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Publié par Edouard Boulogne

 

AMEDEE DETRAUX : Un visionnaire et un stratège.


( Je publie ce texte que Louis Dessout m'envoie en même temps qu' au journal Sept Magazine.
Avec d'autant plus de plaisir, que j'ai bien connu  Amédée Detraux qui, avec ses parents, était mon voisin, légèrement plus jeune que moi,  rue François Arago à Pointe-à-Pitre. EB).

 (  A gauche, et de face, Amédée Detraux. A droite, et de profil, le "spécialiste sportif" du journal Guadeloupe 2000. Nous sommes au coeur des évènements dont parle Louis Dessout ).

En cette année 2009, Le 26 du mois juillet, à l’occasion de la première journée des championnats de France sur piste, le vélodrome de Gourde Liane a été baptisé « 
Vélodrome Amédée DETRAUX ». C’était aussi le jour du décès, de Monsieur Venant BASILEU, premier directeur du CREPS Antilles-Guyane, de La Guadeloupe. Notre mémorialiste sportif, Jean CHOMEREAU-LAMOTTE, dans 7-MAG, en a décrypté la symbolique. Puisqu’en 1964, à l’issue d’une exhibition de Jacques ANQUETIL, Raphaël GEMINIANI et Jean STABLINSKY, sur la piste d’entrainement entourant le terrain de foot du CREPS, Venant BASILEU formulait le vœu de la création d’un vélodrome, pour la formation de pistards guadeloupéens. Amédée, notre premier pistard a contribué à exaucer ce vœu.

En ce 5 décembre 2009, 10 ans après sa mort, les amis d’Amédée DETRAUX ont souhaité se réunir dans ce vélodrome de Baie-Mahault qui porte son nom, afin d’honorer sa mémoire et exprimer leur gratitude au Comité Régional.

Au nom de l’association pour la promotion du cyclisme antillais (APROCA) qu’il a créée en 1977, il me revient la délicate tâche, en tant que Secrétaire Général, de lui rendre un dernier hommage, avant de procéder à la dissolution de l’APROCA.

Car désormais, depuis le 19 novembre 1977, il y aura dans l’histoire du cyclisme antillais, un avant et un après l’APROCA.

Comme tous ceux qui ont connu Amédée, je garde un souvenir très fort et peu banal de notre première rencontre.

C’était il y a 37 ans à la Barbade, pendant les fêtes de Pâques de 1972, l’année des JO de Berlin. En vue de la participation des pays de la Caraïbe, des épreuves cyclistes éliminatoires y étaient organisées, auxquelles Amédée et Rosuel DOUSSAINT ont pu participer, grâce à l’équipement trouvé sur place et offert par un généreux mécène.

  • En 1975, Avocat à Paris, je retrouve Amédée !

Quand il me révèle la richesse de son réseau relationnel dans le milieu sportif et la Presse, je finis par me laisser convaincre de le conseiller pour le cyclisme. Son charisme naturel allié à son passage au bataillon de Joinville où il rencontre de 1966 à 1967 Alain PAULINE et Bernard THEVENET sont les clefs de son succès. Il m’explique :

  • ses relations privilégiées au sein de l’US Créteil avec Roger LEJEUNE, âgé aujourd’hui de 90 ans.

  • Sa connaissance du cyclisme Guadeloupéen,

  • son admiration de champion pour le calme et la grande classe d’Alain PAULINE, ainsi que pour l’impressionnante force mentale de Saturnin MOLIA. C’est surtout, à partir de son évaluation du gigantesque potentiel athlétique du cyclisme Antillais, qu’il me fait part de sa vision et de sa stratégie pour promouvoir la discipline sportive la plus populaire de la Guadeloupe.


Amédée Le Visionnaire

Amédée est avant tout un pistard qui s’est exprimé en particulier sur la piste de la Cipale où il fut chaperonné par son grand-père. Il estime également qu’il peut aider le comité régional à élargir son horizon à la piste, en construisant un vélodrome pour y accueillir des professionnels internationaux. Cette nouvelle orientation pourrait générer des ressources, promouvoir le cyclisme antillais et le professionnaliser.


Le Comité Régional


Amédée tient à émanciper et convaincre le comité sans qui rien ne peut se réaliser. C’est ainsi qu’il rencontre Fred IBALOT, Paulin CHIPOTEL, Eloi FORSTIN qui cautionnent sa vision de la construction d’un vélodrome. Cet outil permettra d’évaluer et d’améliorer les performances de nos champions. En outre, ils échapperaient, enfin, au tête-à-tête particulier et réducteur avec leurs principaux sponsors : les municipalités.


Le circuit prémisse du vélodrome,


Instruit par l’expérience de sa participation au Tour de La Guadeloupe, Amédée souhaite sortir de la logique des courses patronales et populariser les courses en circuits, prémisses du vélodrome. La municipalité du Moule conduite par Henri BEAUJEAN autorise un circuit reliant la rue Saint-Jean, le blvd De Gaulle, la rue Duchassaing, le blvd Rougé et la rue Sainte-Anne.

