Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Pages

Publié par Edouard boulogne

Vers un ministère de l’identité nationale ? 


(I) La France en déclin ?


Il ne suffit pas de la possession de sa carte d’identité pour savoir qui l’on est. La maladie d’Alzheimer en témoigne suffisamment.
Sans aller jusqu’à une telle extrémité, je peux connaître mon nom, avoir même pignon sur rue,  et n’avoir pas une identité très riche, soit que mon patrimoine génétique assez pauvre ne m’ait destiné pas aux grandes performances, soit que mon éducation, ( la part acquise et culturelle de ma destinée) les circonstances aussi de ma vie, de l’époque et du lieu où je suis né n’aient guère été enrichissantes.

Par analogie on peut en dire autant des nations. Il en est de faibles, pâlottes, étriquées, sans histoire marquante et sans perspective d’avenir.
D’autres étincelantes, vibrantes et faisant vibrer, même longtemps après qu’elles ont disparues, comme le disait, des poètes, Charles Trenet. Ainsi de la vieille Egypte, de la Grèce où de Rome.

Car les nations aussi, comme les individus, autre analogie, sont vouées à la mort, même si leurs durées se chiffrent en siècles, voire en millénaires. Paul Valéry l’a entrevu, en 1918, à la fin du 1er grand carnage mondial : « Nous autres, civilisations, nous savons aujourd’hui que nous sommes mortelles… ». Les civilisations les plus grandes connaissent aussi leurs accès de mélancolie, leurs fatigues, leur refus de porter plus longtemps le fardeau, de l’excellence. Le temps vient du refus de l’effort, de la jouissance et de la consommation générale, prémices du collapsus.

La France en est-elle là ? Notre pays est-il, après un peu plus de mille ans d’histoire, sur la voie du renoncement et de la chute ?

Certains augures le prétendent, que la mode actuelle qualifie de « déclinologues ».

Philippe de Villiers, ou Jean-Marie-Le Pen, pour m’en tenir aux « politiques » les avaient précédés de quelques décennies.

Depuis que, comme pour leur donner raison, Nicolas Sarkozy s’est emparé du thème, brandit le spectre de la décadence, et parle d’instituer demain un ministère « de l’identité nationale et de l’immigration », c’est la cacophonie. La gauche a parlé d’abord de « projet ignoble », puis s’est ravisée, et chante maintenant la Marseillaise à la fin de ses meetings, non sans une gène palpable toutefois, et maintes précautions oratoires. Car, ces gens là nous avaient peu à peu habitué à confondre le patriotisme avec le fascisme, le racisme, l’exclusion et autres croquemitaines du politiquement correct.

D’autres motifs d’inquiétude viennent immédiatement à l’esprit :

  •  La perte du sens de l’intérêt national, et l’émiettement de la communauté en catégories égoïstes, repliées sur leurs privilèges, et ne tolérant de perspectives de réformes que pour les autres, jamais pour elles.

  • Un dédain affecté pour ce qui émane de la nation, et l’admiration reportée de préférence sur les performances des autres, sauf en football.

  • Une indifférence effarante pour la langue française (une des plus belles du monde), mal enseignée, saccagée dans toutes les radios et télévisions, sacrifiée à l’Anglais par des politiciens snobs (tel Giscard d’Estaing) même dans les instances internationales où elle a, de droit, sa place.

  •  Le patriotisme considérée comme un chauvinisme ridicule, et la Marseillaise oubliée, rangée parmi les vieilleries ringardes du temps où la France n’avait pas encore compris que la satisfaction immédiate des pulsions les plus élémentaires est « seule propre à remplir l’existence ». (sic).

  •  Bref, la France et ses valeurs fondatrices, gréco-latines, et judeo-chrétiennes méprisées, piétinées par des élites affadies, par l’arrivée trop massive et rapide de millions d’immigrés, peu soucieux de s’intégrer, dans une nation qui par ailleurs , en crise d’identité, n’aurait plus à proposer de modèle intégrateur, tel est le sentiment inquiétant que donne parfois aux observateurs un pays en perte apparente d’identité, et prêt au renoncement.

Tel est le débat de ces jours-ci dans le landerneau politique.

(II) La France, telle qu’en elle-même, imperturbablement….. !

