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Publié par Edouard Boulogne

Dans Sept-Actu, Jacky Dahomay courageux.

 ( Jacky Dahomay ) .



Ce dimanche le journal de RFO-Guadeloupe, a diffusé de trop brefs extraits du passage de Jacky Dahomay dans l'émission Sept-Actu.

De cet extrait, j'ai retenu deux passages significatifs :

1) Mon collègue philosophe regrette que le climat psychologique de la Guadeloupe soit actuellement perturbé par une obsession du thème de l'esclavage, comme si notre identité se limitait à cet aspect infiniment regrettable des choses.

2) Il regrette la promotion d'une "identité souffrante" qui n'est pas de nature à permettre à l'île de se promouvoir positivement et de progresser.
 
Ce faisant Jacky Dahomay a parfaitement raison, et il énonce deux vérités que nous ne cessons de proclamer ici sur le Scrutateur.
La faute n'en est-elle pas, en grande partie,  à cette "intelligentsia" acquise, par complexe, ou par intérêt politicien, à cette promotion de "l'identité souffrante", qu'elle conçoit comme la seule chance d'accéder à un pouvoir politique qu'elle ne saurait conquérir par des idées, et un programme positif et concret pour la Guadeloupe.
Jacky Dahomay, qui appartient à cette "intelligentsia"locale a fait montre, en s'en démarquant sur ce point, et ce n'est pas la première fois, de courage et d'originalité par ses déclarations.
Je l'en félicite vivement.
Ce faisant, j'ai conscience que mon approbation va accroître le ressentiment de ceux qui coûtent si cher à la Guadeloupe, par leur immaturité, et leur fanatisme idéologique.
Mais M.Dahomay a pris ses responsabilités, et je suis sûr que dans des couches profondes de la population son positionnement lui vaudra respect et approbation.
Dahomay et moi nous ne sommes pas toujours d'accord, philosophiquement, et politiquement. Mais par delà certaines divergences, nous sommes plus souvent d'accord qu'on pourrait croire, lui, l'antillais noir, et moi l'antillais blanc créole.
Il est vrai que nous nous connaissons depuis très longtemps, et que nous avons par delà l'écume des mots, des convergences. Je me permet de dire ces choses parce que je sais l'estime qu'il a pour moi, (en retour de celle que je lui porte), dont il n'a jamais hésité à faire état publiquement, mais aussi, ce qui pour moi a davantage encore de prix,  au cours de conversations privées, avec des personnes, dont il ne savait pas qu'elles me connaissaient, et qui m'ont rapporté ses propos.
Ainsi va la Guadeloupe, perturbée en surface, parfois violemment, mais bien plus unie en profondeur, que l'on pourrait croire.
Cette Guadeloupe dont je me refuse obstinément à désespérer.

Edouard Boulogne.

En annexe à ce commentaire d'actualité, je me permet de rééditer un texte publié il y a quelques mois sur Le Scrutateur.
Je suggère à ceux à qui il avait échappé d'en prendre communication, et même, aux autres de le relire. Il touche à cette fameuse "identité" riche, complexe, qui bien assumée peut rendre de grands services à la Guadeloupe et à la France. Ecrit avec un souci de simplicité et de clarté, il n'en demande pas moins un effort d'attention, dont je suis sûr que les lecteurs de ce site ne se dispenseront pas. 

Notre identité?

 

Qui suis-je?

 

Sur un plan personnel en apparence rien de plus simple. Ma carte d'identité en témoigne. Je suis un être humain (mammifère de l'ordre des primates, à main préhensile, à cerveau développé riche en neurones (+ ou -!!!), à station verticale, capable de pensée, etc), de sexe masculin ou féminin. J'appartiens à telle famille dont je porte le nom (mais pourquoi celui du père plutôt que de la mère, ou vice versa?), de race blanche, ou nègre, ou jaune, ou métissée, etc.

 

Un rien de réflexion me montre que la réalité n'est pas si simple.

 

Mon frère est déjà bien différent de moi. Nous ne pensons pas les mêmes choses de ceci de cela. Nous n'aimons pas les mêmes livres, (ou moi, pas les livres du tout!), la même musique, les mêmes jeux, les mêmes sports.

Il en est ainsi même pour les vrais jumeaux, nés du même œuf. Ces petits êtres poreux ne connaissent jamais tout à fait les mêmes expériences, qui les imprègnent, les façonnent.

