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Publié par Edouard Boulogne

Alain Finkielkraut analyse le mécanisme de la destruction volontaire de la France, par sa pseudo élite post soixante-huitarde.

Finkielkraut-L-identite-malheureuse-.jpg

 

La France est une nation. Une nation est un groupe humain qui se caractérise par la conscience de son unité, et la volonté de vivre en commun, selon des règles et des usages? Il y a ( il y a eu ) des nations fondées sur l'unité biologique. Telle n'est pas le cas de la France. Celle-ci, qui n'est pas tombée du ciel, toute faite, comme un aéorolite, s'est lentement constituée en fonction de critères variés, géographiques ( la mer, les frontières naturelles, Pyrénées, Alpes, Jura, sauf au nord et à l'est, zones traditionnellement fragiles de la nation française ), linguistiques, religieuses, politiques ( l'action unificatrice des rois de la dynastie capétienne, puis, à partir de 1792, de la République ), etc.

L'habitude de vivre ensemble, les espérances, et les craintes, partagées ensemble, les conflits internes eux-mêmes, dans une unité linguistique toujours plus grande au cours des siècles, et qui n'allait pas de soi, au départ, tout cela a contribuer à créer ce que nous appelons, la France, un ensemble organique original, qui distingue notre pays de tout autre, et le fait classer, même par ses concurrents, parfois ennemis, comme une grande nation parmi les nations. Comme tout organisme, ( même si cette métaphore organique, concernant une création politique ne doit pas être prise à la lettre ) est confronté à des réalités, forces et influences étrangères, la France le fut au cours de son histoire.

Sa personnalité propre l'a conduite à assimiler ce qui était assimilable, et positif pour elle, à rejeter le reste.

Ainsi, la France a-t-elle acclimaté des us et coutumes venues d'ailleurs, et s'en est enrichie. Elle en a rejeté d'autres. Ceci, au fil des siècles, sur des plans divers, culturel, religieux, ethnique.

Le pays a reçu, et assimilé, des groupes socio-ethniques, très divers, ce qui explique la grande variété du profil biologique français. Comme j'aime à dire, les guerriers Huns d'Attila, comme avant eux les Romains, et tant d'autres après, de toutes cultures, et de toutes races, ne se contentèrent pas de regarder en souriant, les jeunes femmes indigènes de la France qu'ils « visitaient ». Et le nom même du pays, indique l'influence d'envahisseurs du nord est, les Francs, dont un certain Clovis n'est pas totalement inconnu, et pour rien, et dans l'histoire de France, et dans son unification progressive.

Le Français n'est ni petit, ni grand de taille, ni blond, comme un Norvégien, ni brun comme un paysan romain du temps de Jules César, il est tout cela et autre chose, portant la marque de qu'il faut appeler, plus qu'une culture, une civilisation.

Ou du moins, il portait cette marque, cette fleur, qu'on appelait la civilisation chrétienne, et qui est actuellement en danger.

L'analyse de Finkielkraut, minutieuse, rigoureuse et fine, démonte le mécanisme d'une fin programmée. Et programmée, moins par ceux de la « diversité » comme disent les décadents lugubres, que par ceux-là même, des « de souche » dirai-je pour mieux les marquer comme au fer rouge, du mot à leurs yeux particulièrement exécrable.

Nous aurons l'occasion d'y revenir, et bientôt. Car, pour défendre ce que nous aimons, mais peut-être parfois de façon un peu superficielle, il faut apprendre à le mieux connaître et identifier.

 

E.Boulogne.

