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Publié par Edouard Boulogne

Carnets-d-ecriture-copie-1.jpg

 

 

Carnets d'écriture : On n'est pas des boeufs!

( Jeudi 16/08/2012 ).

 

J'écoutais les informations ce midi sur LCI.

Soudain, flash sur les « jeunes » de l'UMP, qui, nous dit-on, créeraient une sorte de petite fronde à l'intérieur du parti « conservateur ».

Cette palette de jeunes est assez large puisqu'elle englobe des gens de 21 à ...41 ans. ( à cet âge Alexandre le grand était mort depuis 8 ans déjà! ).

Que nous disent-ils? Que l'UMP est divisée ( ah? Vous le saviez, vous? ). Que les querelles de chefs sont déplorables; que les jeunes chefs ( et cheffesses ) le déplorent, et somment les vieux ( NKM, Copé, Fillon ) de se livrer, enfin! au débat des idées.

Quelles idées? J'espérais que de ses idées, à défaut d'explicitations, difficiles dans ce genre de flash ( le mot est tout un programme. Il évoque l'instantané la discontinuité, évacuant tout ce qui est vie et croissance, lesquelles impliquent le temps, la réflexion, le suivi ), nous aurions au moins l'énoncé de quelques-unes d'entre elles, quelques thèmes de ce qu'il faudrait approfondir pour ensuite le mettre en oeuvre en vue d'un redressement national.

Un visage juvénile, souriant évidemment ( «  keep smiling! Keep smiling, comme il est dit à la fin de « La 25 ème heure ». Nos jeunes ont suivi des stages de « communication, c'est évident ) nous parle de l'urgence d'être un parti moderne. Être dans le flux de « la modernité » est, assurément la préoccupation majeure des jeunes chefs, qui manifestement, à défaut d'envisager 2017, pensent déjà «  horizon 2023 ».

Moderne, modernité? Mais que veulent-ils dire exactement, ces éliacins de tréteaux électoraux?

Le public croit comprendre qu'il préfèrent l'éclairage électrique à l'éclairage au gaz, la médecine « moderne » à celle des médecins de Molière, le clavier de l'ordinateur à celui de ces machines à écrire qu'utilisaient encore, il y a 50 ans, Camus, Sartre, Anouilh, ou Marcel Aymé.

D'ailleurs nos bons jeunes gens pensent cela eux-mêmes, très probablement.

Et si modernité était chargé d'un autre sens, bien plus lourd, profond, et inquiétant.

Moderne, modernité, en tant que concernant des états d'esprits, des attitudes devant la vie, voici des concepts dont ils n'ont que faire, ces Rastignac à la sauce 2012, à l'heure de la communication rapide et de l' « efficiency » à l'américaine.

Et pourtant, c'est des effets dégradants de cette efficience sur les choses, et les êtres assimilées à de choses, maniables et manipulables à merci ( par exemple les cochons d'électeurs qu'il s'agit de se soumettre grâce aux meilleures techniques de manipulations médiatiques ou autres; « il faut considérer les faits sociaux comme des choses » disait déjà au début de l'autre siècle ce bon M. Durkheim, sociologue « moderne » et socialiste ) qu'il conviendrait de réfléchir, non pas seulement pour prendre le pouvoir, mais pour savoir comment s'en servir, et pour aller où, vers quel monde, vers quelle France?

Je songeais à ces choses là en écoutant ces bons apôtres. Car si le « moderne »est le fin mot de tout, l'on se condamne à une course effrénée, et sans fin vers... vers quoi en fait? Car, là, nous sommes dans le monde du changement ( le changement ...c'est maintenant... youppppiiieee!!! ), du changement permanent. Il s'agit surtout d'être « dans le mouvement », dans le coup, en matière politique comme en matière de possession des derniers gadgets. Ipod? Ipad? De quelle génération est le vôtre. Allons, ne rougissez pas mes petits.

