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Publié par Edouard Boulogne

Cohésion Sociale et Libertés Républicaines
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Cet article est la suite de celui que nous avons publié hier. Il émane d'Amédée Adélaide, président du CSLR.

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Un ministre de « compagnonnage » en action….

Au moment où éclate la crise en Guadeloupe, il ne sait rien de la situation politique et sociale :

Page 49 : « La crise en Guadeloupe débute à une date lourde de symboles politiques : le 20janvier, le jour de l’investiture de Barack Obama… Avant cette période-là, je n’ai pas reçu la moindre alerte rue Oudinot. Rien ne me remonte. » page 51 « A ce moment-là, tout ministre qu’on est, on est amené à s’interroger : Comment 49 associations peuvent-elles travailler ensemble depuis des mois sans que cela se sache ? Comment peuvent-elles bâtir un catalogue de revendications qui doit déclencher une forte mobilisation, sur une île où tout le monde connaît tout le monde, où tout se sait, sans que la rue Oudinot n’en sache rien ? Je n’ai jamais eu la moindre note, la moindre alerte… Je n� �ai pas eu le temps, ensuite de mener mon enquête pour savoir pourquoi on n’a pas vu arriver cette crise. Je  pense qu’il y a eu des services de l’Etat qui ont dû faire des notes, de toutes les couleurs, qui sont sûrement remontées. Mais où ? Mystère et boule de gomme… »
On croit rêver ! Voilà un Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui dépend du Ministre de l’intérieur - en poste depuis près d’un an - et qui ne sait rien de ce qui se passe politiquement et socialement dans un département dont il est spécifiquement en charge. De quel Etat et de quelle République parlons-nous ?

Pour l’édification donc, de Monsieur JEGO, rappelons d’abord ce qu’est l’UGTG.
L’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe a été créee le 2 décembre 1973. Ses objectifs ont été précisés dans différents documents publiés par ses soins. Son objectif suprême: l’indépendance de la Guadeloupe. Ses méthodes pourraient être résumées ainsi : Choisir une entreprise, un secteur d’activité. Sur la base de revendications toujours démesurées, déclencher une grève dure avec envahissement et blocage des activités. Tenir la position jusqu’à ce que le Chef d’entreprise, - en général poussé par l’Etat qui n’intervient quasiment jamais pour faire libérer les lieux, même sous décision judiciaire – décide de céder. A ce jeu là, l’UGTG a conquis une place de choix ; les autres syndicats ayant dû final ement la suivre sur ces chemins brutaux, souvent violents, pour éviter la disparition. D’abord implantée dans  l’agriculture, l’hospitalier et l’hôtellerie, son activité aujourd’hui s’est élargie en particulier à la fonction publique territoriale. Les dégâts causés par l’UGTG sont considérables. Les pertes d’emplois et les fermetures d’entreprises dûes directement aux conséquences de ses méfaits, sont incalculables et singulièrement dans le tourisme, secteur dans lequel de grandes chaînes hôtelières ont du fermer et quitter le pays après que leurs clients aient été séquestrés ou maltraités par les syndicalistes UGTG.

A titre d’illustration de nos propos, voici un extrait de la « Résolution Générale N°1 » de leur 12ème congrès tenu  en Avril 2008, c’est-à-dire un mois après la prise de fonction de Monsieur JEGO au Secrétariat à l’Outre-mer :

« Le XIIème CONGRÈS DE L’UGTG RÉUNI AU LAMENTIN LES 02 – 03 – 04 - 05 AVRIL 2008
-Considérant les rapports de domination coloniale, raciale et capitaliste qui caractérisent la société Guadeloupéenne avec au sommet de l’échelle sociale les blancs Français, Békés et Européens et en bas, les Guadeloupéens d’origine Africaine et Indienne ;