Déjà, disent les spécialistes, dans le ventre de sa mère, le petit être en gestation reçoit mille empreintes qui font qu'à sa naissance (sociale) au neuvième mois (en général) de la grossesse, il n'est pas qu'une cire vierge mais déjà un centre actif, sélectif, ordonnateur de ses impressions.

Ces impressions, il les reçoit d'un milieu, physique, mais surtout social.

Les soins qu'il reçoit, les sons qu'il entend, l'équilibre (ou le déséquilibre!) familial, entre autres choses, l'enserrent, le pétrissent.

 

Mon identité est humaine, donc sociale, culturelle.

 

Ma couleur, fait partie de mon identité. Mais l'identité d'un Africain du Kenya, n'est pas celle d'un Congolais, ni d'un Somalien, ou d'un Sénégalais, et encore moins d'un Noir Antillais (qui diffère d'ailleurs déjà selon qu'il est Jamaicain, Cubain, Guadeloupéen ou Martiniquais).

Idem pour les Blancs, différents selon qu'il sont Afrikaner, australien, Allemand, Français, Polonais, Chilien, Canadien, ou...béké! Etc, etc.

Dans mon identité, il faut donc faire entrer la variable fondamentale de la culture.

 

Mon identité personnelle est indissociable de mon identité culturelle, c'est-à-dire de cet ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique (langue, religion, art, etc.) qui lui confèrent son individualité, le sentiment de son appartenance à un groupe.

 

Et même à plusieurs groupes.

 

Car enfin il y a une identité française. Elle participe de plusieurs autres « identités », humaine, européenne, (mais aussi africaine, asiatique, et de toutes ces cultures que son histoire l'a conduite à rencontrer, et à s'en enrichir, dans tous les sens du terme!), catholique, protestante, païenne, etc.

 

Cette identité est plurielle et ouverte.

 

Plurielle, car l'unité française n'est pas raciale. Ouverte, car la France s'est constituée (et il ne me serait possible de dire comment sans retracer ici toute l'histoire de notre pays) par la fédération et unification non niveleuse d'une multiplicité d'autres cultures, celte, latine, occitane, sans parler de celle, éponyme, des Francs, etc.

 

Il y a des cultures fermées, et il y a des cultures ouvertes, dont l'être est, tout entier, d'accueil et d'ouverture.

C'est ce que disait jadis Malraux «  Quand la France a-t-elle été grande? Quand elle n'était pas retranchée sur la France. Elle est universaliste (…).

 

Il y a des pays, comme la Grande Bretagne – et c'est peut-être leur honneur – d'autant plus grands qu'ils sont plus seuls. La France n'a jamais été plus grande que lorsqu'elle parlait pour les hommes (...) ».

 

Bien entendu, il ne s'agit pas de donner dans je ne sais quel angélisme.

L'identité française, avant comme après la Révolution ne s'est pas faite sans heurts, sans combats, dans l'irénisme des anges. « La France fut faite à coups d'épées » écrivait Charles de Gaulle.

Elle se fit bien au delà des frontières et des rivages d'Europe, et par exemple chez nous aux Antilles.

La Guadeloupe, la Martinique (pour ne parler que d'elles), sont des créations françaises.

 

Nos deux îles sont des cultures qui se sont constituées depuis bientôt quatre siècles, dans le moule français. Peu à peu se sont forgées les identités collectives (culturelles), et la gestation ne fut pas de tout repos, n'alla pas sans drames, spasmes et secousses. Les facteurs qui concourent toujours à la naissance des peuples ( mélange inextricable d'intérêts matériels, d'ambitions, d'idéaux spirituels également) nous forgèrent lentement et différemment (malgré leur proximité, à bien des égards, et pas seulement géographiques, Guadeloupe et Martinique ne sont pas identiques).

 

De propriétés personnelles en colonies, de colonies en départements français, nos vieilles terres se sont voulues profondément françaises, tout en étant elles-mêmes. Autre et Même.

 

Mais parallèlement à ce désir d'unité, de fraternité, non réducteur, depuis quelques décennies ont surgi dans notre vie sociale et politique, des facteurs de dispersion, de démembrement.

