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Publié par Edouard Boulogne

Comment Jean-Claude Guillebaud est redevenu chrétien

 

Jean-Claude-Guillebaud.jpg

 

J'ai connu, littérairement parlant, Jean-Claude Guillebaud, il y a plusieurs décennies, lors de la publication de son premier livre Les confettis de l'empire, consacré à ce qui restait de l'empire français au début des années 70. Mon impression fut mauvaise.

Je revins à notre auteur, beaucoup plus tard, en 1998, quand il publia au Seuil l'ouvrage intitulé La tyrannie du plaisir

Tyrannie-du-plaisir-.jpg

Cette fois mon accueil fut enthousiaste. Nos analyses concordaient en bien des points sur la nature de la crise intellectuelle, et spirituelle qui ravage notre civilisation. J'organisai, chez moi, une soirée de réflexion sur l'ouvrage, et le rapporteur du livre fut un homme politique guadeloupéen, jeune et talentueux, auquel je souhaite un bel avenir, pour lui et pour la Guadeloupe.

J'apprends, seulement aujourd'hui, par une lecture du Salon Beige, que Guillebaud a publié en 2007, un ouvrage autobiographique, dont le critique dit du bien. C'est lui que je vous propose de lire ci-dessous.

 

E.Boulogne.

 






« Cet homme n'est pas tout à fait «des nôtres». Il ne fréquente ni nos chapelles ni nos églises ni nos pèlerinages. C'est un homme de pouvoir, éditorialiste au Nouvel OBS, entre autres.

Pour autant il se pose comme un homme qui  a retrouvé le  Christ, et n'hésite pas à le dire, le reconnaître, l'avouer, et le rendre publique. Pour cela il écrit même  un livre complet. Ainsi il aura témoigné du Christ devant les hommes et l'on sait le genre de récompense promise à ce type de témoignage. Je ne connais rien de cet homme hormis ce que Wiki en dit et ce livre qu'il a écrit et que j'ai lu. Et sur lequel  je voudrais écrire quelques lignes. 

L'exorde de ce livre est une citation de Camus : «Ce que le monde attend des chrétiens est que les chrétiens parlent à haute et claire voix, et qu'ils portent leurs condamnation de telle façon que jamais le doute, jamais un seul doute, ne puisse s'élever dans le cœur de l'homme le plus simple ». Albert Camus n'était certes pas un disciple affiché du Christ, mais cette phrase dans la bouche de cet homme que l'on veut encore faire taire aujourd'hui, parce qu'il aimait sa terre et les peuples qui l’habitaient, et qu'il refusait le terrorisme islamiste, mérite d’être écoutée, voire même  prise en compte. Car ce qu'il disait résonne aujourd'hui et plus que jamais à nos oreilles. Jean Monneret l'a bien montré dans son récent ouvrage sur cet auteur encore et toujours politiquement incorrect. Nous, les chrétiens, devons parler à voix haute et claire. Et ce que nous affirmons ne doit pas être entaché de doute. Le vrai modèle ne disait il pas que «votre oui soit oui et votre non soit non,  et tout le reste vient du démon » ? En ce sens la phrase de Camus est bien «christique» en ce sens qu'il exige des chrétiens qu'ils soient vraiment le sel de la terre ou la lumière qui éclaire le monde.Ce que les laïcs chrétiens ont bien compris en 2013 dans les combats titanesques qu'il ont mené et s’apprête encore à mener en 2014 contre un  état devenu radicalement anticatholique.

En ce sens le livre de Guillebaud est intéressant aujourd'hui encore, même s'il date de 2007. Son livre est divisé en autant  de chapitres ; ouverture, les sources de la modernité, la subversion évangélique, la foi comme décision. En dehors de l'aspect un peu prétentieux de «Ouverture», car son œuvre n'est tout de même pas un opéra, les autres têtes de chapitres semblent bien aceptables pour un catholique.

