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Publié par Edouard Boulogne

En hommage à Laurent Terzieff.

 


Terzieff.jpg ( Laurent Terzieff jeune).




Laurent Terzieff est cet acteur inspiré qui vient de mourir à l'âge de 75 ans, à Paris.

Je l'ai vu, comme tout le monde, au cinéma. J'ai eu la chance de l'admirer, une fois, au théâtre à Paris, en 1995, dans la pièce d'Elliot Meurtre dans la cathédrale, inspirée du fait historique, et tragique de l'assassinat de Thomas Becket en la cathédrale de Cantorbéry, ( 1170) sur l'ordre du roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt.

Soirée mémorable devant un Terzieff aussi émouvant qu'éblouissant.

Il y a peu, l'acteur, qui vivait son métier comme un sacerdoce, une ascèse permanente vers la perfection et l'absolu, interprétait le rôle de Philoctète dans une adaptation de la pièce du même nom, de Sophocle ( voir notre article récent : Lire Sophocle aujourd'hui avec Jacques Jouanna).

Philoctète est ce personnage de la mythologie grecque qui alluma le bûcher pour mettre fin aux souffrances de ce héros, demi dieu. Héraclès le récompensa en lui donnant ses flèches trempées dans le sang de l'hydre de l'Herne.

Plus tard il participa à la guerre de Troie conduisant sept bateaux de guerre.

Mais mordu par un serpent, ses plaies répandaient une épouvantable puanteur, et ses souffrances lui faisaient pousser d'épouvantables cris. Dès lors, pour s'en débarasser, les grecs l'abandonnèrent dans l'île de Lemnos.

Philoctète vit une dizaine d'années dans cette ile déserte, en proie aux affres de la souffrance physique et morale, se nourrissant des oiseaux qu'il tuait au moyen de son arc, et de ses flèches magiques.

Dans la pièce de Sophocle ( il y eut d'autres pièces – Euripide, Eschyle, aujourd'hui perdues ) une délégation conduite par Néoptolème, fils d'Achille se rend à Lemnos pour ramener Philoctète dont les flèches sont considérées comme indispensables pour achever la guerre de Troie qui s'éternise.

Je n'entrerai pas pas dans tous les détails de l'histoire, mais Philoctète guérira de son affeuses maladie, accomplira sa mission.


En hommage à Laurent Terzieff, la dernière en date des incarnations théâtrale du personnage, j'offre aux lecteurs le lien qui suit :


http://www.youtube.com/watch?v=tRuOvktL_po

Toujours en hommage à L.Terzieff, et en regrettant de ne pouvoir entendre l'acteur interpréter lui-même ce passage de la pièce où le choeur ( Troupe de personnes qui dansent et chantent ensemble) chante les peines du héros, ses soufrances, sa quête éperdue d'un sommeil qui ne vient pas, qui fuit, rendant les nuits si longues et si douloureuses, je vous propose diverses traductions toutes remarquables de ce texte que j'apprécie depuis longtemps, et qui pourrait être la prière des insomniaques de tous les temps.


(I) La première est celle de Jean Grosjean dans le volume de la Pléïade consacré à Eschyle et à Sophocle.

Voici :


" Sommeil qui ne connais ni peine ni douleur,

sommeil de douce haleine, viens à nous, délice,

prince de délice. Maintiens devant ses yeux

cette clarté que tu y déploies.

Viens, viens à moi, guérisseur.

Et toi, enfant, vois si tu restes

ou si tu pars et qu'en conclure.

Mais tu le vois,

Alors qu'attendons-nous?


L'occasion décide de tout;

elle donne, sur le champ, une grande, grande victoire".


  1. Voici maintenant la traduction de Pierre Boutang, en son Art poétique :

 

img014.jpg

Chœur- PHILOCTÈTE - Chœur du Sommeil

1 Sommeil non instruit du chagrin, ni des douleurs,

Bien conduit, Sommeil, viens vers nous,

Bien de l'Être, l'être du Bien, Seigneur!

Retiens aussi devant ses yeux

5 La clarté asteure étendue.

Vite Vite ô mon sauveur.

Toi, fils, vois bien où tu en es,

Où tu vas, et ce qui doit suivre,

Qu'en dois-je penser? Vois, déjà...

10 Pourquoi restons-nous sans agir?

Occasion, de tout décidant,

Obtient grand'force sur-le-champ.


( III ) Traduction de Brasillach.


Et voici maintenant la traduction, celle que, pour ma part, je préfère , de Robert Brasillach dans son anthologie de la poésie grecque :


« Sommeil ignorant de la peine,

Ô Sommeil, et de la douleur,

Souffle sur nous de la douce haleine,

Prince, ô prince des belles heures!

Sur ces paupières malades,

Permets bien de garder encor

Toute cette douceur qui dort.

Ô sommeil, toi qui sais guérir

Toutes les peines des malades.


 


 


( IV ) La version de Pontus de Tyard.


Pontus de Tyard, est un grand poète du XVIè siècle, membre du groupe de la pléïade, dont les plus connus furent Joachin du Bellay, et Ronsard.

Pontus de Tyard a été impressionné lui aussi par ce passage célèbre du Philoctète de Sophocle. Dès les premiers vers de sa paraphrase l'influence est sensible. Mais il s'agit moins d'une traduction au sens strict, que d'une création originale, comme sut en faire La Fontaine à partir de maints poètes antiques dont Esope.

Voici :


« Père du doux repos, Sommeil père du songe,

Maintenant que la nuit, d'une grande ombre obscure,

Fait à cet air serein humide couverture,

Viens, Sommeil désiré, et dans mes yeux te plonge.


Ton absence, Sommeil, languissamment allonge,

Et me fait plus sentir la peine que j'endure.

Viens, Sommeil, l'assoupir et la rendre moins dure,

Viens abuser mon mal de quelques doux mensonge.


Jà, le muet silence un escadron conduit

De fantômes ballant dessous l'aveugle nuit,

Tu me dédaignes seul qui te suis tant dévôt!


Viens, Sommeil désiré, m'envelopper la tête,

Car d'un voeu non menteur un bouquet je t'apprête

De ta chère mortelle, et de ton cher pavot ».



Voici donc, lecteur, le bouquet que je vous ai choisi, et que je vous offre en l'honneur de Terzieff, en l'honneur de la beauté et de l'art vrai, et universel.


A vous de faire votre choix, ou de ne pas choisir, car après tout, si vous avez de l'appétit, pourquoi ne pas les prendre tous, et les savourer tous. Leurs beautés sont complémentaires, non exclusives.


Edouard Boulogne.

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En écho et en hommage à cette voix disparue, des paroles chantées avec amour malgré l'accent italien, par Franco Corelli dans  Roméo et Juliette:


 Va ,repose en paix, sommeille.


Qu'un sourire d'enfant sur tes lèvres vermeilles,


Doucement vienne se poser.


Et murmurant encore "je t'aime" à ton oreille,


Que la brise des nuits te porte ce baiser.


Charles Gounod.



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