L'affaiblissement de la France (et de l'Europe) suite aux deux guerres mondiales, la crise morale qui s'en est suivie, la guerre idéologique menée des années 1920 à 1990 par le communisme pour la conquête du monde à partir, surtout, de l'URSS, ont créé des mouvements séparatistes, en France, et notamment chez nous aux Antilles.

On s'est efforcé de faire paraître l'unité nationale comme un carcan oppressif. Et la diversité qui était une richesse est devenue un indice de fragilité.

 

Tout le battage actuel autour de l'idée des identités culturelles, prétendument opprimées, de la Guadeloupe ou de la Martinique est une conséquence des mouvements subversifs révolutionnaires du siècle dernier.

Il faut y voir aussi, l'ambition de la montée de certains groupes sociaux (intellectualisés) qui aspirent au pouvoir pour leurs castes, comme cela s'est constamment vu en Afrique durant ces dernières décennies, au mépris des intérêts et des aspirations réelles des populations.

Jean-François Revel (in La connaissance inutile, p. 18) éditions Grasset) a bien décrit le phénomène : «  La revendication de l'« identité culturelle » sert d'ailleurs aux minorités dirigeantes du tiers monde à justifier la censure de l'information et l'exercice de la dictature. Sous prétexte de protéger la pureté culturelle de leur peuple, ces dirigeants le tiennent le plus possible dans l'ignorance de ce qui se passe dans le monde et de ce que le monde pense d'eux. Ils laissent filtrer ou ils inventent au besoin, les informations qui leur permettent de masquer leurs échecs et de perpétuer leurs impostures ».

 

Or, ici, dans les départements d'outre mer, la culture créole, est répétons-le, d'origine essentiellement française comme le faisait remarquer St-John Perse, comme en témoigne (entre autres) l'œuvre réelle de Césaire (par delà ses palinodies politiciennes et conjoncturelles).

Notre culture, et je n'insiste pas, puisqu'un autre article doit y revenir dans les tout prochains jours, est une synthèse non achevée entre des apports européens, africains, asiatiques, dans une matrice française.

 

L'identité culturelle guadeloupéenne existe, elle est celle d'une province française originale, complexe, une et multiple, homologue, en cela, à la culture nationale française. Le blanc créole que je suis, et par présence familiale continue sur cette terre depuis le XVII siècle, n'est plus identique à l'arrière grand père d'île de France, à l'arrière grand mère normande. Sa proximité, parfois tumultueuse, mais pas uniquement, heureusement, avec les Guadeloupéens descendants d'Africains, fait qu'il peut parler, sans paradoxe, ironie, ni aliénation d'aucune sorte de « ses ancêtres Africains », comme d'autres, mélanodermes, et dans le même sens, sans plus d'aliénation pourraient parler de leur « ancêtres les Gaulois » s'ils n'en étaient empêchés par un véritable terrorisme intellectuel. (Entre parenthèses, le scrutateur, dont la première scolarité remonte aux années 1940, ne se souvient pas d'avoir jamais appris, avec ses camarades Noirs « nos ancêtres les Gaulois », mais « notre pays est la France. Elle s'appelait autrefois la Gaule, et ses habitants étaient les Gaulois »!La nuance est d'importance).

 

Il y a donc des cultures ouvertes, notre culture nationale française en est un magnifique exemple, et notre culture régionale créole ouvre à cet égard de magnifiques possibilités. Et il y a des cultures fermées, comme celle qui prétendent se fonder sur une seule variable, celle de la race par exemple. L'hitlérisme, et le noirisme en sont les modèles « exemplaires ». Comme il y a des personnalité individuelles pauvres, fermées, coupées de tout ce qui n'est pas leur petit moi rabougri et craintif.

 

Il est important de réfléchir à ces données avec précaution, et la plus grande attention.

C'est le terrain miné que travaillent avec le plus de ferveur rageuse les idéologues qui menacent la Guadeloupe.

Il suffit de vérifier la composition des commissions, aux « états généraux » pour en avoir la certitude.

Vivent la Guadeloupe, la Martinique, la France!

 

Edouard Boulogne.

