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Publié par Edouard Boulogne

 

 

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Êtes vous une fille, Pierre? Sophie, êtes-vous un garçon. Ou les « spéculations du GENDER.( Ce titre est de la rédaction du Scrutateur ). 

I

Le Scrutateur ne veut pas s'en tenir à l'évènementiel. Vous êtes nombreux à avoir entendu parler de la théorie du « gender »,qui fait fureur dans certains milieux. Je propose à ceux d'entre vous qui veulent par delà les plaisanteries faciles, ou des propos inspirés par le souci redoutable  d'être, à n'importe quel prix, à la mode, la lecture de cet article documenté et réfléchi de Paolo Pasqualluci, paru dans le n° 112 de l'été 2011, de la grande revue Catholica. ( dont le site internet figure parmi les "Liens" du Scrutateur ). Arrêtons nous un moment de zapper entre deux emails, pour méditer.

Edouard Boulogne.

 

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Dans un petit essai, le journaliste et essayiste allemand Volker Zastrow nous présente une analyse détaillée de la notion de « Gender mainstreaming », dont la significa­tion demeure pratiquement inconnue en dehors des milieux féministes et gay ( Ex 22, 25. Voir aussi les textes parallèles en Lv 25, 37 et Dt 23, 19 (Tu ne prêteras pas à intérêt t ton frère ). En effet, l'auteur remarque que cette terminologie - obscure même en anglais - est très difficile à traduire en allemand (de même, aurait-il pu dire, en français, espagnol, italien, etc.). S'adonner à une traduction littérale ne mènerait à rien. De quoi s'agit-il ? Vraisemblablement, de l'action consis­tant à mener (ou amener ou ramener) quelqu'un ou quelque chose dans le courant dominant, le mainstream.

Le mot mainstream est fréquemment usité en anglais comme adjectif, dans le sens d'important, principal ou traditionnel. On dit, par exemple : « the mainstream theologians », les théologiens les plus importants ou traditionnels ; «  the mainstream jazz ». la musique du jazz traditionnel ; « the mainstream Church », l'Eglise prin­cipale, prédominante. Mais, dans le jargon de la révolution sexuelle on prône la notion d'une action qui consiste à amener, ramener au mainstream, « mainstreamer », pour ainsi dire. Et l'entité qui devrait être menée ou ramenée, ce serait précisément le gender, en français, le « genre » masculin et féminin : les deux sexes Mais existe-t-il un courant dominant concernant les deux sexes où il soit possible de mieux situer ceux-ci ? Tout cela est bien obscur du point de vue du sens commun.

"Vôlker Zastrow nous démontre avec une grande clarté que cette terminologie recèle une volonté qui, depuis le déclen­chement de la révolution sexuelle avance plus ou moins déguisée à travers nos malheureuses sociétés. Il s'agit de la volonté perverse de boule­verser de fond en comble la nature même de notre sexualité.

Dans le sous-titre de son ouvrage, l'auteur nous donne sa libre traduc­tion de la terminologie en question : Politische Geschiedttsumwandlung ». « Mainstreamer » le « genre » veut donc dire le mener ou ramener au mains-tream (de la parfaite égalité entre les sexes ou genres et donc de la « vraie » sexualité) par les soins de la politique et par conséquent de la législation étatique et supra-étatique (ONU, UE ) Il s'agit alors du « renversement ( Unwandlung ) proprement dit, de « la politique du genre », le renversement des sexes..

Cette politique est aujourd'hui acti­vement poursuivie par le gouverne­ment allemand, déguisée dans des programmes (toujours ébauchés à partir de matériaux féministes) dont le but officiel est d'atteindre la parfaite égalité (Gleichstellung) entre l'homme et la femme. -Sur le site électronique du Familienministerium allemand, l'expression « gender mainstreaming » est fréquemment usitée, mais sans jamais être traduite ni expliquée On

comprend toutefois que la notion de gender mainstreaming implique en quelque sorte la « modifiabililé » (Veränderbarkeit) des rôles des sexes, tels qu'ils sont établis du point du vue social et culturel traditionnels (pp. 7-10; 14-15).

La « modifiabilité » : voilà la notion clef.

 

Il est clair que le mot anglais gender n'est nullement la simple et neutre traduction du mot français « genre » (en allemand : Geschlecht) : le genre

humain, le genre (sexe) masculin ou féminin.

Mais d'où provient cette signification nouvelle ? Elle relève de la « psychologie sexuelle », et notamment du désir de satisfaire (du point de vue théorique) la sensibilité des « transsexuels », à savoir d'hommes tout courtqui, voulant toutefois être femmes, affirmaient qu'ils se sentaient mal à l'aise dans leur corps naturel, qui leur semblait pour cette raison être du « faux ». En consé­quence, maints psychologues ont concocté la théorie selon laquelle il existe deux « genres » : le « genre biologique » (sex, en anglais) et «le genre dans le sens émotionnel ou métaphysique, bien séparé du sexe naturel. . Le genre dans le sens « émotionnel » est ce qu'on appelle le genre par excellence, le gender ; c'est le sexe qu'on se fabrique soi-même, selon ses désirs ou inclinations propres !

