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Publié par Edouard boulogne

L'abbé Pierre est mort. (L.22/01/07).


« Ora pro nobis peccatoribus
nunc et in hora mortis nostrae. »


C'était en 1955, je lisais régulièrement le magazine illustré BAYARD, destiné aux adolescents. L'hebdomadaire consacra sous la forme d'une bande dessinée un grand reportage à la grande aventure de l'abbé PIERRE qui venait de commencer à la Noël 1954.
C'est ainsi que je devins un « fan » d'Henri Grouès, alias l'abbé Pierre.

Du moins pendant quelques années. Par la suite j'appris à relativiser, sans jamais pourtant me départir de mon admiration pour son œuvre, essentielle, empreinte de vraie charité, active, désintéressée, bref chrétienne, sans humanitarisme suspect.
J'ai toujours eu pour l'abbé une sorte, aussi, de sympathie, de connivence, que je ne renie pas, mais qui ne vont pas à ce qu'il y a de meilleur en lui (et en moi).

Je veux dire que c'est aux coups médiatiques (même quand ils me déplaisaient, mais, tout de même : « salut l'artiste » !) d'Henri Grouès qu'allait alors, ma complicité, à ce qu'il pouvait y avoir de provocateur, ludique, cabotin dans ces occasions là, de défi à la « société bourgeoise ».

Car l'abbé Pierre était, aussi, un homme, aux prises avec ce « misérable tas de petits secrets » pas toujours avouables, si l'on en croit André Malraux, qui caractérise les êtres humains, ce côté « humain trop humain » qui, à l'heure de l'examen de conscience humilie et fait murmurer qu'il pleure avec raison dans nos cœurs qui s'écœurent !

Ce qui compte, au final, (pour un croyant) c'est la lucidité sur soi, la décision ferme de s'en remettre, toute honte bue, à la miséricorde de Dieu, à son amour, à sa volonté "« Fiat volontas tua » !

C'est le chemin de la sainteté, et les saints ne sont pas, contrairement à des idées trop répandues, et convenues, de petites âmes chétives, pâlotes, préservées des tentations du « Malin » (qui s'appelle « légion » et dont les visages, multiples, prennent les formes les plus surprenantes, et paradoxales). Ce sont, au contraire, des âmes fortes, des individualités puissantes, douées (pour le péché par exemple), capables du meilleur et du pire.

Aussi, mon allusion, ci-dessus, au « tas de misérables petits secrets », n'était pas un médiocre coup de pied de l'âne au défunt dont nous parlons, seulement un appel à relativiser, à prendre du champ par rapport au déluge médiatique et humanitaire, qui nous pleut par tous les écrans cathodiques, dont l'idéologie dominante est pourtant, dans sa majorité, parfaitement indifférente, voire hostile à la foi chrétienne, et catholique, de l'abbé.

Henri Grouès a été un pauvre pécheur, comme chacun. Mais chacun n'aura pas su, comme lui, transmuter ses défauts en charité, faire d'une vie qui aurait pu être une réussite politique, ou financière, une œuvre d'amour, « Deus est caritas », (des hommes comme l'abbé pourraient faire carrière avec leurs charismes, être très côtés en bourse, si l'on voit ce que je veux dire), et comme disait Baudelaire, à propos d'autre chose, « pétrir de la boue pour en faire de l'or ».

C'est pour cela que je crois que cet homme, toutes choses bien pesées, mérite probablement d'être élevé au rang de ceux que les catholiques appellent des « saints », c'est-à-dire, non des surhommes ou demi dieux, mais des preuves que le mal peut être combattu, parfois vaincu, même si « mon royaume n'est pas de ce monde ».

L'avenir nous instruira de ce qu'il en est.

Sa disparition va se faire ressentir. Certes, contre la misère, il y a des organismes officiels, des administrations. Il y a même des « serviteurs », des hommes et des femmes désintéressés, offerts, qui se sacre-ifient.

Mais des Henri GROUES, il ne s'en rencontrent pas tous les jours !

Chantons, l'abbé ! comme vous l'avez voulu : « ce n'est qu'un au revoir, mes frères » !

Edouard BOULOGNE.


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Les medias nous présentent un abbé Pierre sympathique, et c'est justice.

Prenons garde, pourtant à ne pas dissocier cette personne de sa foi religieuse, chrétienne (et catholique ! Les grognements de l'abbé Pierre à l'égard de ce qui lui paraissait timoré dans l'attitude de la hiérarchie de son Eglise sont courantes chez les chrétiens, ; rappelons St-François d'Assise, St Atanase, monseigneur Gaillot, monseigneur Lefebvre , tant d'autres. Evidemment tout le monde n'est pas content en même temps ! !) et de son enracinement contemplatif et mystique, essentiel à l'en croire pour comprendre sa vie, son œuvre.

Je propose pour comprendre cela de lire , et méditer ce texte de l'abbé Pierre lui-même, extrait de son livre « Paroles d'un croyant » (éditions Fayard, 1997, pages 199 à 201) :

« Il est fréquent d'entendre dire : « on a besoin d'infirmières, de médecins, de bras secourables. Pourquoi ces chrétiens convaincus vont-ils s'enfermer toutes leur vie dans des couvents, à prier toute la journée, au lieu de se plonger au cœur d'un monde qu'il faut sans cesse guérir et améliorer ? »
Je me souviens, c'étais juste avant mes soixante-quinze ans, lorsque je me suis retiré au monastère de Saint-Wandrille pour partager pendant huit ans la vie de silence et d'adoration des moines. (De temps à autre, il est vrai, je devais partir, ici ou là pour répondre à des appels importants). Le maire du petit village est venu un jour me trouver pour me dire que la population ne comprenait pas pourquoi moi, avocat infatigable des exclus, je venais « perdre mon temps » dans ce monastère ! J'ai écris dans un bulletin du village, une longue lettre pour expliquer comment la vie active et la vie contemplative n'étaient en rien contradictoire. Je suis même convaincu que sans ces véritables centrales d'énergie divine que sont les monastères, l'action des apôtres, des militants, de tous ceux qui luttent au cœur du monde, ne tiendrait pas. Beaucoup d'entre eux ressentent d'ailleurs la nécessité de faire des séjours parmi les contemplatifs. Et ils en sortent spirituellement plus riches.
Je n'oublierai jamais, à ce propos, l'image qu'utilisait le géologue Pierre Termier : « Vous vous étonnez de l'existence des contemplatifs. Mais vous êtes-vous jamais étonné de l'existence des glaciers ? Que de place perdue ! Peut-être y a-t-il dessous des minerais de grande valeur et rien ne pousse dessus. Mais si les glaciers n'existaient pas, il y a longtemps que toute vie aurait disparu dans la vallée. Car l'air pollué s'échauffe et monte ; lorsqu'il arrive au contact des glaciers, il se refroidit et se sépare de tout ce qui le pollue. Puis l'air régénéré redescend dans la vallée. Sans ce travail permanent, la mort aurait déjà envahie l'humanité » ;
Il en va de même des contemplatifs, disait ce savant croyant : ils ne servent apparemment à rien, ils semblent improductifs, mais sans eux, sans l'amour qu'ils déversent mystérieusement, l'humanité aurait peut-être déjà succombé sous le poids de la haine ».
Abbé PIERRE.

Aperçu généré le 11/03/2007 à 14:06:27

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goutteceleste 09/04/2007

C'est beau la parabole du "glacier". Un bel argument à donner aux sceptiques et aux moqueurs, ou tout simplement à ceux qui ne comprennent pas la vie monastique. Très beau... Merci Mr l'Abbé!!

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