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Publié par Edouard Boulogne

Le vacarme causé par l'affaire dite des « quenelles » suscite chez nombre de nos lecteurs, notamment ceux qui lisent Le Scrutateur sur facebook, un intérêt passionné, et à mon avis, excessif.

J'ai en tête un projet d'article qui devrait paraître d'ici un à deux jours, et qui tentera de situer le phénomène dans le cadre plus général de la crise de société que nous traversons, où une subversion redoutable, orchestrée parfois jusqu'aux sommets de l'Etat, transforme un fait, en lui-même mineur, et dérisoire, en secousse sismique.

En attendant, je vous propose la lecture de l'interview donnée à notre confrère Boulevard Voltaire, par un écrivain et philosophe Alain de Benoist.

Ce dernier a été le leader d'un mouvement de réflexion créé, à la fin des années 70, et qui connut son apogée dans les années 1980, avant d'être victime d'une censure active et vigilante, des mêmes qui, aujourd'hui poursuivent, à tort ou à raison Dieudonné, lequel n'a pas la moindre accointance avec de Benoist.

J'ai choisi pour illustrer cet article une photographie du prince Williams, faisant une quenelle. Comme en Grande Bretagne être prince héritier n'est pas une sinécure, mais une responsabilité, que les gestes des membres de la famille engagent la couronne britannique, par delà leurs personnes individuelles, je suis porté à croire que ce geste est la réponse britannique au geste de solidarité de Nicolas Anelka, à son camarade Dieudonné.

Autrement dit, s'il n'est pas question de justifier les excès dudit Dieudonné, il est permis de croire que la meilleure des réponses eut été de les banaliser en les noyant dans un flot de quenelles, à tout propos, comme de vulgaires bras d'honneur. Les gardiens de l'orthodoxie dite « humaniste » ( en fait d'une gauche qui se drape de morale, là où elle a le moins à voir ) en France ont choisi le scandale, et l'esprit de sérieux.

Comme « l'humoriste » Dieudonné inscrit ses actes dans une perspective antisémite difficilement acceptable, voici la subversion roulant ses flots épais et troublant l'ordre public, avec pour chef d'orchestre Manuel Valls, ministre de l'intérieur. J'y reviendrai, je l'ai dit.

Pour l'instant lisons ce que M. De Benoist nous dit, et qui exprime son point de vue, souvent judicieux, mais pas, pour autant, celui du Scrutateur.

 

E.Boulogne.

 






 

Prince-Williams-faisant-une-quenelle-jpg

 

http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/la-liberte-de-sexprimer-et-de-rire-ne-se-partage-pas,45982

 

Entretien avec Alain de Benoist
La liberté de s’exprimer et de rire ne se partage pas !

 

Le 3 janvier 2014

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.

Les médias s’excitent sur le phénomène Dieudonné, l’artiste qui a vendu le plus de billets en 2012. D’ailleurs, est-ce que monsieur M’Bala M’Bala vous fait rire ?

Parfois, pas toujours. Je dois dire que ma conception de l’humour se situe quelque part entre Buster Keaton et Raymond Devos. Les comédies me font rarement rire, et je déteste Louis de Funès. Le style pamphlétaire me fatigue vite, lui aussi. Cela dit, Dieudonné a du talent. Il n’a pas de mal à surclasser les autres humoristes actuels, qui sont presque tous nuls. Facteur aggravant : il a du succès et ses partisans, qui sont en majorité « hors système », ne sont pas du genre à se laisser intimider.

Mais savoir ce que l’on pense de Dieudonné est tout à fait secondaire par rapport au projet de Manuel Valls de l’empêcher « dans le cadre de la loi » de s’exprimer. La seule vraie question qui est en cause est évidemment, comme d’habitude, celle de la liberté d’expression. Dans Le Nouvel Observateur, Laurent Joffrin, coutumier du genre, expliquait récemment que la liberté d’expression a des limites. La démocratie ne saurait accepter que s’expriment des opinions antidémocratiques. On pourrait dire aussi que sous le nazisme, toutes les opinions étaient admises à condition de ne pas être antinazies, sous les régimes communistes qu’elles étaient toutes autorisées à condition de ne pas être anticommunistes, etc. De ce point de vue, la démocratie selon Laurent Joffrin ne me paraît pas représenter un grand progrès. Je crois au contraire que la liberté d’expression n’a de sens que pour autant qu’elle est indivisible, et qu’en matière d’opinions, elle ne tolère par principe aucune dérogation. La liberté d’expression – faut-il le rappeler ? – n’a pas pour vocation de protéger les opinions convenables ou consensuelles, et moins encore celles qu’on partage ou qu’on approuve, mais au contraire celles qui nous choquent et que nous trouvons détestables. Voltaire se disait prêt à mourir pour permettre à ses adversaires de s’exprimer. C’est cette phrase qui a inspiré les fondateurs de Boulevard Voltaire(mais visiblement pas les aboyeurs de commentaires).

