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Publié par Edouard Boulogne

Des hommes et des dieux.

 

 

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Il m'est extrêmement difficile de parler de ce film,  il me semble qu'il n'y ait rien d'autre à dire que «Allez  au rendez-vous que nous fixent ces hommes, une rencontre intense et exigeante  aussi bien avec eux qu'avec  nous mêmes et avec l'Histoire » Un grand rendez-vous de l'humain avec ce qu'il a de tendresse  et d'angoisse mais aussi de fidélité et de foi. C'est aussi une grande affaire d'honneur.
Nous connaissons tous le propos du film. En  mars1996  sept moines cistercien-trappistes du monastère de Tibehirine,  dans l'Atlas algérien,  sont enlevés par le GIA. Leur enlèvement est revendiqué par les terroristes le 18 avril. Le 30 mai, leurs têtes sont retrouvées mais leurs corps ont disparus.
L'enquête, qui a tant tardé à être ouverte est, enfin, en cours. Le fait que les moines aient été décapités tend à dédouaner les terroristes et à faire penser à une opération de l'armée algérienne qui aurait fait disparaitre les corps pour éviter tout rapprochement avec elle. Le secret défense est levé et des témoignages vont pouvoir être recueillis.
Le film de Xavier Beauvois commence comme un documentaire lent,  rythmé par les prières, les chants et le travail des moines. On voit leur vie frugale et égalitaire, leurs travaux et leurs méditations. Orare et laborare. On s'attache aux pas de  chacun des personnages : Père Christian, le prieur (Lambert Wilson) nimbé d'une aura spirituelle; Père Luc, (Michael Lonsdale) tellement homme mais déjà presqu' ange,  le médecin qui passe ses journées à soigner les gens des montagnes et les villageois voisins;  Frère Christophe (Olivier Rabourdin) aux pieds plantés en terre et à la tête secouée par les vents comme ses amis les arbres, qui, lui, soigne boutures, fleurs, fruits et abeilles; Frère Amédée, (Jacques Herlin) l'ancien à la face lumineuse et à l'œil joyeux qui assiste Père Luc;  Frère Célestin (Philippe Laudenbach) malade et angoissé, et trois autres frères dont les personnalités complètent la communauté soudée et intime de ces hommes. Le monastère est très lié à la vie du village, et le village a besoin des pères. La distinction des rites religieux est estompée par la confiance et l'appréciation mutuelle. Tous sont sur cette  même terre algérienne qu'ils aiment, tous peuvent être les victimes d'un intégrisme aveugle et meurtrier. Tous prient pour les mêmes êtres aimés. Si Père Luc explique à Rabbia ce qu'est l'amour, et c'est la femme du chef du village qui fait comprendre aux moines ce qu'est la fidélité, alors que certains d'entre eux pensaient à quitter le monastère. «C'est vous qui êtes les branches et nous sommes les oiseaux» dit-elle.
Quand  Frère Christophe torturé par le doute et l'angoisse d'une mort si tangible demande au prieur de l'aider à voir clair en lui, Père Christian lui répond «La mort... oui, mais ce n'est plus grand chose.. Tu as déjà tout donné.... »
Voilà qui est dit. Ces hommes SONT tout donnés  et  les moments qu'il leur restent à vivre ne seront que des réitérations successives du don d'eux mêmes : quand les terroristes envahissent le monastère, quand l'armée algérienne fait une descente, soupçonnant les prêtres de soigner des terroristes, quand un hélicoptère menaçant tourne au dessus du monastère, quand ils célèbrent la messe et que Frère Christophe, celui qui doutait, dépose l'enfant Jésus dans la mangeoire, sur cette terre déjà ensanglantée.
Je vous laisse à découvrir le diner du Lac des Cygnes, où des plans rapprochés, les seuls du film, nous font nous approprier chacun des frères, dans la  surprise, l'extase, la joie, l'émotion, l'acceptation. Leur dernier diner.
En allant voir ce film, nous rendons aussi hommage aux frères morts en martyrs, parce que hommes d'honneur, de parole, de foi, sûrs qu'ils étaient de la place ou Dieu les avaient posés, comme des oiseaux protecteurs.
Pourquoi étaient-ils là à ce moment là?
Takashi Nagai,  médecin radiologue japonais,  avait vu mourir sa femme, deux de ses enfants et tout son voisinage sous le bombardement de Nagazaki. Ce bombardement devait toucher le cœur de la ville or, la bombe est tombée sur  le quartier chrétien. Il a secouru les blessés et a réuni les rescapés dans une maison qu'il a appelée «Nyokodo» «Aimez les autres comme vous mêmes ». Il consolait les survivants  en leur disant :  «La bombe est tombé sur nous, chrétiens, pour épargner la vie des autres.»
                                       Ils étaient là, à ce moment là.
                                       A Thibehirine et à Nagazaki


