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Publié par Edouard Boulogne

 

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À la vitesse de la lumière

 J’ai terminé aujourd’hui la lecture de l’avant dernier livre de l’écrivain espagnol Javier Cercas, né à Caseres en 1962,  À la vitesse de la lumière, roman publié en France chez Actes Sud, en 2006. C’est un livre relativement ancien mais qui fut très remarqué à sa sortie et que j’ai acquis par pur hasard pour 50 centimes d’euro en fouinant cet été dans les rayons d’une librairie d’Emmaüs au Creusot, en Saône et Loire où je passais une partie de mes vacances.

En parlant de hasard, ce livre de Javier Cercas montre justement comment les rencontres que l’on fait peuvent faire basculer une vie, l’orienter dans un sens ou dans un autre et que ce basculement s’avère parfois tragique pour soi et pour les autres surtout s’ils vous sont proches. Que finalement, selon l’auteur, le hasard de ces rencontres est le moteur premier de l’existence. Que l’on n’est, au bout du compte, nullement maître de sa propre destinée et que les choix en apparence libres que l’on opère la conditionnent en grande partie sinon totalement. Rappelez-vous la célèbre métaphore de la girouette de Spinoza qui croit tourner de sa propre volonté alors que c’est le vent qui la meut.

 Mais ce livre n’est pas seulement un constat implacable des conséquences de ces rencontres fortuites sur le cheminement existentiel. C’est aussi une réflexion sur la guerre et les séquelles irréversibles qu’elle laisse dans l’esprit et le corps de celui qui en a réchappé. (En l'occurrence un vétéran de la guerre du Viêt-Nam).

 C’est également une réflexion sur l’écriture. Le poids de l’imaginaire et de l’écrit face à la légèreté supposée de la réalité. Son côté dérisoire en même temps que sa nécessité quasiment vitale. Sur le rôle de l’écrivain dans la cité. Sur ce qu’il doit ou ne doit pas raconter. Sur les risques encourus en cas de trop grande célébrité. L’auteur fait un parallèle convaincant entre le mal occasionné par la guerre et celui qui découle du succès enivrant, littéraire ou artistique. Mal qui finit le plus souvent par détruire celui qui le vit ou l’expérimente.

C’est enfin un livre sur l’amitié, extrêmement fort, dans un style sans concession qui va toujours à l’essentiel, sans fioriture ni sentimentalisme.

En conclusion, le narrateur, donc sans doute l’auteur (car il s’agit vraisemblablement d’une autofiction comme on dit maintenant), n’a aucune certitude sur ce qu’il dit, fait ou pense. Il ponctue prudemment en permanence ses allégations et ses réflexions de « je ne sais pas », de « peut-être ». Ce qu’il raconte de sa vie, de son amitié, de son état d’apprenti-écrivain d’abord, d’auteur à succès ensuite, laisse voir qu’on est tous  pris à des degrés divers dans un tourbillon que l’on peut difficilement maîtriser et que les événements se succèdent et s’enchaînent, malgré nous, à la vitesse de la lumière, nous laissant souvent désemparés, sinon complètement détruits. Un seul espoir cependant :  écrire. Écrire pour tenter d’échapper à l’enfer, ce qu’en réalité peu de gens peuvent ou savent faire. Mais c’est un point de vue d’écrivain que l'on n'est pas forcé de partager.

Je ne saurais trop vous conseiller néanmoins la lecture de ce livre. Il vous apportera beaucoup sur le plan émotionnel et alimentera votre réflexion sur la folie des hommes, l’amitié salvatrice, le sens de la vie... contrairement aux romans de certains auteurs à la mode, vite oubliés, qui sont plutôt, selon moi, de l’ordre du passe-temps peut-être efficace et agréable en tant que tel, mais souvent superficiel et finalement sans portée affective ou métaphysique véritable.

Raymond Joyeux

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