En souvenir D'Eugène Tardel, par Edouard Boulogne.

Publié le par Edouard boulogne

En souvenir d'Eugène Tardel. 

22 février 2006..(L'image ci-contre est celle, ancienne, du lycée Carnot de pointe-à-Pitre, où enseigna longtemps Eugène Tardel).

*Ce matin, dans une classe terminale, le mot "calembour" tombe dans la discussion. Ces jeunes gens ne sont pas stupides. Il leur arrive de faire des calembours, d'en rire, pas toujours des meilleurs, comme il en fut toujours, d'ailleurs, et pas seulement parmi les plus jeunes.
Mais ils sont de leur époque, et ressemblent, sur ce point, du moins dans cette classe là, à monsieur Jourdain du "Bourgeois gentilhomme" de Molière, qui faisait de la prose sans le savoir.
Bref! Ils ne savent pas le sens du mot.
Je donne une définition de dictionnaire : "jeu de mots fondé sur une différence de sens entre des mots qui se prononcent de manière identique".
Sur le point de donner un exemple, je rajeunis, soudain, de prsque 53 ans (hein? eh bien oui!). Je me revois, élève de la sixième n° 1, en salle 5 du vieux lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. En face de moi (de nous), Eugène Tardel, notre professeur de Français et de latin.
Nous l'adorons, cet homme, excellent éducateur, au tempérament enjoué et blagueur.
Si nous avions alors connu l'épopée d'Astérix le Gaulois, nous ne l'aurions pas trouvé gros, seulement un peu "enveloppé", comme Obélix.
Ce jour là, de l'année scolaire 1953-54, Tom, c'était son petit surnom affectueux, définit le calembour. Vient le moment de l'illustration par l'exemple. Le visage d'Eugène s'éclaire.
Manifestement il jubile, par avance, de ses effets.
Vous devinez notre attente.
L'exemple en l'occurence prend la forme d'une petite historiette.
"Un soir, nous dit-il un homme mûr, sortit pour se détendre, et pénétra dans une salle où se donnait un bal public. Il remarqua une jeune et jolie jeune fille d'une vingtaine d'années qu'il invita à danser. La jeunette était ardente, pleine de vitalité et de dynamisme. Elle tournait, "virait", virevoltait avec tant d'ardeur, que son cavalier lui dit soudain : "quelle pétulance"!
Aussitôt, comme vexée, la jeune créature se rembrunit, s'écarta du galant homme et lui dit "je ne vous permet pas de me tutoyer, monsieur"".
La salle croula d'un rire qui toutefois n'avait rien d'un choeur unanime, procédant plutôt par rafales successives, selon la rapidité d'esprit de chacun.
Pour les cerveaux lents (hum!), je dirai ce que la jeune fille avait compris, et qui est proprement l'effet du calembour, mais par décence, je le dirai avec tous les risques que cela comporte pour la langue de Shakespeare, et pour les puristes, en Anglais : "Which fart you emit!".
*J'ai cité encore un autre calembour, plus littéraire, et que j'aime bien. L'abbé Brémond, célèbre critique et historien de la littérature de la première moitié du siècle précédent en est l'auteur.
Brémond voulant définir la poésie en disait :
" *La poésie est le public.
La poésie hait le public.
La poésie aile le public".
C'est moins drôle, mais non dépourvu d'intérêt. Que l'ami blogueur se rassure, je n'en disserterai pas, lui en laissant le soin.
Je suis heureux de cette circonstance qui a ravivé en moi le souvenir d'Eugène Tardel. J'ai parlé, en titre,de Souvenir, pas d'Hommage, cet hommage qu'il mériterait bien et qui demanderait plus d'ampleur.
Monsieur Tardel a été trop tôt enlevé à l'admiration et à l'affection de ses proches, de ses nombreux amis, et anciens élèves. Ce maître des "temps anciens" est mort à Paris. Il était alors censeur au Lycée Honoré de Balzac.

Edouard Boulogne.

Aperçu généré le 15/03/2007 à 01:26:23

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