Et si tout cela n’était qu’une apparence ? Si les turbulences qui nous inquiètent ou nous consternent n’étaient que des modalités intrinsèques d’une identité complexe.

Car la France est tout sauf simple. Elle est diverse, variée par sa configuration physique d’abord. Pays à la fois continental et maritime, pays de plaines et de montagnes. « La politique d’un Etat, disait Napoléon, c’est sa géographie ».

Elle est complexe par sa population. Nos fameux « ancêtres les Gaulois » de l’école primaire ne sont qu’une composante parmi beaucoup d’autres, grecque, latine, ibérique, germanique (les Francs qui ont finalement donné leur nom au pays), et à partir du 17ème siècle (formation de son 1er empire colonial) des apports africains, asiatiques, amérindiens.

La France n’a pas d’unité raciale, elle est une nation creuset, moins portée que d’autres, par sa nature même, à l’ethnocentrisme. L’unité française fut l’œuvre au long des siècles, conjointement, de la religion catholique et des rois capétiens, sur deux plans différents, spirituel et administratif. Et c’est pourquoi la nation française ne commence pas en 1789, contrairement aux allégations, il y a deux jours encore d’une Ségolène Royal qui ne connaît pas son histoire. C’est en ce sens que la France, qui n’est pas une race mais « une personne » (c’est-à-dire un composé) selon la célèbre formule de Michelet, est aimée par nous, non principalement comme une pourvoyeuse d’allocations et de subventions, mais comme toute autre chose dont parle Pierre Boutang quand il écrit : « La France n’est peut-être pas « le pays du cœur » au sens où l’entend Maurice Clavel, d’une manière trop vague, après Michelet. Mais elle est, sans nul doute, l’exemple tenace, vivace (…) d’une particularité historique qui ne se laisse pas réduire et qui répond à d’autres particularités de même espèce. Le seul pays qui soit, chez ses réactionnaires comme chez ses libéraux authentiques – capable de demeurer soi-même, de chanter son chant singulier, sans être sourd aux autres ; d’autant plus résonnant au chant des autres, qu’il chante plus exactement le sien ; le seul qui puisse encore donner sans trop prétendre, sans faire honte, sans vouloir unifier au moyen du dollar, de la machine à laver ou du soviet d’usine ».

C’est cette complexité ethnique séculaire qui interdit à la France d’être réellement raciste, malgré les efforts pour nous persuader du contraire de certaines minorités, racistes, elles, (qui est sans péché ?). Il y a quelques années, l’historien-démographe Emmanuel Todd, dans un article du journal Le Monde, a bien formulé cette question : « Si l’on part du principe qu’il existe quelque part sur la planète un lieu idyllique, une culture merveilleuse d’où la moindre manifestation de racisme est exclue, où les hommes noirs, blancs, bleus, verts et roses vivent en parfaite amitié, alors oui, la France peut apparaître comme un pays très xénophobe. Si, plus modestement, on ne compare la France qu’aux cultures réellement existantes, alors on doit admettre que la performance historique de l’hexagone, en matière de racisme, ne mérite pas un tel jugement ». 

C’est cette même complexité de la France qui lui donne encore, à la fois le sens de l’enracinement, à certaines époques, et aussi le sens de l’universel, le sentiment d’une mission à accomplir, quasi messianique.

C’est ainsi que la France fut, peut le redevenir, « fille aînée de l’Eglise », instigatrice des croisades, mais aussi matrice de la Révolution française, plutôt matérialiste et athée. C’est pourquoi dans son entreprise, louable quoique contrastée de colonisation la France ne fut pas que commerçante, distinguant soigneusement, comme d’autres, les indigènes, les « natives », de ses propres ressortissants, mais plutôt l’initiatrice d’une politique d’assimilation, montrant par là son désir d’égalité et de promotion des colonisés au statut d’hommes pleinement civilisés selon le modèle qui était alors le sien, politique dont les résultats, comme l’ont montré des hommes comme Léopold Sédar Senghor, n’ont pas été que négatifs, il s’en faut !

C’est cette complexité de l’identité française qui explique qu’il y ait cette France plutôt catholique et « de droite » dont parle Charles de Gaulle au début de ses « Mémoires de guerre » : « Toute ma vie je me suis fais une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif  imagine naturellement la France, telle la princesse des contes, ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée exceptionnelle. J’ai d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires(…) » .

