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Publié par Edouard Boulogne

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Benoit XVI est, presque, au terme, choisi par lui, non comme une démission, mais comme un ACTE.

Un acte qui doit être pensé, compris par le Monde. Et c'est, aussi, nous les chrétiens, en particulier les intellectuels chrétiens, le devoir d'aider à saisir la signification de cette décision.

Car, il est loin d'être certain qu'elle soit comprise pour ce qu'elle est, à la fois un acte d'humilité vraie chez un homme d'exception, et aussi, en un sens, un homme du MONDE, c'est-à-dire une personnalité qui par ses fonctions, et tout le cérémonial, les rites qui l'accompagnent, s'inscrit dans le cours de l'histoire des chefs d'Etats, des princes, et des rois.

Je suis frappé, en parcourant les articles, les commentaires de l'actualité vaticane de ces jours-ci, qui est bien plus que le traditionnel carnet mondain, davantage le palmarès de la superficialité du bavardage médiatique.

Superficialité qui est parfois le reflet de l'inconsistance intellectuelle et culturelle des « auteurs », mais qui est aussi, souvent, délibérée, impudente, pour nourrir l'incompréhension.

Il y a également le pépiement de tant d'internautes, si souvent, par exemple sur facebook, où je me rends pour prendre la température ambiante. Laquelle n'est ni torride, ni arctique, mais le plus souvent tiède et médiocre.

Une médiocrité qui est le fruit ( si j'ose ainsi dire ) du travail patient d'énucléation de toute pensée, de toute ferveur vraie, et qui est, non « la pensée du vide », mais la pensée vide, parce qu'on l'a vidée, à grands renforts de « nouvelles pédagogies », et d'émissions radio-TV nulles, viles, et avilissantes, dont le plus sûr symptôme est le désir qu'on en a, l'inconscience où l'on est de leur vacuité, et de leurs pouvoirs, le plaisir qu'en éprouvent tant et tant, à s'y vautrer comme un vulgaire DSK, dans une fange qu'on ne saurait nommer. Ah! Ces « séries » du mardi, du mercredi, à moins que ce ne soit du vendredi!

Il faut pourtant résister à la tentation de l'écoeurement, qui est consentement à la défaite de la pensée, et des vertus du coeur.

Il m'arrive d'être touché par les plaisanteries, pauvrettes, et d'ailleurs souvent inconscientes de leurs auteurs sur des actes comme celui du renoncement de Benoit XVI.

La dernière trouvaille du « syndicat du crime » est le retrait du pape sous la pression d'un lobby GAY.

L'un des relais, innocent, de cette « idée » d'un fossoyeur de « la toile », est le commentaire adressé aux copains : «  Et dire, qu'il y a une semaine, nous en plaisantions ». Sous entendu : « Et c'était bien cela. D'ailleurs, Media-Part le dit ».

L'actualité de l'Eglise, et de son rôle dans un monde sans boussole, est ainsi réduite à de vulgaires histoires ( sous-entendues ) d'alcôves aux relents moites.

Je parlais plus haut de Benoit XVI comme d'un homme d'exception.

Et il l'est, certes, par son envergure intellectuelle. Théologien philosophe, mélomane et pianiste averti, mystique aussi. Et chef d'Etat.

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Mais qu'est-ce qu'un théologien dans la civilisation des séries télévisées? Un vaticinateur plat.

Les philosophes? Ils sont trop compliqués. On ne va pas se « prendre la tête avec eux ». Et puis, question capitale dans la réplétion d'une société dite de consommation : « combien ils gagnent »? ( sic ).

Et puis un chef d'Etat? Benoit XVI? Forigoler! Un Etat de quelques hectares au coeur d'une ville à peine plus étendue que Manhatan?

Ces objecteurs à l'importance de l'Eglise ( même sur un plan purement politique ) sont de leurs temps, et ce temps est celui de la nullité confondue avec l'absolu, prise pour la suprême libération par rapport à tout idéal transcendant, par rapport à toute valeur supérieure aux caprices de nos petits « mois » que nous prenons pour l'Alpha et l'Oméga de toute l'histoire.

Ont-ils seulement entendu parler de l'importance diplomatique du Vatican dans la politique internationale? ( Voir sur ce sujet, entre autres,Histoire secrète de la diplomatie vaticane, par Eric Lebec, Albin Michel ).

Les mêmes objecteurs, souvent d'ailleurs de « bons cathos » - ( assez couillons ! ) qui veulent paraître intelligents, et se faire bien voir de ceux qui veulent seulement les détruire, - rajouteront un couplet sur le « faste » de cette Eglise qui prétend servir les pauvres, sur les habits rutilants du pape, d'une part, et la pauvreté évangélique, d'autre part. Ces ababas ( terme créole qui équivaut au français : couillon ! ) n'ont sans doute jamais pensé que l'Eglise c'est aussi des dizaines de milliers de prêtres, religieux, religieuses, laïques au service des plus pauvres, dans les hôpitaux, maladreries, au service des lépreux, des prostituées, des gens, aussi, comme vous et moi, qui sentent peser le poids de la peine des jours, de la méchanceté des uns et des autres, qui ploient sous le fardeau et qui vont chercher un réconfort auprès de ceux qui, ployant aussi, souvent, sont les représentants visibles du crucifié de Jérusalem.