-Considérant la revendication des Guadeloupéens à être maîtres de leur devenir ; revendication perpétu ellement niée et invalidée par l’Etat colonial Français avec la complicité des élus locaux ;
-Considérant l’immigration massive, organisée, des Français et Européens en Guadeloupe visant à terme le génocide par substitution du Peuple Guadeloupéen ;
-Considérant la remise en cause des conquêtes sociales, des libertés démocratiques, du droit et de la liberté syndicale par l’Etat colonial Français et le patronat ; et cela au nom de la sacro sainte mondialisation, de la responsabilité citoyenne, du réalisme économique et de l’alliance capital-travail notamment par la mise en place des zones franches globales d’activités ;
-Considérant toutes les tentatives de musellement, de domestication et de diabolisation des Syndicats de lutte de classe et de masse par une répression farouche contre les militants syndicalistes, la criminalisation de l’action syndicale et le vèglaj du dialogue social institutionnalisé ;� �
Soutient :
Que le droit du Peuple Guadeloupéen à l’autodétermination et à l’indépendance nationale est naturel, légitime et inaliénable ;
Que les intérêts de la classe ouvrière, des producteurs, de la jeunesse, des créateurs, des retraités, …., ne seront préservés que par leur engagement dans la lutte pour la libération nationale et la pleine souveraineté ; …
Réaffirme :
L’appartenance de l’UGTG à la ligne syndicale de lutte de classe, de masse, de confrontation, de contestation et de transformation sociale visant à éradiquer les rapports de domination capitaliste et colonialiste an Péyi annou pour l’instauration d’une société plus juste et plus équitable ;
La nécessaire et indispensable unité et la solidarité des Travailleurs et de leurs Organisations Syndicales tant au niveau Nasyonal Gwadloup que sur le plan international afin de défendre les droits et intérêts des larges masses ;…
Exhorte :
L’ensemble des militants des Unions et Secteurs de l’UGTG à mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activités, des revendications tant stratégiques que quotidiennes, répondant aux exigences des Travailleurs et du Peuple de Guadeloupe pour la libération complète de la classe ouvrière et du Peuple Guadeloupéen, pour l’indépendance nationale ; …»

Pour être complet, rappelons que le leader du LKP, auquel Monsieur JEGO va prodiguer tant d’attention et d’admiration, Elie Domota pour ne pas le nommer, n’est autre que le Secrétai re Général de l’UGTG. Mais alors qu’il se rend en Guadeloupe pour traiter la crise, Monsieur JEGO ne le sait pas. Et il va tout simplement succomber au charme du leader du LKP : page 69 : « je me suis approché pour faire le tour de la table et serrer la main de chacun. Au moment où je m’approche d’Elie Domota, il se lève pour cette première poignée de main. C’est un geste que je n’ai pas oublié. »
page 69 : « Le LKP a du sens. En face, rien ne se tient. Les élus sont divisés, le monde économique éclaté et l’Etat le plus souvent discrédité ou accusé d’être complice de ce qui ne va pas. En deux jours, après avoir écouté des centai nes d’interlocuteurs, je me suis rendu compte que c’était plié. La bataille de l’opinion publique était perdue…. »

Alors, pour sauver la situation, le Ministre va décider de demander, par l’intermédiaire du Préfet, une rencontre secrète, «  en tête à tête », au leader du LKP.  Il nous la relate dans un chapitre qu’il intitule : « Les Yeux dans les yeux » En amoureux quoi ?

Page 76 : « Sur cette terrasse, dans la nuit guadeloupéenne, je ne vois pas un idéologue en tee-shirt qui me tient un discours révolutionnaire, la machette entre les dents. Domota n’est pas le Che et encore moins Fidel. Il ne parle à aucun moment d’indépendance, ne semble camper sur aucun a priori idéologique. La discussion est presque sympathique… »

Mais la question est : Qui domine qui ? Qui sera le grand gagnant de cette rencontre dont il nous dit page 73 : «  Domota a accepté de me voir sans difficulté ».

