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Publié par Edouard Boulogne

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Avec la grave crise économique qui atteint le monde entier et secoue, bien évidemment la France également, les DOM vont-ils vers une révision douloureuse du modèle économique qui est actuellement le leur?

Notre ami Dolto, me communique cette interview d'un économiste, Nicolas Bouzou, qui analyse et suggère.

Je serais heureux que des lecteurs, intéressés et compétents, adressent au Scrutateur leurs analyses, ou remarques, sur les propos de M. Bouzou. Ils peuvent le faire, sous leur identité, ou par le moyen de pseudonymes. Dans ce cas, leur anonymat serait respecté, mais il sera indispensable que je sois au courant de cette identité, et des moyens de la contacter.

 

Edouard Boulogne.

 

Bonjour Mr Boulogne : pour info une interview intéressante d'un économiste reconnu en France

DOLTO
Nicolas Bouzou économiste : "Le modèle économique des DOM n’a d’autre choix que de se remettre en cause"

Nicolas Bouzou, directeur général de la société de conseil Asteres, à Paris, membre du Conseil d’analyse de la société auprès au Premier ministre et chroniqueur à Canal +, a été invité, jeudi dernier par le conseil régional de l’ordre des experts-comptables aux deuxièmes universités de la profession comptable de l’océan Indien. Avec son regard de macro-économiste dépourvu de certains tabous locaux, il livre ici son analyse des conséquences de la crise européenne sur l’économie des DOM.



En quoi la crise actuelle va-t-elle, selon vous, modifier le modèle de l’économie des DOM ?

Jusqu’ici, l’économie est essentiellement basée sur l’investissement public, en particulier dans le secteur du BTP. Certes, cela a généré jusqu’à la crise une croissance forte et la création d’emplois. Mais celles-ci sont tout de même restées insuffisantes au regard de l’évolution démographique pour faire baisser significativement le chômage. Le taux de demandeurs d’emploi restant élevé, l’appel aux aides sociales s’est révélé aussi très important jusqu’ici. Investissements publics, transferts sociaux, dispositifs fiscaux dérogatoires, surrémunération des fonctionnaires qui représentent 30% des salariés contre 20% sur le territoire métropolitain... Autant dire que la liste des dépenses publiques vers les DOM est longue...

Mais ces aides publiques de la métropole vers les DOM posent-elles problème?

Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est que la crise des finances actuelle est très grave, au point de remettre en cause le triple A de la France. Elle va donc amener le gouvernement à réduire les dépenses publiques partout. En conséquence, la croissance économique des DOM dans les prochaines années devra être portée par les entreprises. Le modèle économique des DOM n’a d’autre choix que de se remettre en cause.

A quoi doit-on s’attendre pour l’avenir ?

Bientôt, les DOM bénéficieront moins des aides publiques, des dispositifs fiscaux dérogatoires et des aides sociales. Il y aura moins de fonctionnaires et, pour de basses raisons financières, des avantages tels que la surrémunération risquent d’être amenés à disparaître. Ces changements peuvent sembler brutaux, mais ils représentent une chance pour les DOM d’évoluer vers un autre modèle.

Mais le secteur privé local a-t-il vraiment les moyens de tirer la croissance ?

NON , pas en l'état actuel !

Que considérez-vous comme les deux autres points forts de la Réunion ?

L’île dispose d’une capacité d’exportation très importante. Les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire marchent plutôt bien. Or, les besoins agroalimentaires des pays de la région sont très importants. Sucre, rhum, plats transformés... Le monde ne demande qu’à manger ! Par ailleurs, la Réunion possède un esprit entrepreunarial certain qui vient notamment du caractère mélangé de sa population. C’est un actif important pour l’économie de l’île. Le destin de la Réunion se trouve dans cette économie privée qui sera capable de se développer et d’exporter vers les marchés émergents.

Si elles ne l’ont quasiment pas fait jusqu’ici, pensez-vous que les entreprises des DOM aient réellement les capacités d’exporter de manière significative à moyen terme ?

Je pense que les entreprises locales pourraient exporter, mais que l’économie a été anesthésiée jusqu’ici par les aides publiques. En ce sens, la situation des îles est une loupe grossissante de l’économie française : une dette publique élevée, une protection sociale certes efficace mais très chère, et une incapacité à exporter qui se traduit par un déficit commercial très important.

Ce constat suffit-il à dire que le changement de modèle est possible ?

