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Publié par Edouard Boulogne

De Katyn (1940) à Katyn (2010) : le roman d'un massacre.

 

fosse_katyn_1943-03247.jpg ( Quelques-unes des 10000 victimes polonaises- dix mille- de la barbarie communiste, assassinées froidement d'une balle de revolver par Staline, le "petit père des peuples").

 

 

 

( Il faut lire cet article de notre confrère blogueur Usbek dans : Modernes Persaneries. Le lire deux fois. Lecture cursive d'abord, au premier degré, puis lecture plus attentive, interrogative, au second degré. Peut-être comprendra-t-on mieux l'extrême prudence des autorités, de tous les pays, même polonaises, après le tragique "accident", dont cette grande et malheureuse nation porte ces jours-ci le deuil.

L'auteur de Modernes Persaneries, Ubsek, tient chaque jour une chronique éblouissante de talent, et d'humour, souvent, toujours. Vous pouvez consulter sa tribune très facilement, et quotidiennement, en cliquant le lien qui la concerne parmi nos liens permanents. E.Boulogne).

 

 

De Katyn (1940) à Katyn (2010) : le roman d'un massacre

Une fois de plus la consternante ignorance et l’incurable paresse de la plupart de nos journalistes conduit notre presse à présenter l’accident du Tupolev qui s’est écrasé non loin de Smolensk, comme un banal accident d’aéronef qui fera sans doute couler moins d’encre et de salive que le crash du Rio-Paris alimenté, des mois durant, pâr la controverse technique sur les sondes Pitot.

 

A peine a-t-on mentionné, les premiers jours, le nom même de Katyn ; je ne l’ai entendu, plus tard, que très rarement et brièvement évoqué, sans commentaire particulier ; on le citait comme on aurait mentionné  Petaouchnok ou Volosibirsk ! J’ai cru, une fois de plus tomber de ma chaise, où je vais désormais m’arrimer soigneusement chaque fois que j’écouterai la radio ou regarderai la télé.

 

Un peu d’histoire, la plus sommaire et la plus brève possible.

 

Non seulement Katyn, et plus précisément sa forêt, est l’un des lieux les plus célèbres de la Deuxième Guerre mondiale (je suis trop peu optimiste pour dire, comme tout le monde, la « Seconde », ce qui impliquerait qu’il n’y en aura jamais une troisième ; on se souvient que la première, celle de 14-18 devait déjà être « la der des ders »), mais s’est déroulé, dans cette forêt, l’un des plus effroyables massacres de l’histoire du monde qui fut aussi une machination diabolique dont seul l’infâme Beria pouvait avoir l’idée. Il en est résulté un débat politico-historique sur cette affaire qui a duré un demi-siècle et qui n’a cessé que lorsque les vrais auteurs de cet épouvantable crime contre l’humanité sont enfin passés aux aveux et qu’ont été enfin mises au jour les preuves irréfutables de leur culpabilité.

 

A la belle époque du Pacte germano-soviétique que signent Hitler et Staline le 24 août 1939, le 1er  septembre 1939, sans déclaration de guerre, le Reich envahit la Pologne. Mi-septembre, l’URSS l’attaque à son tour. Sans trop de mal on s’en doute : 250 000 soldats polonais et  10 000 de leurs officiers sont alors faits prisonniers par les Soviétiques. Plus de 150.000 simples soldats, dont on ne sait que faire, sont relâchés, les autres captifs étant confiés au NKVD qui en livre une bonne partie aux Allemands. Fin 1939, le NKVD détient encore 40 000 prisonniers de guerre, dont à peu près 8500 officiers et sous-officiers.

 

Fin février 1940, plus de 15.000 Polonais sont toujours prisonniers, des policiers mais surtout des officiers dont de nombreux intellectuels et étudiants qu’on s’efforce, en vain on le devine, de gagner à la cause soviétique. On les juge, de ce fait « nationalistes et contre-révolutionnaires » et, le 5 mars 1940, sur proposition de Beria à Staline, le Politburo signe l’ordre de leur exécution (cette pièce est désormais disponible !).