Un Compagnon en goguette. Page 78 : «  cette mémorable soirée s’est achevée en partageant quelques accras et un verre de ti-punch, et en discutant des choses de la vie. »

Et voici ce que notre « Ministre du Compagnonnage » a tiré comme conclusion de cette « mémorable soirée » :

Page 75 - « Là, je découvre un interlocuteur très calme, intelligent, connaissant parfaitement ses dossiers, me disant des choses que personne ne m’avait dites auparavant sur un certain nombre de sujets, comme celui du prix des carburants par exemple. Des problèmes dont personne ne m’avait jamais parlé sont évoqués au fur et à mesure que l’on balaye les points des revendications directement adressés à l’Etat. »

Cette question du prix des carburants était en débat public aux Antilles Guyane depuis plus d’un an à la suite d’un rapport du CESR de Guadeloupe. Elle avait même été la cause de blocages routiers d’abord en Guyane octobre 2008, puis en Guadeloupe en décembre de la même année, mais c’est Domota qui l’explique au Ministre qui n’en avait jamais entendu parler. Cherchez l’erreur !

Page 75 - « .. il me tient des discours très méprisants sur les élus, encore plus durs contre le patronat. Il ne cesse de citer des noms, telle personnalité, telle famille, des gens importants dans l’économie de l’île. Parfois j’ai le sentiment qu’il a dressé une liste. C’est le seul aspect qui me dérange ce soir là, cette façon de parler de ceux qui sont, je le sens, des ennemis de classe, cette violence dirigée contre des personnes, cette haine constituée contre les Békés. Mais je ne me braque pas et la discussion poursuit son cours. »

Page 76 - « La discussion est presque sympathique. On pourra m’opposer, par la suite, que je suis une nouvelle victime du syndrome de Stockholm. Que, tout bêtement, je suis tombé sous le charme de mes ravisseurs. Sauf erreur de ma part, je n’ai as été enlevé, je suis venu volontairement, j’ai même provoqué la rencontre. »

Bien plus que cela, on comprend que M. JEGO n’est pas seulement tombé sous le charme, il est tout simplement Hypnotisé, éberlué même !

Page 76 - « C’est terrible à dire, mais je crois qu’à ce moment-là Elie Domota a compris qu’il tenait la rue pour un moment et il pressent que, si nous allons au pourrissement, donc au final à l’affrontement, et que la crise se solde par des morts, comme à Ouvéa ou en mai 67, il aura aussi gagné la partie. Il aura démontré que l’Etat blanc et colonial est brutal et raciste.  Moi je ne veux pas de ça. C’est obsessionnel, je veux que la république triomphe. »

Ça y est, Domota lui a imposé sa musique et son tempo !
C’est terrible à dire mais je crois qu’à ce moment là, l’Etat a abdiqué toute autorité, tout sens des responsabilités, tout honneur même ! Dans cette posture il ya de la peur et de la lâcheté aussi. D’ailleurs l’homme nous le dit, deux lignes plus loin :

Page 77 « Au delà de toute considération politique, je ne veux pas me réveiller une nuit, dans dix ans, dans quinze ans, au milieu d’un cauchemar en pensant à ces morts dont je me sentirais responsable. »

Et fort de cette posture il va abdiquer :

Page 77 - « Je n’ai qu’un objectif à l’issue de cette rencontre : faire accepter à Domota et au patronat le plan B, celui de la négociation, la porte de sortie par le haut pour toutes les parties »

Page 78 « … En bon politique, il me demande cependant de donner des gages. Sous-entendu, C’est bien beau ce que vous dites, Monsieur le Ministre, mais il faut des paroles publiques. Voila pourquoi j’ai fait dans les jours suivants un certain nombre de déclarations, disons, assez virulentes, sur par exemple la question du prix du carburant. Je voulais montrer au LKP que par ma voix l’Etat serait neutre et qu’il n’y aurait de ma part aucune connivence avec le pouvoir économique.»