Le bien-fondé logique et scientifique d'une pareille élucubration - c'est moi qui le remarque - échappe à toute personne de bons sens et d'esprit sain. Les mouvements homosexuels se sont vite emparés de cette « théorie »,<d'oùils ont tiré la notion de gender comme «genre social ». Le « genre social »,!' c'est alors le genre que la société veut imposer et qui demande l'hétérosexua­lité (ibid.). L'hétérosexualité (l'attraction et la relation physique et émotionnelle naturelle entre les deux sexes) est alors envisagée d'une manière totalement erronée : elle n'appartiendrait pas à la nature, ce serait la société qui la forge­rait et l'imposerait ! L'hétérosexualité serait alors tout simplement une idéologie et donc une « construction

sociopolitique » (ibid.).

La composantelesbienne du féminisme, aujourd'hui prédominante, a bien sur plongé dans cette « théorie». la poussant à l'ex­trême. « Toute femme est pratiquement bisexuelle par nature », s'écrie-t-elle dans sa folie ; « être mères et ména­gères c'est de l'esclavage, imposé par la société, qui est toujours dominée par les hommes », etc. (pp. 13-17).

L'auteur nous fait aussi bien voir les liens entre le mouvement des femmes, le lesbisme et la composante féminine des cadres dirigeants allemands et internationaux, en particulier de ceux de l'ONU (pp. 11-31). Mais il faut souligner que c'est depuis longtemps que l'on s'est aperçu de l'existence de ces réseaux homo-féminin-féministes dans presque tous les milieux de cadres culturels et politiques des pays prétendument occidentaux.

La sub-culture féministe et homo s'évertue donc à opposer un gender supposé authentique au prétendu faux gender que fabriquerait, selon elle, la société.

En effet dans le supposé gender authentique, tota­lement dégagé de son substrat biolo­gique et qui par le fait même est livré à tous les délires de notre subjectivité, on peut mettre tout ce qu'on veut. Conçu de cette manière, le « genre » est alors une chose au goût de chacun et nous devons tous être considérés comme des « gendernautes » (sic), de libres navigateurs dans le grand courant (le mainstream) de la sexualité sans frontières, c'est-à-dire de la sexualité sans différence quelconque entre la masculinité et la fémininité, vu que celles-ci seraient toutes les deux le fait de données purement psychiques (ou culturelles) et pas du tout biologiques] (pp. 13-18) !

Mais les mouvements homosexuels prétendent aussi avoir trouvé dans la science le bien-fondé de leur « théories ». En rappelant l'affreux « cas REImER », aujourd'hui presque oublié, la deuxième partie de l'essai de M. Zastrow concerne ce côté de la question (pp. 35-58).

Le malheureux Bruce Reimer et son jumeau monozygote Brian naquirent au Canada le 22 août 1965. Sept mois après, un médecin maladroit, usant acciden­tellement d'un instrument électrique, brûla d'une manière grave le sexe de Bruce, en le réduisant à un petit bout de chair (p. 36). Pour résoudre d'avance les éventuelles frustrations futures de Bruce à l'égard de sa masculinité flétrie, ses parents le confièrent à un psycho­logue néo-zélandais, John Money, qui à l'époque travaillait chez la Johns Hopkins Clinic à Baltimore. Celui-ci était malheureusement un pionnier de la gender theory. Il s'occupait des enfants dits « hermaphrodites » (il s'agit de ceux qui à leur naissance n'ont pas un sexe bien défini, ayant « contradic­tion entre leur organes sexuels et leur genre chromosomique »). Il les castrait d'abord et s'évertuait après à les trans­former en femmes moyennant des cures hormonales, force chirurgie plastique et une manipulation « pédagogique » appropriée (p. 38). Il menait aussi des « thérapies » qui à l'époque étaient à l'avant-garde, pour ainsi dire, tels le group sex, la bisexualité, jeux scabreux entre enfants, etc. (pp. 38-40).

La « gender identity », disait-il, était chose tout autre que le « gender rôle ». En jouant sur cette prétendue « discor­dance », on pouvait bien sûr « élever

un garçon en femme ou une femme en garçon.

Qu'a-t-il fait, alors ?

Le pauvre Bruce, âgé de vingt-deux mois, fut donc « opéré ». Après cela, on commença à l'habiller en petite fille, à lui répéter au jour le jour qu'il était une fille, à l'appeler « Brenda », à l'élever en tout comme une fille. Son jumeau Brian fut contraint de parti­ciper à l'entreprise comme « contrô­leur scientifique » du progrès de son frère dans le chemin de la féminisation. On bourra Bruce d'hormones fémi­nines, on fit sur lui des opérations de chirurgie plastique. « Brenda Reimer » - disait-on - semblait vraiment être une charmante petite fille aux longs cheveux (sic).