Ils oublient que l'hyprocrisie peut aussi, se revêtir des oripeaux de Tartufe, même dans l'Eglise (et pas seulement chez les politiciens que l'on sait ).

Quant au Pape, et au faste vatican, ils sont les héritiers d'une culture et d'une histoire, les dépositaires d'une tradition, d'une oeuvre, d'une institution dont la puissance ( dans son ordre ) est aussi un service, le garant d'une influence, la possibilité d'une action.

Et dans l'ordre de la politique, les apparences ( Blaise Pascal en a profondément parlé ) sont une exigence et une nécessité.

Un homme comme Benoit XVI, est davantage un homme de méditation et de travail intellectuel, de prière qu'un mondain au sens futile de ce terme.

Ce genre d'homme supporte les fastes cérémoniels, le poids des lourds vêtements chamarrés, comme des charges de leurs fonctions.

Il me fait penser à ce très beau texte que j'avais noté, il y a longtemps, en 1961, d'Henry de Montherlant à propos du cardinal Jimenez : « Cette phrase si importante de l'entretien avec M. de Sacy, où il est dit que M. Singlin voulait donner à Pascal un maître qui lui enseignât les sciences, et un autre maître qui lui enseignât à les mépriser. Cette phrase me rappelle le cardinal Jimenez qui portait une robe de bure sous sa pourpre; c'est ce démenti que l'être de sagesse doit porter sans cesse en soi : le démenti que l'homme intérieur donne à l'homme extérieur ».

Je ne suis pas certain d'être compris de ceux auxquels je pense. Du moins pour l'instant.

Inscrivons toujours. On ne sait jamais. Il faut planter pour l'avenir.

 

En attendant place à l'interview du Figaro.

 

Edouard Boulogne.

 

 

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/02/13/01016-20130213ARTFIG00662-maria-vian-benoit-xvi-ne-fuit-pas-devant-les-loups.php

 

 

INTERVIEW - En exclusivité pourLe Figaro, le directeur de l'Osservatore Romano, Giovanni Maria Vian, un laïc, professeur d'université nommé à ce poste par Benoît XVI, explique les raisons profondes qui ont poussé le Pape à donner sa démission.

LE FIGARO.- Quand Benoît XVI a-t-il pris la décision de démissionner?

Giovanni Maria VIAN. - En aucune manière le cardinal Joseph Ratzinger n'a cherché à se faire élire pape en 2005. Ce conclave fut l'un des plus brefs de l'histoire, sinon le plus court. Il a duré moins de vingt heures. Cela signifie que le conclave le plus nombreux de l'histoire a élu à une majorité des deux tiers, et peut-être plus, le Pape actuel. Cette rapidité indique que la volonté des cardinaux de le voir élu était limpide. Et celui qui devenait alors Benoît XVI contre son gré n'a d'ailleurs rien caché du choc qu'il a alors ressenti. Celui qui avait été pendant presque vingt-cinq ans en responsabilité d'un des postes les plus importants de la curie romaine, préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, il n'aspirait qu'à une chose - il avait alors 78 ans -, partir à la retraite… Il a dû se soumettre à la puissance de ce vote qu'il a interprété comme exprimant la volonté de Dieu.

Cela n'explique pas pour autant sa démission?

Le droit canonique prévoit le cas de la démission du pape. C'est une éventualité exceptionnellement pratiquée mais possible. Savez-vous qu'elle a été très sérieusement envisagée par Pie XII pour raison de guerre, par Jean XXIII et Jean-Paul II pour raison de santé mais aussi par Paul VI qui ne voulait pas encombrer l'Église avec sa vieillesse. Paul VI a prié intensément pour que Dieu lui donne la grâce de mourir en fonction et il est mort à l'improviste…

Mais entre l'hypothèse d'une démission et l'acte de démission, il y a un pas, Benoît XVI l'a franchi, lui, pourquoi?

Le poids de la charge est énorme. Personne ne peut mesurer ce que cela représente vraiment… Et si je viens de rappeler les circonstances de son élection, c'est parce qu'il est évident que Benoît XVI a pensé à la possibilité de démissionner dès le début de son pontificat.

Dès son élection…

Benoît XVI pense profondément que la vie de tout homme est gouvernée par Dieu et par son amour. S'il est appelé par Dieu, l'homme doit donc être attentif à la volonté du Seigneur. Son pontificat est comme arrivé à maturité. Sa durée, presque huit ans, est dans la moyenne des pontificats. Trois jours avant d'annoncer sa décision il a rencontré les séminaristes de Rome. Il a improvisé devant eux pendant une demi-heure pour leur dire notamment: l'Église ne cesse de mourir et de renaître. Sa démission doit donc se lire dans cette perspective.