 






 

« En 2009, je me suis rendu dans l'école pri­maire de la rue des Récollets, à Paris, où j'ai été élève. Dans le hall, accrochée au mur, une grande carte du monde avec de nombreuses photogra­phies d'enfants épinglées pour la plupart sur les pays du continent africain. Au bas de la carte, cette légende : «Je suis fier de venir de... ». J'ai pu alors mesurer le changement. Mes parents sont nés l'un et l'autre en Pologne, ils se sont rencontrés après la guerre en France — où mon père avait émigré dans les années trente avant d'être déporté - et nous avons bénéficié d'une naturalisation collective lorsque j'avais un an. Jamais l'école ne m'a fait honte de mes origines. Jamais elle ne m'a demandé de renier ma généalogie. Jamais non plus elle ne m'a invité à m'en prévaloir. Elle me demandait d'être attentif, d'apprendre mes leçons, de faire mes devoirs, et elle me classait selon mon mérite. L'origine était hors sujet. Les fils d'immigrés polonais, les fils de famille et les enfants du peuple n'étaient pas également représentés dans l'enceinte scolaire. Ils n'avaient pas non plus le même bagage culturel. Les fils de famille, par définition, étaient mieux lotis. Ils fréquentaient, plus tôt et plus assidûment que les autres, théâ­tres et musées. Outre cette pratique des loisirs, tout autour d'eux - livres et parents - enrichis­sait leur vocabulaire. Mais la République logeait les héritiers, les boursiers et les Français de fraîche date à la même enseigne. Initiés ou pro­fanes, nous avions la France en partage. Et ce n'était pas qu'une question de passeport : dans quelque milieu que nous ayons grandi, la langue, la littérature, la géographie et l'histoire fran­çaises devenaient nôtres à l'école et par l'école. « La République une et indivisible, c'est notre royaume de France. » Indifférent aux destins et aux cultures minoritaires, cet enseignement n'était pas, pour autant, chauvin. Nos institu­teurs et nos professeurs ne nous montaient pas la tête.Ils ne chantaient la louange ni de l'uni­versalité de la France ni de la singularité du génie français. Ils ne chantaient pas. Ils parlaient et en prose. L'empire se disloquait, la collaboration avait déshonoré la droite nationale : le temps n'était plus, malgré de Gaulle, au lyrisme mobi­lisateur. Il n'était pas encore à la « vacuité subs­tantielle ». La repentance depuis lors a pris son envol : elle a mis le concept de Français de souche au pilori et la « fierté de venir de... » au pinacle. L'enracinement des uns est tenu pour suspect et leur orgueil généalogique pour « nau­séabond », tandis que les autres sont invités à célébrer leur provenance et à cultiver leur alté-rité. Ici on dénonce tout à la fois un privilège exorbitant et un fantasme mortifère ; là on encourage ardemment le sens de la continuité et de la fidélité à ses racines. Ce qui distingue le dedans du dehors est déconstruit (…....). Ce qui distingue le dehors du dedans est applaudi. Sous le prisme du romantisme pour autrui, la nouvelle norme sociale de la diversité dessine une France où l'origine n'a droit de cité qu'à la condition d'être exotique et où une seule identité est frappée d'irréalité : l'identité nationale. D'un collégien qui s'appelle Joubert ou Poincaré, ses condisci­ples, étonnés et vaguement compatissants, disent aujourd'hui qu'« il n'a même pas d'origine ». Et quand un militant d'ACLEFEU, une association créée après les émeutes de 2005, se déclare français, c'est pour préciser aussitôt : « Je ne suis pas un Français issu de l'immigration, je suis un Français faisant partie de la diversité française. » Cette déclaration signifie non qu'il combine plu­sieurs appartenances, mais que la France en lui, ce n'est pas ce qu'il est invité à devenir, c'est ce qu'il est déjà. Ce n'est pas le tableau que lui découvrent et que lui offrent ces vers de Paul-Jean Toulet :

 

« Ô France, et vous Ile-de-France,

Fleurs de pourpre., fruits d'or,

L'été lorsque tout dort

Pas légers dans le corridor. »

 