Le machiavélisme des bourreaux soviétiques va être poussé à l’extrême dans l’exécution de cet crime. Les méthodes d’exécution sont classiques et elles ont été déjà très souvent utilisées par les sbires de Staline.  Les victimes sont transportées par trains entiers sur le lieu désert choisi où ont été creusées de vastes fossescommunes. Chaque condamné est placé sur le bord de la fosse et on lui tire une balle dans la nuque. Les exécutions, et c’est là que réside la ruse, sont opérées avec des pistolets et des balles de fabrication allemande. 20.000 Polonais sont ainsi exécutés au titre de la décision du Politburo du 5 mars 1940

Paradoxalement ce sont les Allemands qui vont, les premiers, découvrir les traces de ces massacres de Katyn, dont on a tout fait pour qu’ils soient eux-mêmes soupçonnés de les avoir commis ! En effet, en juin 1941, Hitler envahit l’URSS et peu après, dès août 1941, les troupes allemandes trouvent dans la forêt de Katyn les premiers charniers qui contenaient les restes de plusieurs centaines d'officiers polonais.La presse nazie exploite bien entendu largement cette macabre découverte dont l’immensité n’apparaît toutefois que peu à peu, le nombre des cadavres découverts atteignant 5000 au milieu de l’année 1943.

Les médias allemands, dont surtout Radio-Berlin, répandent la nouvelle, attribuant naturellement, et non sans raison, ces massacres aux Soviétiques, tandis que ces derniers, conformément à leur machiavélique plan de départ, dénoncent comme allemandes ces atrocités ! Pour faire d’une pierre deux coups, la propagande allemande, affirme même que ces braves Polonais ont été exécutés par des Juifs russes, ce qui , vers le milieu de l’année 1943, est jugé propre à encourager la résistance allemande dont on ne peut plus guère dissimuler les échecs militaires sur le front de l’Est. Il faut massacrer les Juifs si l’on ne veut pas être massacrés par eux, répète, à l’envi, la radio allemande !

Toute cette affaire ne fait alors que commencer et elle constitue un vrai roman autrement riche, complexe et important que Da Vinci Code ou Millemium !

 

Avatt même la fin de la guerre, le général Sikorski, qui dirige le gouvernement polonais en exil à Londres et qui sait sans doute par des informations venues de Pologne même à quoi s’en tenir, met en accusation l’URSS. Le politique prend de plus en plus le pas sur les faits eux-mêmes. Les Alliés veulent en effet ménager les Soviétiques et ils s’accommodent tout à fait de la mise en cause des Nazis.

 

Aucun de nos journalistes français, toujours aussi informés et savants, ne semble avoir remarqué que c’est la deuxième fois qu’un gouvenement polonais en exercice trouve la mort dans un accident d’avion. En effet, le 4 juillet 1943, Sikorski, sa fille et d'autres membres du gouvernement polonais sont tués dans le crash de leur avion, qui vient de décoller de Gibraltar. Le pilote, un Tchèque, miraculeusement indemne et tout aussi miraculeusement aussitôt disparu, dira qu'il a inexplicablement perdu le contrôle de l'avion, un Liberator B-24. Les circonstances de la mort de Sikorski furent donc très loin d'être éclaircies, les archives de l'enquête britannique devant rester secrètes jusqu'à 2050 !

 

L’affaire vient de revenir dans l’actualité avec les révélations de François Delpla, le 24 août 2008. Selon Delpla, Staline aurait confié que c’est Churchill, qui, en dépit de ses bonnes relations avec Sikorski, l’avait fait tuer. La chose  pourrait se justifier par les intérêts conjoints des Alliés et de l’URSS que Sikorski mettait alors en accusation dans les massacres de Katyn et par la volonté de l’URSS d’installer au plus vite un gouvernement fantoche en Pologne, manœuvre que Sikorski rendait impossible.