Bref, la politique est envahie, possédée par la mode, par ce culte, imbécile quand on y réfléchit ( mais il faut réfléchir, de temps en temps, c'est à dire, s'arrêter.... Horreur! ) ce culte donc de la nouveauté pour la nouveauté. Êtes-vous branché? Cablé?

Cette pensée de Gustave Thibon me revient tout soudain : «  Le culte inconditionnel de la nouveauté est le plus court chemin vers l'anachronisme ». Thibon, diraient les éliacins, qui est-ce? ( pardon « qui c'est »? ). « Grand penseur, véritable humaniste, auteur d'une oeuvre profonde et magnifique ». Ah?

Hélas! Pas très utile ( pensent ces petits c...) pour faire de la politique. C'est du moins ce qu'il croient, ces « jeunots » de l'UMP, mais...les autres aussi. De leur ignorance, ils ne meurent pas tous, mais tous sont frappés.

Moderne! Modernité! voici des mots pleins d'implications que ne soupçonnent même pas les gens qui les évoquent, et qui s'en trouvent possédés, et nous avec eux hélas! pauvres citoyens ordinaires.

 

Renan, encore une vieille lune du 19ème siècle, ce qui est accablant à l'heure des programmes politiques conçus comme des défilés de modes, le plus récent ( soyons « moderne » ) chassant l'avant dernier en étant déjà phagocité, de l'intérieur par le provisoire suivant, comme dans la phantasmagorie hégélienne, Renan donc, avait en quelques mots fort bien décrit le phénomène dont nous parlons : « l'oeuvre moderne ne sera accomplie, disait-il, que quand la croyance au surnaturel, sous quelque forme que ce soit, sera détruite ».

La croyance au surnaturel, et son importance sociale et politique, est-elle au programme du « débat d'idées » de ces jeunes UMP ( et des autres ) ?

Un autre penseur ( philosophe, encore jeune, la cinquantaine ) , mais contemporain celui-là, pose clairement la définition de la modernité ( encore une citation, c'est mon petit pédantisme de professeur ) : «  L'idéal de la modernité est que toute transcendance soit supprimée en principe, c'est à dire que les normes légales imposées aux individus soient conformes au vouloir de la société, et qu'une boucle de communication parfaite relie les individus à eux-mêmes par l'intermédiaire de l'Etat ». ( In Jean-Louis Vullierme, Le concept de système politique. P.U.F)

Autrement dit, bien compris, le « moderne » est le chemin parfois sinueux, mais sûr, vers le totalitarisme.

J'aimerais bien que ces jeunes UMP soient conscients de ce que je viens d'évoquer.

Je n'en suis hélas pas sûr du tout.

Je crois que ce qui demeure vivant dans nos sociétés d'occident, et en France en particulier, refuse le nouvel esclavage, qu'avait prédit Tocqueville, et que les valeurs de la « transcendance » ( tiens! Encore un mot à définir. Ce sera, rassurez-vous, pour une autre fois ) l'emporte sur celles de l'immanence matérialiste ( de gauche comme « de droite » ).

Après tout, nous ne sommes pas des boeufs.

 

E.Boulogne. 

 

Marcel-Duchamp-Fontaine.jpg ( Ceci, cet urinoir inversé, est une des "oeuvres" programmatiques de l'art moderne."Oeuvre de Marcel Duchamp. Elle date de 1917. Récemment exposée au Centre Pompidou, elle fut l'objet d'un petit attentat. Un visiteur, lui-même "artiste", mais "post moderne" ( on est moderne ou on ne l'est pas! ) entrepris de pisser dans l'urinoir. Les organisateurs de l'expo, manque de logique! au lieu de voir en cet acte la parfaite compréhension de Marcel Duchamp, et de son inspiration la plus profonde, le refus du tout fait, le dépassement constant dans le mouvement incessant de la "modernité", vers....le nouveau, ...toujours.. euhh....neuf, se fachèrent tout rouge comme de vulgaires "réacs". L'affaire est allée au tribunal ). 

 

 

 

 

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Zamba 17/08/2012 15:13


L'artiste-pissiste ... ses initiales seraient-elles EJ par hasard ?