées par le  
> politiquement correct. Comme les citoyens l’ont enfin compris, ils  
> ne font donc plus confiance aux journalistes et c'est pourquoi la  
> presse d’information sur support papier est moribonde. Le Figaro est  
> certes encore lu, mais essentiellement pour son carnet du jour.  
> Libération et Le Monde ne survivent que par les aides de l’Etat et  
> les abonnements institutionnels_; quant à la presse régionale, elle  
> se maintient grâce aux renseignements de proximité qu’elle donne.
> Désormais, la vraie information libre est faite par Internet qui  
> permet de contourner la censure ou les pesanteurs de la pensée  
> dominante. C’est dans cet appel d’air que s’est engouffrée l’Afrique  
> Réelle. Pour devenir une tornade il lui faut encore augmenter son  
> audience, donc ses abonnés.
>
> Bernard Lugan
>
> [1] Histoire de l’Afrique du Sud, Ellipses, mars 2010.

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