Un dispositif sanitaire et de sécurité, sans précédent, est rassemblé avec les pompiers, la Croix Rouge et la gendarmerie.


Une course open.


Amédée propose la réalisation d’un rêve insensé pour l’imagination guadeloupéenne. Une première mondiale : le déplacement annuel à la Guadeloupe, hors du continent européen, des meilleurs professionnels mondiaux, dans le cadre d’une course open qui permettra aux amateurs guadeloupéens de se mesurer à eux. Il s’agit alors d’Eddy MERCKX, Bernard HINAULT, Luis OCANA, Francesco MOSER, Bernard THÉVENET, Patrick SERCU, etc. Bref le gotha du cyclisme mondial face aux amateurs guadeloupéens.


La promotion du cyclisme Antillais


Le cyclisme étant le sport le plus populaire à la Guadeloupe, il veut contribuer à sa promotion en inscrivant cette manifestation dans le calendrier international. L’intersaison (Octobre/Novembre) lui semble la période la plus appropriée afin de profiter de la disponibilité des professionnels et de la basse saison touristique qui diminue les frais de transport et d’hébergement.


Professionnaliser les Antillais


Deux axes :

- en attendant la construction du vélodrome, constituer une équipe de pistards antillais, qui participerait en Europe, comme lui ou avec lui aux six jours de Hollande, de Belgique et d’Allemagne. - le vélodrome construit, y organiser sur le modèle Japonais un PMU cycliste.

Pour réaliser cette ambition, Amédée le visionnaire a une stratégie.

Amédée Le Stratège

  • Notre stratège privilégie 5 cibles :

  • relancer la construction d’un vélodrome,

  • créer l’APROCA

  • appuyer techniquement et financièrement le comité,

  • concrétiser son rêve guadeloupéen d’un plateau international en choisissant chaque année un circuit différent

  • et enfin trouver un financement régulier.


Le vélodrome


Il découvre que le conseil municipal du Gosier bien que ne disposant pas de terrain, a voté le 26 janvier 1973, la modification d’une délibération du 24 novembre 1972, confiant l’étude d’un vélodrome à la SERI (filiale ingénierie de Renault). Cette étude bénéficiait déjà d’une subvention du secrétariat d’état à la Jeunesse et aux sports (Joseph COMITI) et y était supervisée par Roger BAMBUCK, cadre à la SERI. Elle a été réalisée, mais n’a pas été payée. Il convient alors, de débloquer et relancer le dossier, d’où la création de l’APROCA.


L’APROCA


Pour organiser et valider son action, AMÉDÉE décide de créer l’APROCA. Le journal officiel de la République Française du 5 septembre 1977, mentionne sa création en date 16 août, et son siège à mon domicile parisien de l’époque, au 68 rue de Vaugirard, dans le 6ème arrondissement.

Les membres fondateurs signataires des statuts sont :

  • Amédée DETRAUX, Gérant de société : Président 

  • Claude MALEJAC, Ingénieur : Trésorier,

  • Louis DESSOUT, Avocat : Secrétaire Général,

  • René CAZIMIR-JEANON, Membre et représentant à la Guadeloupe

Journaliste à France-Antilles, pour la sensibilisation de l’opinion locale.

Ce bureau sera renforcé par la suite par :

- Jean COURT, Président d’honneur - Christian NESTY, Secrétaire Général Adjoint

- Marcellus NUBRET, Trésorier Adjoint.


Jean COURT bénéficie d’une grande notoriété dans le milieu cycliste international, il représente la FFC et/ou l’Union Cycliste International (UCI) dans l’accomplissement de ses fonctions de commissaire de course. Pendant plus de 10 ans, il a participé à l’organisation du Tour de France en secondant Félix LEVITAN et Jacques GODDET, principalement au titre de président du jury international. Le Moulien Christian NESTY facilite l’accès et la liaison avec les sponsors guadeloupéens notamment : - PEUGEOT Auto-Guadeloupe et le groupe LORET,

- la librairie Antillaise et la Redoute. C’est Jean Court, qui a délivré l’homologation internationale de l’anneau de vitesse du vélodrome, au nom de la FFC et de l’UCI. Toujours grâce à Jean COURT en 1980 et 1981, Saturnin MOLIA et Romain GUEPPOIS puis Humbert ARISTEE et Pierre ALBINA sont invités à participer au Tour de la Nouvelle Calédonie, en compagnie de l’entraîneur Pierre André, par Rémy Le Goff alors président du comité organisateur.

( Louis Dessout, à la même époque ).