Voici le testament du Père Christian de Chergé :

 
«S’il m’arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd’hui - d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays [...] Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais, oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet «A-DIEU» envisagé pour toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.»


Titre : «Des Hommes et des dieux»
Film Français
Réalisateur : Xavier Beauvois
Sortie :  8 septembre 2010
Type : Drame
Durée : 2 heures

Distribution:
Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly, Jean-Marie Frin, Abdelhafid Metalsi...

 



 

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Dissident 07/10/2010 15:51



Les français sont toujours plus malins que tout le monde ; ils récitent ridiculement leur catéchisme
républicain comme des perroquets sots et vains ; voilà, plus bas, ce que disait déjà d’eux le cardinal John Henry Newman à la fin du 19 eme siècle.


Contexte : La révolution française, dans un accès de démence et d’arrogance stupéfiant, avait décidé
d’abolir Dieu…  


« (…) s’étant affranchis de toute
contrainte envers Dieu et envers l’homme, ils donnèrent un nom à l’état de damnation dans lequel ils s’étaient précipités, exaltant cette absolue négation de la religion, ou plutôt ce réel et
vivant blasphème, au rang d’un dieu. Ils l’appelèrent LIBERTE et littéralement le vénérèrent comme une divinité. Il serait impossible de croire, si ces événements n’étaient si récents et si
notoires, que des individus ayant violemment rejeté toute religion tiennent ensuite à s’adonner, par superstition ou par dérision, à un nouveau culte, sans signification et de leur propre
invention. Après avoir abjuré notre Seigneur et Sauveur, et parachever le blasphème en le qualifiant d’imposteur, ils décrétèrent, en assemblée nationale, l’adoration de la Liberté et de
l’Egalité, promues au rang de divinités ; de plus, ils fixèrent des fêtes en l’honneur de la Raison, de la Patrie, de la Constitution et des Vertus. Ils décidèrent encore que des dieux
tutélaires, et même des morts, pouvaient être canonisés, consacrés, adorés, et comptèrent au nombre de ceux-ci des infidèles et des libertins parmi les plus notoires du siècle. Les dépouilles de
deux des plus fameux d’entre eux* furent amenées en procession solennelle et déposés sur l’autel sacré lui-même ; on les encensa, puis la multitude se prosterna devant l’un d’entre eux –
devant ce qui restait d’un ennemi invétéré du Christ (…) »


(* Rousseau et Voltaire qui furent placés dans la crypte du Panthéon, ancienne basilique Sainte-Geneviève)
 



ferber denis 06/10/2010 01:47



Ah parce qu'en plus dans votre truc de pensée Dieu est OBLIGATOIRE ! Je me croyais encore dans un pays laïc ... alors dans votre liste de gens pas toujours fréquentables rajoutez donc tous les
religieux en "istes" dont les intégristes catholiques , certains qui ne jurent que contre les islamistes en font partie ce me semble !


Le jour où vous arriverez à démontrer aux Hommes Libres en quoi la pensée d'un Dieu quelconque les fait avancer et a amélioré leur vie, je ferais un effort pour regarder de ce côté. Mais pour le
moment, que Dieu soit obligatoire ou pas, cela ne reste qu'embrigadement et fariboles . Ne vous en déplaise ...



Edouard Boulogne 06/10/2010 03:10



Mon dieu, oh! pardon, mon vieux,


 


Il vous faut apprendre à lire. Car dans mon courtois commentaire à votre diatribe, je n'ai rien écrit de ce que vous prétendez y être.