C'est le cadeau qu'il fait de son être au pays où il vit. La charge affective qui se portait autre­fois sur la communauté nationale reflue sur lui-même et sur ceux qu'il appelle de plus en plus souvent ses frères ou ses soeurs. La France tend ainsi à se transformer en auberge espagnole et les mots d'assimilation ou même d'intégration perdent toute pertinence. La société se doit désormais d'être inclusive. De ce nouveau para­digme, le secrétaire général du Collectif contre l'islamophobie en France a donné une version plus radicale encore que le militant d'ACLEFEU. Il a déclaré en 2011 : « Personne n'a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu'est l'identité française. » Emmanuel Levinas confiait naguère que Maurice Blanchot fut pour lui « comme l'expression même de l'excellence française ; pas tant à cause des idées qu'à cause d'une certaine possibilité de dire les choses, très difficile à imiter, et apparaissant comme une force très haute ». Cette admiration n'a plus cours. Pour la première fois dans l'histoire de l'immigration, l'accueilli refuse à l'accueillant, quel qu'il soit, la faculté d'incarner le pays d'accueil. Et en 2012, le Col­lectif contre l'islamophobie a lancé une grande campagne de sensibilisation, sous ce slogan sans équivoque : « La nation, c'est nous. » Bien qu'il n'y ait pas même un petit strapontin pour elle dans ce « nous » dit de la diversité, l'opinion éclairée s'est félicitée du succès de l'opération car, forte des enseignements de l'histoire, elle veut faire face dignement à la nouvelle réalité multi-culturelle. Mais la dignité poussée jusqu'à l'effa­cement de soi ne se renverse-t-elle pas en son contraire ? ».

 

Alain Finkielkraut.

 

( In L'identité malheureuse. Pages 111 à 115 ).

 

 

 

Lecteur qui avez lu ce texte de Finkielkraut, et qui en a été intéressé, je vous demande encore un effort. Pas de combat, pas de victoire possible, sans effort, sans un entrainement, et dans le domaine qui est en question sans réflexion patiente, et sans retour sur soi, retour sur le texte, autant de fois qu'il faut, pour qu'il soit assimilé, et devienne une arme efficace.

Sans un tel effort, une telle réflexion, tout ce que nous pouvons dire, quotidiennement sous forme de commentaires rapides, n'est que mouvements d'humeur, explosion fugitive de ( mauvaise ) humeur, n'est que clapotements de pétards mouillés. LS

 

 

http://www.lescrutateur.com/pages/Une_societe_multiculturelle_estelle_possible-7639405.html

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Andy Vercitay 03/12/2013 15:13


EH oui ! Qui est Français, qui ne l'est pas ? Est-il Français celui qui veut attaquer la France en réparation de l'esclavage ? La réponse est vraisemblamblement non : Français de papiers, certes,
mais qu'est-ce que le papier quand on pense à tout le reste. Autre proposition : est-il Français, ce catholique et ce protestants qui se sont battus pendant des siècles au nom de leurs foi et de
leurs droits dans l'espace politique et historique, Français ? Oui, sans réserve. Etl'idée d'attaquer l'autre camp, celui qui lui est différent au nom des injustices passées ne viendrait à aucun
des deux. Car c'est ça, la France. De bons et de mauvais souvenirs communs. Et cette communauté s'impose à l'un comme à l'autre sans chercer à faire perpétuellement le malin pour essayer de salir
l'autre, comme il semblerait que ce soit le cas chez ce que nous pourrions appeler "les profiteurs du racisme" (écrire "profiteurs" de race serait très certainement interprété comme un propos
raciste) qui se prétendent tous brevetés de l'anti-racisme. Enfin, est-il Fançais, celui qui ne demande rien à personne et qui en a assez de voir l'espace public occupé par des enragés, qui n'ont
que la haine au coeur, et qui dans le désordre et le bruit n'ont que des slogans à la bouche ? Statistiquement, oui. En tout cas c'est le sort de plus en plus réservé aux Français que de voir la
rue théâtre de mise en scène qui n'ont pour but que de détourner l'attention des vrais problèmes et des désordres de la pensée ou du comportement de ceux qui sont censés représenter ceux qui se
sentent si mal représentés.