M. Money devint célèbre. La fémi­niste lesbienne américaine Kate Millett, dans son best seller Sexual Politics (1970), s'appuya sur lui pour « démon­trer » que « l'hétérosexualité n'était rien d'autre qu'une idéologie », le sexe n'étant qu'une création de « la culture » et de « l'éducation ». Grâce également à l'expérience Reimer, la New. York Book Review décrétait que « si on dit à un petit garçon qu'il est une petite fille, et l'élève en petite fille, il se comportera totale­ment en petite fille » (pp. 43-44). On citait le cas Reimer dans les livres scien­tifiques. Encore en 2004, la littérature féministe prônait le cas Reimer comme une démonstration vivante de ses « théories » sur le caractère exclusive­ment « culturel » du gender (pp. 44-46).

Mais dans la réalité que s'était-il passé ?Tout le contraire de ce queressassait la propagande féministe. Le malheureux Bruce refusait de porter ses vêtements de fille, il les déchiraient, on devait l'y contraindre; comme tous les petits garçons, il voulait jouer avec les autos et les armes et il ne voulait rien savoir des poupées, bijoux, vête­ments. A l'école, « Brenda » était un désastre. Il avait des crises de nerfs et il devenait violent. Tout le monde le haïssait ; on l'appelait « l'homme des bois ». Il était clair que Bruce ne voulait , pas être « Brenda ». A onze ans, il pensa même à se tuer ( pp. 48-49).

Chaque année les deux jumeaux étaient obligés de se rendre à Baltimore pour une visite de contrôle auprès de Money. Pour tous les deux, cette visite était devenue un affreux cauchemar. J'en épargne les détails (pp. 49-50). Leur bourreau envisageait de nouvelles opé­rations chirurgicales sur le pauvre Bruce, pour « perfectionner sa fémi­nité ». Mais le garçon refusa toujours avec obstination. Il disait ouvertement qu'il ne voulait pas devenir une femme (p. 52). A l'âge de treize ans les visites à Baltimore se terminèrent enfin.

Malgré l'administration si importantes d'hormones féminines,Bruce eut une piberté de mâle.

Il prit des hormones masculines. Il changea son nom en David, parce qu'il se sentait comme David contre Goliath. Il recouvra autant que possible l'usage de ses organes génitaux et se maria. Mais il se sentait hanté par un sentiment profond de honte et finit par y succomber. En 2004 il se tua avec un fusil de chasse, à l'âge de trente -neuf ans. L'année précédente son frère jumeau s'était suicidé lui aussi en avalant des cachets (p. 46).

A partirde 1980,Money ne mentionna plus le cas Reimer dans ses publications. Mais il maintint quand même la validité de sa théorie, de même bien sûr que les féministes.

Mais « l'expérience » qui devait prouver cette validité (c'est-à-dire qu'être homme ou femme ne relève que de l'éducation) avait en réalité prouvé que la théorie était totalement erronée.

Les méthodes « thérapeutiques » de Money furent contestées. La Gender Identity Clinic fut fermée en 1979. On quitta l'inhumaine habitude d'interve­nir sur les hermaphrodites par des moyens chirurgicaux. Aujourd'hui on est devenu beaucoup plus prudent. On attend le temps de leur puberté, dont l'exact développement ne peut pas être prévu, et on limite l'intervention de la chirurgie au minimum et seulement avec l'agrément des intéressés (pp. 54-55).

Lorsqu'on apprit la véritable histoire du pauvre David Reimer, Money fut fortement critiqué. Il se défendit en répliquant que ces critiques n'étaient rien qu'un tas de « préjugés antiféministes ». Tous ceux qui maintenaient que la différence entre les hommes et les femmes « était génétiquement ancrée » voulaient tout simplement, disait-il, « enfermer les femmes dans leur rôle traditionnel, ancré au lit et à la cuisine »(pp. 57-58). La répartie était purement polémique, dépourvue de toute signification scientifique. Et pour cause. Mais l'influence publique des théories de Money, souligne M. Zastrow, s'est quand même pour­suivie jusqu'à la fin du siècle passé.

Sans le travail précurseur de Money, la "Gender Theory" n'aurait que bien difficilement atteint l'horizon du féminisme mondial, et jusqu'au langage bureaucratique d'aujourd'hui de la République fédérale allemande. Ce que Money prônait en 1965, on peut en effet le retrouver aujourd'hui sur le site de la Frauenrninisterin chrétienne-démocrate, où l'on peut lire : «  au contraire du genre biologique les rôles des genres ne peuvent qu'être appris [dans la société] ».

Ce constat, comme le démontre M. Zastrow dans sa pénétrante et courageuse étude, a été bâti sur le vide. Il s'agit en fait que d'un mensonge colossal. Mais le mensonge n'est-il pas le pain quotidien du politically correct ? En accusant le régime soviétique d'antan, Alexandre Soljénytsine relevait, dans une célèbre conférence, que ni les peuples ni les individus « ne peuvent vivre dans le mensonge ». C'est aujourd'hui notre décadente démocratie euro-américaine qui divulgue les pires mensonges, dont le gender mainstreaming est sûrement l'un des plus affreux.

 

Paolo Pasqualluci.

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