Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Edouard Boulogne

alsace.gif

Grosse publicité pour le referendum qui, en Alsace, statuera, ce dimanche sur la réforme institutionnelle. On sait que nous sommes, en Guadeloupe contre une « réforme » analogue chez nous, et dès demain Le Scrutateur reviendra sur les raisons que nous avons, financières, politiques, de nous y opposer, avec deux personnalités, l'une «  de droite », l'autre «  de gauche » ( socialiste ).

En ce qui me concerne, je ne suis pas opposé, par principe à toute réforme institutionnelle. Le monde évolue, et pour prendre une analogie, refuser le changement « par principe » équivaudrait à vouloir maintenir, aujourd'hui, le code de la route des années 1800, le temps des diligences, et des fiacres.

Je suis, en revanche, comme une très large majorité des Guadeloupéens opposé à une réforme statutaire qui nous ferait sortir du statut d'assimilation législative, instauré par la départementalisation en 1946.

Je le suis, - nous le sommes, - parce que les partisans d'une telle évolution, sont en réalité des partisans d'une rupture avec notre patrie, la France, pour des raisons que la raison réprouve.

Pour nous rassurer, des élus, des « intellectuels » acquis aux thèses séparatistes, mais sachant l'opposition populaire à leur lubie institutionnelle, nous présentent un changement statutaire comme une simple réforme pratique, tendant à rationaliser la vie administrative de notre département- région.

Chacun sait qu'il n'en est rien. J'ignore ce que je voterais, si j'étais un Français d'Alsace, connaissant mal les problèmes de cette région.

Mais Français de Guadeloupe, je voterais NON à tout referendum tendant à un changement statutaire en Guadeloupe.

Car, tout dans le discours de propagande de nos « réformateurs » séparatistes trahit leur intention profonde. D'abord l'accent identitaire « séparatiste » de leur discours, inlassablement répété, et en particulier sur les ondes de Guadeloupe-Première, sous tous les prétextes, quasiment tous les jours, et plusieurs fois par jour.

  • le thème de l'esclavage fondateur ( disent-ils ) de notre identité, fouaillement de vieux complexes chez ces gens là, complexes qu'ils voudraient refiler à l'ensemble de la population, excitateur pour les uns, inhibiteur pour d'autres.

  • Tout leur est prétexte à soulager leurs âmes malheureuses et chagrines, tous incidents, même les plus éloignés de toutes considérations politiques. Ainsi, l'accident aérien de 1962, qui vit s'écraser à Deshaies un Boïng 707, ( plus d'une centaine de morts ) est l'objet, chaque année, de commémoration par nos séparatistes. Deux de leurs leaders de cette époque, ayant figuré parmi les victimes, il est suggéré que c'est « l'Etat Français » qui aurait sabordé l'avion pour se débarrasser de ces gêneurs. Cette semaine, à deux reprises, et encore ce soir ( 05 avril ) des reportages ont été consacrés à ce « crime » supposé. ( voir le lien suivant pour plus détails, et un traitement rationnel de ces divagations : ( Le crash de Deshaies en Guadeloupe : http://www.lescrutateur.com/article-a-propos-de-la-commemoration-du-crach-du-22-juin-1962-a-deshaies-par-madeleine-sergent-107301415.html ).

     

  • Le thème de la fédération caraïbe : «  nou pa fwancé, nous cé kawibéiens ». Ce qui prête à rire, quand on pense à l'incapacité de s'entendre entre Martiniquais et Guadeloupéens, quand on pense à l'arriération économique et technique de nos voisins Dominicais, Haïtiens, Jamaïcains, etc, et à la diversité des langues, ( anglais, français, espagnol, néerlandais ). Et, de plus, il doit être permis de dire que le créole n'est pas une langue très évoluée ( à peine quelques milliers de mots ) même si, comme au Scrutateur, nous souhaitons vivement que cette langue populaire soit préservée, et étudiée. Par ailleurs, le créole lui-même dont l'origine est européenne ( les premiers colons originaires de la métropole qui la créèrent de toutes pièces à partir de leurs parlers régionaux, principalement du nord-ouest de la France ) n'est parlé que dans les îles qui sont ou qui furent française; La Guadeloupe, la Martinique, Haïti, Ste Lucie, et, un peu la Dominique ( mais pas Cuba, la Jamaïque, Porto Rico, etc ).

     

    En définitive, toute réforme est entravée par l'idéologie séparatiste de ces gens là.

 

L'Alsace aussi, a une forte identité. Un Alsacien, invité à s'exprimer sur le projet concernant sa région, le rappelle, avec humour : « nous avons plus de rigueur que les autres Français , sans doute par ce que nous avons conservé de nos anciennes influences germaniques ».

Certes! Il y a des « indépendantistes » alsaciens, mais ils de l'ordre du folklore. Les nôtres, en Guadeloupe, sont certes une petite minorité. Mais elle est virulente, violente, sauvage et irréfléchie, comme on a pu le voir encore en 2009, quand ils ont saccagé le département pendant plus d'un mois.