Ce livre est très inégal.  Dans la même page 101,  on nous cite Maurice  BELLET psychanalyste et prêtre catholique, auteur  de «Le Dieu pervers»,tout un programme de destruction de la foi dans le cœur de pauvres et des simples (nous, les laïcs)  et  René Girard à qui il reconnaît «une dette immense» tout en mesurant qu'il n'est pas convenable de le reconnaître pour ce qu'il est, y compris dans les milieux catholiques (!). Il  cite  Camus, encore lui, dans sa remise en cause du totalitarisme  de «l'Homme révolté».

Il s'inscrit en faux contre Julius Evola, qu'il considère comme un maître de Charles Maurras, preuve qu'il n'a pas lu ce dernier ou ne l'a pas entièrement compris, pour qui « Ce qui dans le catholicisme possède un caractère vraiment traditionnel est bien peu chrétien et ce qui en lui est chrétien s’avère bien peu traditionnel » (in Révolte contre le monde moderne).  Le drame de ces païens est de ne pas comprendre que l’Église est l'extraordinaire et unique synthèse entre Rome, Athènes  et Jérusalem sur le  plan  culturel, mais qu'elle est en même temps l’épouse  spirituelle du Christ. Oui, je sais, cela fait beaucoup.

On entend dans ce livre beaucoup de pleurnicheries contre le monde occidental, comme il se doit. Mais il y a aussi des analyse surprenantes; pour lui «en deux millénaires d'histoire le christianisme aura finalement présenté trois visages différents: la puissance, la protestation  et la sainteté ». 

Cependant, il observe aussi en page 58 que « la plupart des convictions auxquelles nous adhérons spontanément celles qui sont inscrites dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de1948 et qui fondent la démocratie occidentale trouvent leur source dans le biblique » . Sur ce sujet l’Église a évolué pour aboutir avec Jean Paul II à une lecture chrétienne de ces droits ; l'occasion ou jamais de rappeler qu'en face de ces droits, il y a des devoirs, et surtout, les droits imprescriptibles de Dieu sur sa création.

La comparaison qu'il fait entre la Bible et le poème d’Homère que d'aucuns osent faire parfois est analysée comme suit «Un texte comme la Bible dont on a reconnu et mesuré la puissance peut il n'être qu'un simple création humaine? Est il concevable qu'il ait été «inventé» par le seul génie des hommes, comme c'est le cas du poème homérique qui représente, pour la culture grecque, l'équivalent de nos textes sacrés ? »

Disciple du cardinal John Henri Newman (1801-1890) que Benoît XVI a porté sur les autels il rappelle l'importance de l'assentiment dans la foi. Pour Guillebaud «ce n'est pas la foi qu'on perd, c'est la volonté de croire qui faiblit». Une phrase importante à retenir,  y compris  pour ceux qui se sentent très assurés dans leur foi.

Sur l'ennui généré par les sermons de nos prêtres, il nous se rassure: au sujet  de« saint Césaire d'Arles évangélisateur de la Provence et grand lecteur de saint Augustin, on raconte que lorsqu'il prêchait il faisait fermer les portes afin d’empêcher les fidèle de s’enfuir»Des racontars bien sur...Mais il indique aussi qu'« A chacun la célébration devrait logiquement sembler bien trop courte et non pas trop longue. A moins de ne pas croire tout à fait à ce qui se passait devant l'autel». C'est un beau témoignage de la présence réelle du Christ  dans son eucharistie. 

Sa conclusion rejoint cet appel à la joie d'être chrétien qui  fût tout le pontificat de Benoît XVI :  «Les philosophes athéniens ou romains de l'époque étaient sidérés par la joie chantante qu'ils repéraient dans les premières communautés chrétiennes, ce bonheur d’être ou de se croire porteurs d'une bonne nouvelle. «Soyez toujours joyeux» répétait saint Paul dans ses épîtres.

Saurais je l’être ?

Saurons nous l’être ?».

Ce livre est le  beau témoignage d'un homme qui a retrouvé le bonheur d’une relation personnelle avec le Christ ».

 

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