Les mêmes médias n’en finissent plus de célébrer le culte de Pierre Desproges et de Coluche, alors que la plupart de leurs sketches seraient aujourd’hui censurés, pour racisme notamment…

Il ne fait pas de doute que Dieudonné tient souvent des propos qu’on peut considérer comme inacceptables, voire odieux. Ceux qui s’indignent des caricatures de Mahomet les considèrent elles aussi comme inacceptables, voire odieuses. Pour tout un chacun, il y a des choses inacceptables, voire odieuses. Toute la question est de savoir si le fait de blesser gravement les sentiments ou les convictions d’une catégorie de personnes justifie une interdiction. La perception subjective que l’on se fait d’une opinion peut-elle constituer le fondement de la loi ? Si l’on estime que Dieudonné blasphème, ne faut-il pas considérer plutôt que le droit au blasphème ne se partage pas ?

L’idéologie dominante a su tourner la difficulté grâce à une invention remarquable : pour faire disparaître les opinions détestables (il y en a), il suffit de décréter qu’elles ne sont plus des opinions mais des délits. Il suffisait d’y penser. Mais a-t-on bien mesuré les conséquences ? D’abord, on crée un abominable refoulé, que l’on se condamne à voir exploser un jour ou l’autre sous une forme elle aussi abominable (plus on pourchassera le « sexisme », plus il y aura de femmes battues ; plus on dénoncera « l’homophobie », plus se multiplieront les « ratonnades de pédés »). Serait-ce l’effet recherché par ceux qui sont tentés de « gouverner par le chaos » ? Ensuite, on introduit une distinction désastreuse entre des groupes protégés, bénéficiant grâce à la loi d’une sorte de statut privilégié les immunisant contre les critiques dont ils pourraient faire l’objet, et des groupes non protégés, dès lors fondés à dénoncer cette nouvelle discrimination. Situation malsaine.

Et toujours la même rengaine : on peut rire de tout, mais pas de n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. Et surtout, l’esprit de dérision permanente, incarné par les Guignols de l’info – pour ne citer qu’eux –, ne serait-il pas mortifère à long terme, les hommes politiques étant résumés à de simples marionnettes en latex ?

Le rire implique la connivence et peut avoir un effet cathartique. Je pense que dans une société normale on devrait pouvoir rire de tout, de n’importe quoi et avec n’importe qui. Des mecs et des nanas, des Blacks et des Toubabs, des juifs et des goyim, des homos et des hétéros, des Amerloques et des Ritals, des Boches, des Gaulois et des Espingouins. Pas de discrimination ! Mais bien entendu, nul n’est obligé de trouver ça drôle. L’esprit de dérision auquel vous faites allusion est autre chose. Au-delà de ce qu’elles peuvent dire des hommes politiques actuels, qu’on a d’autant moins envie de défendre qu’ils font eux-mêmes preuve d’une incroyable complaisance envers leurs caricatures, les émissions du type des Guignols de l’info contribuent de manière incontestable à ridiculiser la chose publique, à désacraliser ce qu’il peut rester de sacré dans l’exercice du pouvoir. Certes, les politiciens actuels méritent rarement le respect, mais en les tournant tous en dérision, on décrédibilise aussi les fonctions et les institutions qu’ils représentent. L’esprit de dérision systématique est un poison de la vie sociale. Les « petits malins à qui on ne la fait pas », qui ne sont émus par rien, qui ne respectent rien, pour qui rien ne saurait être noble ou sacré, cachent leur impuissance derrière leur cynisme. Ils avouent par là même qu’ils ne sont pas grand-chose.

 

 

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