Gwadlopéyens pa vlé yo  ( « les Guadeloupéens n'en veulent pas » ). Mais leur capacité de nuisance est redoutable, d'autant plus qu'elle rencontre en Europe la complicité de groupes politiques, à droite comme à gauche, qui pour des raisons certes diverses, leur apportent leur concours.
Ce n'est pas un hasard si M. Mélanchon, préconise le NON à la réforme proposée pour l''Alsace, au nom de l'unité nationale qui serait menacée, mais favorable à la même réforme pour l'outre mer, et notamment la Guadeloupe.

Pour conclure revenons à l'Alsace. En 1964 et 1965, je fis deux séjours, dans le Bas-Rhin, à quelques kilomètres de Haguenau, chez des amis de mon âge qui m'avaient invité pour les vacances de Noël. Je pus vérifier ce que m'avait déjà appris l'école, à savoir l'ardent patriotisme français de ces compatriotes pourtant très typés.

Des années avant, en classe de septième ( CM II ), j'avais déjà appris les conditions de la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine en 1870, suite de la défaite de la France dans une guerre contre la Prusse. Le traumatisme de cette perte de souveraineté avait été immense en France, et dans la province perdue.

Les enfants des écoles, dans toute la France, et donc en Guadeloupe, lisaient, et commentaient un texte, alors, et justement, célèbre d'Alphonse Daudet : La dernière classe.

Ce texte sera le deuxième des trois liens qui suivent ( le premier renvoie à un article du Point, sur le projet de réforme en Alsace ).

Le troisième lien sera la lecture, illustrée de cette même lettre, émouvante, et colorée, puisqu'elle est lue par...Fernandel, avec un accent plus marseillais, que germanique.

Bonne lecture, bonne écoute.

 

Edouard Boulogne.

 

 

( I ) Réforme régionale en Alsace ? : http://www.lepoint.fr/societe/en-alsace-un-referendum-pour-une-reforme-regionale-inedite-06-04-2013-1651060_23.php

 

( II ) La dernière classe par Alphonse Daudet :

 

( III ) La dernière classe lue par Fernandel : http://www.youtube.com/watch?v=3Tpe_PbRiTc

 

 

"La Dernière Classe," by Alphonse Daudet
annotated by Zakaria Fatih

Ce matin-là j'étais très en retard pour aller à l'école, et j'avais grand-peur d'être grondé, d'autant que M. Hamel nous avait dit qu'il nous interrogerait sur les participes, et je n'en savais pas le premier mot. Un moment l'idée me vintde manquer la classe et de prendre ma course à travers champs.

Le temps était si chaud, si clair.

On entendait les merles siffler à la lisière du bois, et dans le pré Rippertderrière la scierie, les Prussiens qui faisaient l'exercice. Tout cela me tentaitbien plus que la règle des participes; mais j'eus la force de résister, et je courus bien vite vers l'école.

En passant devant la mairie, je vis qu'il y avait du monde arrêté près du petit grillage aux affiches. Depuis deux ans, c'est de là que nous sont venues toutes les mauvaises nouvelles, les batailles perdues, les réquisitions, les ordres de commandature; et je pensai sans m'arrêter:

«Qu'est-ce qu'il y a encore?»

Alors, comme je traversais la place en courant, le forgeron Wachter, qui était là avec son apprenti en train de lire l'affiche, me cria:

--«Ne te dépêche pas tant, petit; tu y arriveras toujours assez tôt à ton école

Je crus qu'il se moquait de moi, et j'entrai tout essoufflé dans la petite cour de M. Hamel.

D'ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait un grand tapagequ'on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les leçons qu'on répétait très haut tous ensemble en se bouchant les oreilles pour mieux apprendre, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables:

«Un peu de silence!»

Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans être vu; mais justement ce jour-là tout était tranquille, comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte, je voyais mes camarades déjà rangés à leurs places, et M. Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer sous le bras. Il fallut ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand calme. Vous pensez, si j'étais rouge et si j'avais peur!

Eh bien, non. M. Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement:

«Va vite à ta place, mon petit Frantz; nous allions commencer sans toi.»

J'enjambai le banc et je m'assis tout de suite à mon pupitre. Alors seulementun peu remis de ma frayeur, je remarquai que notre maître avait sa belle redingote verte, son jabot plissé fin et la calotte de soie noire brodéequ'il ne mettait que les jours d'inspection ou de distribution de prixDu reste, toute la classe avait quelque chose d'extraordinaire et de solennel. Mais ce qui me surprit le plus, ce fut de voir au fond de la salle, sur les bancs qui restaient vides d'habitude, des gens du village assis et silencieux comme nous, le vieux Hauser avec son tricornel'ancien maire, l'ancien facteur, et puis d'autres personnes encore. Tout ce monde-là paraissait triste; et Hauser avait apporté un vieil abécédaire mangé aux bords qu'il tenait grand ouvertsur ses genoux, avec ses grosses lunettes posées en travers des pages.