L’Etat va donc donner des gages avec « un certain nombre de déclarations, disons, assez virulentes » et traiter les patrons de profiteurs, limite de voleurs. Quelle neutralité !

 

Mais si j’ai pris le temps de commenter ce « roman », ce n’est nullement pour « victimiser » son auteur. A vrai dire, l’avenir politique de celui-ci ne nous concerne pas, (du moins tant que les responsabilités politiques qu’il exercera, resteront éloignées des problèmes de l’Outre-mer). Mais c’est surtout pour souligner les difficultés pour l’Etat d’exercer sa souveraineté, pleinement, totalement, comme il le ferait dans n’importe quel département de la France hexagonale. Empêtré qu’il est dans un  complexe de puissance ex-colonisatrice, enchaîné par l’exigence de repentance et de réparation des minorités indépendantistes, ses représentants seront plus enclins à choisir le compromis, (ou plus exactement la compromission) à tout prix, qu’à faire leur métier qui est de faire fonctionner l’Etat dans le respect de la loi. Cette tare existe sur toute l’échelle de commandement, mais elle sera, sur place, d’autant plus néfaste qu’à la tête de l’Etat seront des hommes ou des femmes de faible poids politique. Il faut donc renforcer et stabiliser cette chaine de commandement.

Le choix qui a été fait par les gouvernements successifs depuis 2003 porte sur l’idée alternative d’offrir aux différentes îles d’outre-mer, des statuts à la carte octroyant plus de responsabilités aux élus locaux. Outre le fait qu’elle n’emporte pas l’assentiment des populations, que ces possibilités sans fin d’évolution statuaire jettent l’Outre-mer dans une instabilité institutionnelle permanente, cette proposition ne porte aucune garantie à l’Etat qu’il se sentirait plus légitime par la suite.

C’est du reste la raison pour laquelle nos Universités d’été de 2009 l’ont rejetée, et ont proposé une alternative qui était de souhaiter d’une part, que soient choisis avec soin les hauts fonctionnaires envoyés dans nos régions, et d’autre part que soit mis fin au principe de l’existence d’un ministère de l’Outre-mer, (source de difficultés et ne jouant en fait qu’un rôle d’écran entre les responsables locaux et nos gouvernants), au profit d’un rattachement direct de l’Outre-mer au cabinet du Premier Ministre. Proposition qui est aujourd’hui d’une actualité encore plus pressante.

 

Amédée ADELAIDE
Président de CSLR
04 mars 2010

 
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Maurice Tikitak 04/03/2010 19:04


J'ai cru comprendre que si l'on était pas béat d'admiration devant M. Jégo, l'on s'exposait à des poursuites (à des menaces en tout cas) par l'intermédiaire de Maître Woog,
avocat à la Cour. En effet, la souveraineté (populaire) dont la constitution fait état semble s'être dissoute devant la souveraineté (personnelle) en bien des cas, une souveraineté qui s'accompagne
pour les manants d'un revoir d'admiration et de négation. Admiration jégocentrique, cela va de soi. Et négation des faits, ainsi que de la relation de cause à effet.
Quant aux propos à la fois si révélateurs et si insignifiants cités par M. Adélaïde, ils doivent se trouver par hasard dans le livre de M. Jégo, et s'ils accablent celui qu'à bon droit l'on suppose
en être l'auteur, en toute logique, ce ne peut être qu'à cause d'un complot béké-pétrolier, lequel, au vu des pratiques qui sont les siennes, aurait selon toute vraisemblance,
subverti toute la chaîne, de l'éditeur à l'imprimeur. Ainsi, comme semble le raconter M. Jégo, l'esprit  de surprise qui a accompagné sa participation à la crise LKP continuerait à
se manifester jusque dans la découverte de son propre récit ?
Mais qu'attend donc le patronat guadeloupéen pour raconter sa vision des jours les plus LKP en racontant par le menu l'attitude, que dis-je : le comportement, de M. Jégo ?