La garantie contractuelle de la participation des Professionnels


Une fois encore, le réseau relationnel de Jean COURT permet d’établir le contact avec la Belgique donc avec Eddy MERCKX. Mais c’est le génie d’Amédée qui permet d’emporter le morceau. Faute de moyens financiers pour le cachet des pros, Amédée leurs propose directement et personnellement la prise en charge de leurs frais de déplacement et d’hébergement, au soleil de la Guadeloupe, en plein automne, pour eux et leur épouse.


Au dernier moment MERCKX demande des garanties sur l’état sanitaire de la Guadeloupe. C’est alors le branle-bas de combat pour sauver l’opération. Amédée me demande de lui trouver un médecin à Paris connaissant la Guadeloupe et qui accepterait de l’accompagner gratuitement pendant une journée à Bruxelles, pour régler cette dernière difficulté. Mon médecin familial à Paris, Gérard PAJANIANDY, qui a exercé auparavant à Pointe-à-Pitre, accepte le challenge. Souffrant d’un lumbago, allongé sur la banquette arrière de ma voiture, il nous accompagne à Bruxelles. Gérard est le fils d’un de nos tous premiers champions cyclistes, Robert PAJANIANDY-MARIEPIN et un fidèle lecteur de l’Equipe où il a pris connaissance de notre projet. En cours de route, Amédée me fait part avec humour, des racines belges de son père. Arrivés au domicile de MERCKX nous découvrons un homme habité par le syndrome de Fausto Coppi, son modèle, qu’il rêve de dépasser mais sans finir comme lui, foudroyé à son retour de la Haute-Volta (Burkina-Faso), par un mystérieux virus. Gérard rassure son confrère Belge mais pas MERCKX. Amédée a un éclair de génie, du à sa connaissance de la psychologie de l’athlète de haut niveau qu’il a été. C’était le soir, une légère collation nous avait été servie. Tout au fond du vaste salon, Amédée observe la relation complice et confiante entre l’épouse du médecin et celle de MERCKX. Tout d’un coup, à notre grande surprise Amédée sort son joker. Fort de la présence de son avocat et de son médecin, il demande au médecin Belge s’il accepte d’accompagner Eddy MERCKX avec son épouse. Assisté par Gérard PAJANIANDY, médecin français, il serait chargé de vérifier à la Guadeloupe les conditions sanitaires des repas, boissons et baignades. Le médecin Belge accepte son offre, Eddy MERCKX est rassuré et nous retournons à Paris avec notre contrat signé.


 (La photo n'est pas fameuse - Le cyclone Hugo est passé par là. Mais elle montre Eddy Merckx, à Grandcamp, avec à ses côtés le spécialiste sportif de Guadeloupe 2000, qui aurait battu le champion, non à velo, mais à la dégustation de tis punchs!).

Le financement


Mais l’essentiel reste à faire, financer la logistique de ce déplacement auquel s’ajoutent ces quatre nouveaux passagers. Or, le spectacle sera gratuit. C’est là qu’intervient un autre guadeloupéen : Ariste SIDANBAROM, Président local du syndicat national des agents de voyages. Il nous fait confiance en nous introduisant auprès du Président National Monsieur FOULATIERE. Une des agences de son groupement, dirigée par Mme BRILLANT, nous assiste et nous conseille pour obtenir les meilleures conditions de transport et d’hébergement. Mais cela reste insuffisant. Les sponsors démarchés par Christian NESTY, nous permettent d’assurer, in-extrémis, l’équilibre de notre manifestation.

Le Comité Régional découvre et apprécie le savoir-faire de Christian. Par la suite, l’organisation du Tour de la Guadeloupe change aussi de braquet.

En terminant, je vous laisse à nos souvenirs de cette marée humaine déferlant dès 5 heures du matin sur le Moule. 60.000 guadeloupéens enthousiastes assistent le 19 novembre 1977, à cette première mondiale à la Guadeloupe qui se renouvellera à Gosier, Capesterre, Saint-François : une course open entre les amateurs guadeloupéens et les plus grands champions de la planète.

Le classement est le suivant : Francesco MOSER et Eddy MERCKX sont 1er ex-æquo, Merckx ayant remporté la première manche est déclaré vainqueur, suivent dans l’ordre des points Patrick SERCU et Bernard THEVENET. Le premier guadeloupéen est la révélation de l’USL Rosambert PHAAN.


43 ans ont permis de réaliser le vœu de Venant BASILEU.

32 ans après la manifestation du Moule, le vélodrome existe.

Mais Amédée nous a malheureusement quitté, il y a 10 ans.

C’est la raison de cette cérémonie du souvenir, au vélodrome qui porte désormais son nom et de la signature, à Baie-Mahault du procès-verbal de dissolution de l’APROCA.


Louis DESSOUT

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BEN 24/04/2013 18:57


super ce champion top vite oublié !


Bernard HINAULT a-t-il couru en Guadeloupe pour L'APROCA ou autres?


Merci pour la réponse!

Edouard Boulogne 24/04/2013 19:31



Je réponds à votre question par un court article sur Le Scrutateur.