Pendant que je m'étonnais de tout cela, M. Hamel était monté dans sa chaire, et de la même voix douce et grave dont il m'avait reçu, il nous dit:

«Mes enfants, c'est la dernière fois que je vous fais la classe. L'ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l'allemand dans les écoles de l'Alsace et de la Lorraine... Le nouveau maître arrive demain. Aujourd'hui c'est votre dernière leçon de français. Je vous prie d'être bien attentifs.»

Ces quelques paroles me bouleversèrent. Ah! les misérables,voilà ce qu'ils avaient affiché à la mairie.

Ma dernière leçon de français!...

Et moi qui savais à peine écrire! Je n'apprendrais donc jamais! Il faudrait donc en rester là!... Comme je m'en voulais maintenant du temps perdu, des classes manquées à courir les nids ou à faire des glissades sur la Saar! Mes livres que tout à l'heure encore je trouvais si ennuyeux, si lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte me semblaient à présent de vieux amis qui me feraient beaucoup de peine à quitter. C'est comme M. Hamel. L'idée qu'il allait partir, que je ne le verrais plus me faisait oublier les punitions et les coups de règle.

Pauvre homme!

C'est en l'honneur de cette dernière classe qu'il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s'asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu'ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C'était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs à la patrie qui s'en allait...

J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis appeler mon nom. C'était mon tour de réciter. Que n'aurais-je pas donné pour pouvoir dire tout au long cette fameuse règle des participes, bien haut, bien clair, sans une faute; mais je m'embrouillai aux premiers mots, et je restai debout à me balancer dans mon banc, le coeur grossans oser lever la tête. J'entendais M. Hamel qui me parlait:

«Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être assez puni... voilà ce que c'est. Tous les jours on se dit: Bah! j'ai bien le temps. J'apprendrai demain. Et puis tu vois ce qui arrive... Ah! ç'a été le grand malheur de notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain. Maintenant ces gens-làbsont en droit de nous dire: Comment! Vous prétendiez être Français, et vous ne savez ni parler ni écrire votre langue!... Dans tout ça, mon pauvre Frantz, ce n'est pas encore toi le plus coupable. Nous avons tous notre bonne part de reproches à nous faire.

«Vos parents n'ont pas assez tenu à vous voir instruits. Ils aimaient mieuxvous envoyer travailler à la terre ou aux filatures pour avoir quelques sous de plusMoi-même n'ai-je rien à me reprocher? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu de travailler? Et quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me gênais pour vous donner congé?...»

Alors d'une chose à l'autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c'était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide: qu'il fallait la garder entre nous et ne jamais l'oublier, parce que, quand un peuple tombe esclavetant qu'il tient sa langue, c'est comme s'il tenait la clef de sa prison... Puis il prit une grammaire et nous lut notre leçon. J'étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu'il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n'avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n'avait jamais mis autant de patience à ses explications. On aurait dit qu'avant de s'en aller le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir,nous le faire entrer dans la tête d'un seul coup.

La leçon finie, on passa à l'écriture. Pour ce jour-là, M. Hamel nous avait préparé des exemples tout neufs, sur lesquels était écrit en belle ronde:France, Alsace, France, Alsace. Cela faisait comme des petits drapeaux qui flottaient tout autour de la classe pendu à la tringle de nos pupitres. Il fallait voir comme chacun s'appliquait, et quel silence! on n'entendait rien que le grincement des plumes sur le papier. Un moment des hannetons entrèrent;mais personne n'y fit attention, pas même les tout petits qui s'appliquaient à tracer leurs bâtons, avec un coeur, une conscience, comme si cela encore était du français... Sur la toiture de l'école, des pigeons roucoulaient bas, et je me disais en les écoutant:

«Est-ce qu'on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi?»

De temps en temps, quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant les objets autour de lui comme s'il avait voulu emporter dans son regard toute sa petite maison d'école... Pensez! depuis quarante ans, il était là à la même place, avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les bancs, les pupitres s'étaient polis, frottés par l'usage; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu'il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu'au toit. Quel crêve-coeur ça devait être pour ce pauvre homme de quitter toutes ces choses, et d'entendre sa soeur qui allait, venait, dans la chambre au-dessusen train de fermer leurs malles! car ils devaient partir le lendemain, s'en aller du pays pour toujours.

Tout de même il eut le courage de nous faire la classe jusqu'au bout. Après l'écriture, nous eûmes la leçon d'histoire; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le BA BE BI BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu'il s'appliquait lui aussisa voix tremblait d'émotion, et c'était si drôle de l'entendre, que nous avions tous envie de rire et de pleurer. Ah! je m'en souviendrai de cette dernière classe...

Tout à coup l'horloge de l'église sonna midi, puis l'Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l'exercice éclatèrentsous nos fenêtres... M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m'avait paru si grand.

«Mes amis, dit-il, mes amis, je... je... »

Mais quelque chose l'étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase.

Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu'il put:

«VIVE LA FRANCE!»

Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe:

«C'est fini...allez-vous-en.»




Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article