Mais la même complexité fait coexister en ce pays l’idéal révolutionnaire, par lequel, pour un autre « idéal », des penseurs et « prophètes » pensent leur pays en Geste messianique et sacrificatrice (Geste, au féminin, désigne les grandes épopées du moyen âge relatant des exploits de héros).

C’est en ce sens qu’un Victor Hugo put écrire, vers 1858 : «  Ô France, adieu ! Tu es trop grande pour n’être qu’une patrie. On se sépare de sa mère qui devient déesse. Encore un peu de temps et tu t’évanouiras dans la transfiguration. Tu es si grande que voilà que tu ne vas plus être. Tu ne seras plus France, tu seras Humanité ; tu ne seras plus nation, tu seras ubiquité. Tu es destinée à te dissoudre tout entière en rayonnement, et rien n’est auguste à cette heure comme l’effacement visible de ta frontière. Résigne-toi à ton immensité. Adieu, Peuple ! Salut Homme ! ».
Exaltation tout à fait redoutable, typiquement de gauche, mais non méprisable que prescrivait sur un ton plus calme en 1871, pendant la commune de Paris le philosophe Renouvier, moins connu qu’Hugo, mais qui joua un rôle important dans l’inspiration des programmes de l’éducation nationale de la 3ème République : « Nous traversons de grands évènements. La fin où nous tendons entraînera ou non le sacrifice de l’unité  nationale. Je l’ignore. Mais cette fin doit être bonne, elle est nécessaire.(…) ».
On voit où un certain « mysticisme » politique peut conduire certains hommes, non dépourvus par ailleurs de générosité, comment l’abdication fait partie d’un aspect de l’identité française, et la nécessité d’une direction ferme et lucide pour sauver ce pays de quelques-uns de ses penchants, qui bien contrôlés peuvent en même temps nous préserver du chauvinisme et de l’isolationnisme. Cela est-il possible en République? On sait qu’il en a qui en doutent.

Mais ce sont les mêmes utopistes, en l’occurrence les communistes, quelques générations plus tard qui souhaitaient voir la France se dissoudre dans l’Union soviétique, pour réaliser l’internationale ouvrière.
A leur propos, André Malraux, après un passage dans leurs rangs, mais revenu de leur utopie, dans un célèbre discours prononcé pour les membres du Rassemblement du Peuple Français (RPF), du général de Gaulle, devait déclarer, je cite de mémoire : « A trop vouloir n’être plus Français, on ne devient pas plus Homme, mais sans doute un peu plus Russe ».
Ce sont les mêmes qui appellent de leurs vœux l’arrivée de plus en plus massive d’immigrés non européens en Europe et en France, pour réaliser la Cité cosmopolite de leur rêve utopique.
D’où cette impression d’étrangeté, (au sens propre) quand on débarque aujourd’hui en France, notamment à Paris, par exemple du côté de la gare du Nord, où quelques Parisiens circulent parmi des gens de toutes nationalités, de toutes races, parures vestimentaires et dialectes. On ne se sent plus à Paris, ni d’ailleurs à Bamako, ou à Delhi, plutôt Nulle Part, ce qui est la traduction exacte de « utopie (ou-topos).
D’où le malaise de tant de personnes que les utopistes appellent racistes, alors qu’elles  manifestent plutôt la saine réaction de gens pas encore totalement déracinés.

(III) Un ministère de l’identité et de l’immigration ?

Et si le politicien Nicolas Sarkozy préconise la création d’un « ministère de l’identité nationale et de l’immigration », c’est peut-être tout simplement parce qu’il a du flair, et qu’il entreprend d’utiliser comme un levier de puissance, un début de réaction salutaire.
La création dudit ministère est-elle la meilleure solution au problème posé, je reporte à un autre jour l’évocation de cette question, mais je ne me laisse absolument pas impressionner par les cris d’orfraie de cette grande nunuche de Ségolène, et de ses affidés.

Edouard Boulogne.

Commenter cet article

goutteceleste 03/04/2007

Le blog icthus.over-blog.com, fait par un jeune prètre parle un peu de ce sujet, et d'autres communs au Scrutateur. Les chrétiens sont rares,surtout sur le net , il faut se serrer les coudes....