 

Cette hypothèse se fonde, pour partie, sur le fait que le fameux Kim Philby se trouvait alors à Gibraltar. On se souvient que cet agent, opérant au plus haut niveau du MI6 des services secrets britanniques, était, depuis 1934, un agent soviétique. En 1963, il passera en URSS et y vivra 25 ans entouré d’honneur avant d’être enterré à Moscou dans le carré d’honneur des généraux du KGB.

 

Mais voici qu’entrent en scène, de façon inattendue, dans le mystère de la mort de Sikorski, la principale victime du crash de Katyn, ce que F. Despla, qui écrit ce texte en 2008, ne pouvait évidemment imaginer :

 

« Plus récemment, le Daily Telegraph s’est fendu (le 1er juillet 2008) d’un article de son correspondant berlinois Harrry de Quetteville. Il se contente de résumer les divers bruits, après avoir donné les dernières nouvelles : l’inénarrable président Kaczinsky et son nouveau premier ministre, Donald Tusk, se sont mis d’accord pour demander l’exhumation du corps de Sikorski, rendu à la Pologne par la Grande-Bretagne peu après la chute du régime communiste. Il s’agit notamment d’examiner la large blessure à la tête qui fut déclarée (avec quelque crédibilité) cause du décès et elle-même causée par le crash, et de voir si par hasard une balle n’aurait pu faire le travail juste avant ! »

De commissions d’enquête (dont les concluions demeurent parfois secrètes) en livre blanc par lequels les Allemands tentent de de disculper, l’affaire de Katyn s’éternise ;  les Alliés persistent à charger les Allemands pour épargner l’URSS, en se fondant, comme prévu sur l’identification des balles. L’un des procureurs soviétiques, qui répugne à souscrire aux hypothèses qu’on entend lui imposer, est assassiné (sans doute par le SMERSH), sa mort est maquillée en suicide et le corps de Nicolai Zoria ne sera jamais été rendu à sa famille

Mieux encore, l’URSS tente de noyer le poisson en créant, en 1969,  une confusion volontaire entre le massacre des 20.000 Polonais de Katyn et  un autre drame survenu dans un village de Biélorussie quasi homonyme. En effet, en mars 1943, un peu comme à Oradour-sur-Glane, les nazis ont brûlé vifs, à Khathyn, 143 personnes.Pour entretenir la confusion, on y construira même un monument et, en 2005 encore, alors que la vérité sur la forêt de Katyn est depuis longtemps connue, le Figaro publiera un texte de Poutine sur les "villages martyrs".

En fait, il faudra attendre la fin de l’URSS, pour que Gorbatchev dans son désir d’assainir les relations avec la Pologne, reconnaisse enfin que c’est bien l’URSS qui a commis le massacre de Katyn et présente des excuses officielles au peuple polonais. Ce n’est toutefois qu’en 1992 qu’Eltsine ouvre au public certaines archives et remet à Lech Walesa, président de la République de Pologne, plusieurs documents émanant du comité central, dont l’ordre d’exécution des officiers polonais.

 Cependant, tout n'est pas réglé puisqu’en mars 2005, en réponse à la demande de la Pologne lors du 65e anniversaire du massacre, la Russie refuse de remettre les autres documents sur le sujet, toujours classés secrets. Mieux encore, le procureur général militaire russe clôt la dizaine d’années d’instruction du dossier par un non-lieu. Le massacre n’est considéré que comme un simple « crime militaire ». Il ne constitue donc ni un génocide ni un crime contre l’humanité, ce qui permet de lui accorder le bénéfice de la prescription puisque 50 ans se sont écoulés depuis les faits.

Je reviendrai demain sur les commentaires de Marc qui sont des plus intéressants et éclairants..

 
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NITRYK 12/10/2010 21:23



Dommage que les commentaires ont disparu, renforçant l'impression de fatalité frappant cette affaire.