Cette démission ne serait-elle pas une forme de fuite après une année terrible au Vatican?

Benoît XVI ne fuit pas devant les loups. Il ne s'échappe pas. Il ne descend pas non plus de la croix.

Les loups? Qui sont-ils?

Les loups sont partout. Il y en a dans le monde, à l'intérieur de l'Église et à l'intérieur de l'homme lui-même. C'est le péché. En plus, Benoît XVI n'a jamais voulu se mettre en évidence. À Sydney, lors de Journées mondiales de la jeunesse il avait été acclamé comme une star. Mais il était très réticent. Il a d'ailleurs répondu: «le pape n'est pas une rock star».

Que voulez-vous dire en affirmant qu'il ne descend pas de la croix?

Benoît XVI se perçoit plus comme Simon de Cyrène, celui qui est appelé pour aider à porter la croix que supporte le Christ. Il a déjà dit qu'il y a de «grand papes» et des «papes plus petits». Lui, ne s'identifie pas à l'image d'un grand pape. C'est un homme humble. Son départ n'est donc pas un abandon pour lui, mais une autre façon de continuer à remplir sa mission particulière. D'ailleurs en terme de croix, elles n'ont pas manqué au cours de ces huit années… Il faut donc relire ce qu'il a dit lundi 11 février. Je le résumerais ainsi: «j'aurais pu continuer à assumer cette charge mais pas à la façon dont je conçois le service de cette haute fonction».

Mais quand a-t-il pris sa décision?

En avril 2012, ou début mai, après le voyage au Mexique et à Cuba.

A-t-il été influencé par l'affaire VatiLeaks?

En aucune manière. Il a pris cette décision parce qu'il se sentait trop fatigué. Et s'il y a une chose que cet homme aimable et paisible n'accepte pas c'est de prendre une décision dictée par des pressions extérieures. Et puis l'affaire des prêtres pédophiles a été pour lui beaucoup plus lourde à supporter. Les deux affaires que vous mentionnez n'ont pas impressionné outre mesure celui qui connaît la curie de l'intérieur depuis plus de trente ans maintenant.

Comment un tel secret a-t-il pu être gardé si longtemps?

Très peu de personnes étaient informées: une poignée au début et moins d'une dizaine à la fin, avant l'annonce.

A-t-il hésité à prendre cette décision?

Un prélat ce matin me résumait effectivement ce sentiment avec une formule très juste: il parlait d'un «deuil blanc». Mais Benoît XVI connaît trop bien l'histoire de l'Église et la théologie pour savoir toute l'importance de ce geste qui est dans la ligne même d'une Église qui avance toujours en se réformant. Son geste est audacieux mais il montre aussi sa cohérence: il s'est toujours considéré au service, et pense qu'il ne faut pas s'attacher à une fonction. Il change simplement sa façon de servir et l'Église continue à avancer.

Ce «conservateur» est-il, par ce geste, un «réformateur»?

Il est vrai que Benoît XVI est d'une certaine manière le «dernier» pape du concile Vatican II, c'est-à-dire, l'ayant lui-même vécu. Mais une vision «politique» de la réforme évoquée par votre question ne serait pas la sienne. Pour lui l'essentiel de l'Église n'est pas dans sa structure mais dans le cœur des chrétiens. La seule réforme qui vaille donc est celle de la conversion. Si la réforme intérieure de chaque chrétien est authentique alors l'Église renaît en permanence et elle porte son fruit pour le monde.

LIRE AUSSI:

» Rome à l'heure des questions après la déclaration du Pape

» Les défaites et les victoires de Benoît XVI

» L'humilité d'un pape 

Par Jean-Marie Guénois

 

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Ch ETZOL 27/02/2013 00:03


merci au scrutateur de montrer l'importance de l'institution mais aussi la grandeur de l'homme intérieur. Merci à nos papes d'être les phares qui restent fermes et  qui nous
rappellent inlassablement l'enseignement de la Bible pour que nous restions vigilants et fidèles, devant toutes les tentations du Mal en ce monde. Si la civilisation occidentale peut
paraître menacée, n'est-ce pas parce qu'elle-même a "oublié les promesses de son baptême" ?

CH.FFRENCH 26/02/2013 16:54


C'est une phrase d'André Frossard, ami du pape Jean-Paul II : "L'Eglise, c'est comme une vielle dame, qui veut rester dans la grande et belle maison où elle a vécue toute sa vie, au milieu de ses
souvenirs", il y a peut-être des bijoux de grands prix, de l'argenterie, des fourures et que sais-je encore, mais qui ne servent plus.


Pour les cérémonies, il suffit justement de ces beaux habits, quelques cierges, ciboires calices en or que l'on sort de coffres, et que l'on installe sur de belles nappes brodées, parfois par les
Reines, ou quelque dames de la noblesse.


Ce n'est pas pour cela que l'Eglise roule sur l'or!