Ai-je parlé d'obligation de croire en Dieu, ( ou de n'y pas croire!)?


Et que Dieu, qu'ils aient raison ou non, soit au coeur de la vie ( et une raison de vivre ) pour nombre de personnes de tous horizons politiques et culturels, de tous âges, et de tous les
niveaux culturels, de l'analphabète au prix Nobel, est un fait.


Cela dit, cette deuxième réponse est aussi ma dernière à vos approximations d'adolescent ( bien que j'ignore votre âge, mais, mentalement c'est ça )exalté pour  une sorte de religion
laïciste ( quoique je note une petite sympathie de votre part pour l'islamisme!!!).


Un conseil, soyez athée, ou tout ce que vous voudrez, mais acquérez le minimum de culture religieuse pour parler en connaissance de cause de ces questions complexes.


bonne soirée,


Le Scrutateur



Ferber denis 05/10/2010 22:58



Tant que les Hommes perdront leur temps à croire aux Dieux qu'ils se sont inventés pour ne pas trop avoir peur d'eux-mêmes, ils n'avanceront pas .


Si Dieu existait vraiment, il n'aurait pas à être trop fier de l'état de l'Humanité qu'on prétend qu'il a créé. Heureusement que tout ça n'est que fariboles pour embobiner les esprits faibles et
les manipuler sans difficulté.



Edouard Boulogne 06/10/2010 00:04



Cher lecteur libéré,


Bien que votre diatribe, explicitement, évoque en mes souvenirs le personnage d'Ivan Karamazov, ( dans l'ouvrage célèbre de Dostoïevski, cet écrivain qui n'était pas totalement désaliéné,
hélas!), c'est bien probablement, et spirituellement ( mais ce terme, dans votre logique vous paraîtra bien "faribolique", si j'ose dire) c'est donc plutôt à celui de Smerdiakov, dans le même
ouvrage, (dont l'étymologie slave est très peu charitable) qu'elle me parait devoir être rattachée. "Dieu! Dieu! dit-il ce funeste obstacle". 


Mais les lumières du XVIIIè siècle, heureusement, sont arrivées ( Voltaire, d'Holbach, Helvétius, et leur progéniture, légitime ou batarde : Lénine, Staline, Hitler, Mao, et leurs
principicules : Anatole France, Sartre, Bourdieux, Badiou, tous libérés). Leur vigoureuse autothéologie a commencé la grande désaliénation, inégalement appréciée ( Auschwitz, Le Goulag). Les
hommes sont si injustes!


Mais, ce n'est qu'un début, continuons le combat! Plus jamais, jamais ça! Continuons le combat. Grâce aux militants de la lumière ( cette phosphorescence, comme dirait M. d'Holbach) comme
vous, tous les espoirs nous sont permis.


Merci ( trois fois. "Ter", disait-on au temps des messes en latin, en marge des grands cantiques de la superstition ), pour votre généreuse autothéologie.


Bien des lecteurs ne vous comprendront peut-être pas. Pardonnez nous, nous sommes si bêtes.


Le Scrutateur.



André Derviche 05/10/2010 11:16



Hé oui ! un éclair de vérité dans un monde de mensonge. Un éclair de liberté, car la vérité vous rendra libre. Un éclair d'opportunité pour tous les Guadeloupéens, de se relier à la vérité, au
sens de leur foi, de leur existence, du don, du travail et de l'amour et de retrouver le sens de leur baptême et de leur vie. Et toute cette infusion de grâce, par la force d'images "profanes",
"marchandes" - mais rigoureusement historiques - et habités d'un souffle de vérité que seul l'Esprit saint peut animer, l'Esprit saint dont peuvent parfois se détourner les baptisés, le confirmés
et même ceux qui ont reçu le sacrement de l'ordre.


Ce film est une magistrale prise de judo que fait le Saint Esprit à Satan, à l'esprit de vanité et de haine qui habite malheureusement les sociétés qui cachent leur matérialisme derrière le
paravent de l'humanisme, un humanisme qui veut faire de l'homme le rival de Dieu et non sa créature.