 

 

 

 

 

 

 



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Georges Tikitak 07/12/2009 12:23


Vous savez, cher Scrutateur, tout le bien que je pense... du Scrutateur.
Il y a pourtant un petit point de vocabulaire sur lequel je voudrais mettre mon grain de sel, c'est ce mot intelligentsia que vous employez (je reconnais bien là votre charité) pour désigner les
zintélektuels qui empoisonnent le débat, précisément pour les raisons que M. Dahomey et vous-même ne cessez de dénoncer. Plutôt que le mot intelligentsia, ne sommes-nous pas plutôt en face d'une...
nomenklatura ? C'est-à-dire une caste administrative, mise en place par... l'État français (kolonyal esclavagisse et racisse) et qui prospère grâce aux moyens et à la logistique de cet État
kolonyal francé esclavagisse et racisse, notamment la logistique de diffusion. Cette nomenklatura ne finit-elle pas par vivre en état d'apesanteur dans la pwotitasyon, notamment la pwofitasyon en
notoriété et en "audience", c'est-à-dire en clientèle ?
Permettez-moi aussi de vous faire part, mon cher Scrutateur, d'une pensée qui m'est venue par hasard, l'autre jour, à propos de l'esclavage - eh oui ! la nomenklatura a ses obsessions commerciales,
le brave type a ses propres interrogations philosophiques, historiques et morales.
Imaginez que dans cet état kolonyal racisse et esclavagisse qui nous oppresse tant, à défaut de nous opprimer, le descendant d'esclave guadeloupéen le plus modeste, même le simple jardinier, a pu -
par le passé - bénéficier de prérogatives civiques auxquelles sa patronne, fût-elle duchesse, marquise ou comtesse ne pouvait prétendre, du moins avant 1946. Je parle du droit de vote : mon cousin
Amédée Tikitak, chauffeur de madame X... héritière d'une des plus importantes sucreries de Grande-Terre, pouvait librement contribuer à élire le député de son choix. Pas sa patronne. Les femmes
n'avaient alors pas le droit de vote, fussent-elles blanche comme le sable de Petite Terre. Amédée Tikitak est mort depuis longtemps, sa patronne aussi. Verra-t-on aujourd'hui, toutes les femmes de
France se mobiliser pour demander wépawation, parce que l'histoire a marché à cloche-pied dans cette affaire jusqu'en 1946 ?
Il faut arrêter, comme on dit. Un tout petit peu de culture générale apprendrait à nos zintélektuels que les futures reines, au Moyen ÂGe, étaient enlevées à leur famille comme de vulgaires
marchandises, et emmenées à la Cour du pays auxquelles elles étaient destinées sans jamais rien connaître de l'affection de ses parents, affection qu'en ce temps-là on donnait d'une manière qui
nous paraîtrait bien étrange aujourd'hui. Et les exemples fourmillent d'injustices, de bizarreries, de monstruosités sur lesquelles le temps a passé et quine sont plus vraiment à l'ordre du
jour. 
Cette fixation sur l'esclavage est une forme d'immaturité qu'il est d'autant plus pervers d'entretenir, que personne ne peut rien y changer : l'histoire ne connaît la chirurgie que dans la
falsification et celle-ci n'est jamais réparatrice. C'est au contraire la méthode habituelle lorsque s'installe le totalitarisme, lequel ne profite en général qu'à une... infime nomenklatura.
Pour finir, revenons à la relation entre intelligentsia et nomenklatura : la nomenklatura est très normative, par définition. Et quand la norme domine une prétendue intelligentsia au point de
formater tout le discours autour d'un seul thème, on est bien en face d'une nomenklatura, plus que d'une intelligentsia (enfin ! théoriquement ! tout est plus ou moins dévoyé, en matière
d'intelligence, n'est-ce-pas ?)


Edouard Boulogne 07/12/2009 13:40


Cher Georges Tikitak,

Merci pour ce commentaire très intéressant. Et d'accord pour la dénomination " nomenklarura" désignant nos zinzintellectuels.
Mais je n'avais pas employé le mot "intelligentsia" en un sens tellement positif. Et j'en demande pardon à J.Dahomay que j'estime, comme je l'ai dit, de l'avoir rangé sans nuances dans cette
catégorie.
Si Only m'en laisse la possibilité je publierai sous la catégorie "La pensée du jour" du Scrutateur, un petit texte point piqué des hannetons du philosophe russe Nicolas Berdiev ( "intelligentsia"
est un terme d'origine russe) qui relativise beaucoup.
Et puis il y a un livre remarquable de l'historien Michel Winock : Le siècle des intellectuels (le XXème) qui relativise encore mieux.
Bonne journée, mon cher Georges Tikitak,
Bien à vous,
Le Scrutateur.