Il n’y a pas de fatalité. Il y en aurait si l’on ne comptait quasiment pas d’entreprises à la Réunion, comme c’est le cas en Martinique et Guadeloupe par exemple. Mais ici, on fabrique déjà des produits qui peuvent être exportés. Certes, il manque pour aller plus loin des financements et un accompagnement, ce qui est le rôle des collectivités locales. Celles-ci doivent aider les entreprises à prospecter et à se fédérer pour réaliser des études de marché en commun, par exemple.

Aussi décriés soient-ils, les dispositifs de défiscalisation ont permis de tirer l’emploi marchand vers le haut dans les Doms. Quel peut être leur devenir ?

Il ne faut pas regarder les dispositifs de défiscalisation comme un tout. C’est le travers du gouvernement. Il faut supprimer les mauvaises niches fiscales, mais conserver les bonnes, telles que les exonérations de charges sociales dans les zones franches, ou encore les diminutions d’impôt sur les bénéfices. En revanche, l’efficacité de certains dispositifs fiscaux dans le logement neuf n’a pas été prouvée. Sans compter que toutes les ressources publiques ne doivent pas être aspirées par le seul secteur du BTP. Il faut plutôt investir à mon sens sur l’innovation. C’est par là que les DOM devront se différencier, puisqu’elle ne le pourront pas sur les coûts de production.

Concrètement, pensez-vous que les niches fiscales spécifiques à l’Outre-mer courent un réel danger de suppression ?Globalement, l’opinion publique métropolitaine a une mauvaise image des niches fiscales des Doms. En période préélectorale, cet élément peut jouer dans les choix du gouvernement...

Vous l’avez évoquée tout à l’heure, quel est votre avis sur la surrémunération des fonctionnaires outre-mer ?

La surrémunération me paraît néfaste en plusieurs points. Au-delà du fait qu’elle coûte cher à l’État, elle comporte de multiples effets pervers. D’une part, elle rend difficile au secteur privé le recrutement de bons profils, plus attirés par les salaires du public. D’autre part, la surrémunération entraîne un phénomène de hausse des prix et donc d’iniquité entre les agents publics et le reste de la population. Enfin, l’État n’aura bientôt plus les moyens de maintenir la surrémunération. C’est le même principe qu’avec la réforme des retraites. Il y a eu des grèves, mais on ne pouvait pas faire autrement. Et même les leaders syndicaux l’avaient compris.

Et l’octroi de mer, considérez-vous qu’il soit condamné lui aussi ?

Les chefs d’entreprise locaux défendent l’octroi de mer, mais c’est pour moi un impôt absurde. C’est en réalité un droit de douane, alors que la Réunion doit exporter grâce à l’innovation, et non pas se replier sur un système protectionniste. Il est possible que la commission européenne remette en cause l’octroi de mer... Et ce n’est pas grave ! Au contraire, les produits coûteraient moins cher aux consommateurs. Il suffirait de créer d’autres taxes pour le financement des collectivités, les plus efficaces étant celles qui ont les bases fiscales les plus larges comme la TVA, le chiffre d’affaires des entreprises, ou encore l’impôt sur le revenu. D’ailleurs, voilà encore un abattement, celui de l’impôt sur le revenu dans les Doms, qui risque d’être remis en question...

Quelles perspectives ! Cet avenir pour le moins austère que vous dépeignez est-il vraiment inévitable ?

Tous ceux qui prêtaient de l’argent à la France jusqu’ici sont devenus réticents à le faire. Il y a donc un risque réel aujourd’hui pour elle de perdre son triple A. Afin s’éviter ce scénario, la France devra impérativement avoir annoncé de nouvelles mesures d’économie d’ici janvier. Elle peut donc encore choisir les domaines où elle veut diminuer ses dépenses. Mais si la crise s’accélère et que la France perd son triple A, les coupes seront franches et brutales (dans l’Etat-Providence) après les élections de 2012. .

Interview : Séverine Dargent
Clicanoo.re publié le 7 novembre 2011
07h12 

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Commenter cet article

Dissident 16/11/2011 12:35



La Réunion qui exportera le jour où le Système ne sera plus qu'un tas de décombres pestilentiels ? Je n'en
crois pas un seul mot. Ce jour-là, à mon avis, les gens seront plus occupés à essayer de bouffer qu'à prétendre exporter ladite bouffe qui, elle, aura naturellement disparue des rayons.
D'ailleurs, il n'y aura pas assez de bouffe pour tout le monde, par conséquent elle sera volée sur pied et jusque dans le cul des poules. Quant aux traitements, économies et retraites, ils seront
dévorés par les banques, l’inflation et l’Etat Moloch...ce qui supprimera tout interet à produire quoi que ce soit...puisque le client n'aura plus d'argent.