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Publié par Edouard boulogne




1. Un an aujourd’hui.

Il y a exactement un an à cette heure où j’écris, que je créais ce blog : Le Scrutateur : http://lescrutateur.over-blog.com.
Trop de monde pense qu’Internet n’est, et ne peut être qu’un fouillis d’informations douteuses et vagues, un dépotoir d’insanités pornographiques, le lieu par excellence de la désinformation.
Il est un peu cela, certes, mais aussi autre chose.
En tout cas il peut être autrement.
Qu’on le veuille ou non, « la toile » est un nouvel outil de communication, fruit de la technologie contemporaine. Tant pis pour ceux qui l’abandonneront aux margoulins.

J’ai voulu être de ceux qui utiliseraient cet outil pour créer un espace libre et fraternel de réflexion, dans l’esprit d’une philosophie ouverte, d’inspiration chrétienne, non conformiste résolument opposée au politiquement, philosophiquement, religieusement correct.

Dès lors je ne pouvais m’attendre à ce que mon initiative reçoive le soutien et la publicité de l’état d’esprit de ce je combat, et qui domine actuellement, le monde médiatique, scolaire et universitaire.

En dépit du silence de ces gens là pour qui la devise des précieuses ridicules de Molière est la règle « nul n’aura de l’esprit, hors nous et nos amis », Le Scrutateur a bien démarré.

Il a vu s’agréger à lui des collaborateurs talentueux, il a suscité de ses lecteurs des commentaires, parfois critiques, souvent approbateurs.

Il a attiré 9950 visiteurs, soit une moyenne d’un peu plus de 27 personnes par jours.

Ce chiffre est honorable même s’il est très au-dessous de mes ambitions.
Pour que le Scrutateur commence à compter vraiment, il faut multiplier ce chiffre par au moins quatre, et viser plus haut encore, évidemment. Alors les informations, les analyses que nous publions, répandues par le bouche à oreille, reprises par des éditorialistes, auront l’effet bénéfique qu’attendent ceux qui les diffusent et croient en leur positivité.

Je fais ce que je peux pour qu’il en soit ainsi, je compte sur chacun de ceux qui me lisent en ce moment pour m’aider.

2. Pourquoi Megistias ?

Je voudrais maintenant apporter certaines précisions sollicitées par plusieurs d’entre vous à plusieurs reprises, quelques uns de ceux qui font l’honneur à ce blog de commenter ses articles, et dont j’avais différé la réponse jusqu’à aujourd’hui.

On demande, en effet, la signification du nom de Mégistias, qui figure dans notre indicatif.

La réponse n’est pas insignifiante quand au sens de notre activité de réflexion sur Internet.

Megistias est un personnage historique de l’antiquité, évoqué, notamment par Hérodote, dans ses « Histoires ».

On se souvient qu’au quatrième siècle avant Jésus-Christ, Xerxès qui régnait sur l’immense empire Perse, rêva de conquérir la Grèce, en profitant des divisions qui opposaient les Cités grecques.

L’enjeu était décisif. L’empire perse symbolisait la « barbarie » face au raffinement des grecs, à leur haut degré d’organisation culturelle, et politique, au goût qui était le leur de la liberté, et même d’une forme de démocratie à Athènes.

A titre d’exemple, pensons au cas, bien connu, des armées perses « innombrables » (des centaines de milliers d’hommes), en route vers la péninsule grecque, s’apprêtant à franchir le détroit du Bosphore, mais rencontrant l’obstacle d’une mer déchaînée, pendant plusieurs jours. Exaspéré, Xercès fit, dit-on, fouetter la mer pour la punir de s’opposer ainsi à lui.
Bel exemple de despotisme oriental !

Cet obstacle franchi, les Grecs, unis par la nécessité, mais bien moins nombreux que leurs adversaires, subirent une première défaite. Ils décidèrent alors de se regrouper en un nouveau lieu, à Marathon, pour y livrer le combat décisif pour l’avenir de la civilisation.
Mais il fallait du temps pour se réorganiser, et ils décidèrent de livrer une bataille de retardement, en un lieu où la configuration du terrain pouvait permettre à une petite troupe sacrifiée, de livrer à l’ennemi une opposition efficace ; c’était au défilé des Thermopyles, devenu un des hauts lieux de l’histoire et de l’héroïsme militaire.

Le « bataillon sacré » de trois cent jeunes spartiates, commandés par le général Léonidas fut dépêché sur les lieux.
Ennuyé, Xerxès voulut négocier. Son légat s’en fut trouver Léonidas, lui fit remarquer que l’issue de la bataille ne faisait pas de doute, vue la disproportion des forces en présence, que le nombre des seuls archers persans était tel que lorsqu’ils lanceraient leurs flèches, le ciel en serait obscurci. « Tant mieux, répondit Léonidas, ainsi nous combattrons à l’ombre » !

Mais Mégistias ?

Mégistias était, un savant, un philosophe, un voyant dans la grande tradition grecque, il avait été, en quelque sorte, le professeur de morale à l’école de guerre des jeunes volontaires du bataillon sacré.
Il était aussi très vieux ; sa présence au combat était, en quelques sorte inutile.

Tandis que tout ce que la Grèce, comme en France en mai 1940), comptait de notables, de faux nobles, de vrais nouveaux riches, d’opportunistes, faisaient leurs bagages, et détalaient à toute vitesse vers l’Italie, et des contrées lointaines, Megistias se porta volontaire pour accompagner ses jeunes élèves, et mourut avec eux, non point inutilement, puisque le temps gagné permit aux Grecs de se regrouper et de vaincre à Marathon.

Aujourd’hui encore son épitaphe, gravée dans le marbre,  rappelle, sur les lieux même, et pour lui seul, son sacrifice
héroïque.
Voici la traduction qu’en donne Pierre Boutang (dans « Les abeilles de Delphes », éditions des Syrtes, page 67) :

« Ce monument recouvre l’illustre Mégistias qui tomba sous les coups des Mèdes, aux rives du Spercheios. Prophète, il avait clairement perçu l’approche de son destin. Mais il ne voulut pas abandonner les chefs de Sparte »

Il existe une autre très belle traduction du même haut fait par Marguerite Yourcenar (cf La couronne et la lyre, Gallimard, page 146) que je ne résiste pas au plaisir de citer :

« Ci-gît Mégistias, l’infaillible devin,
Le prêtre massacré par les archers persans.
Sûr de sa propre mort, instruit de tout, il vint
Combattre et rendre l’âme au milieu des Trois Cents ».

Il y a plus de 45 ans que je connais l’histoire de Mégistias, et j’ai eu plaisir à m’en revendiquer l’an dernier. Est-ce bien raisonnable pour un sexagénaire bien confirmé, de se référer à un tel romantisme ? Je ne sais. Mais c’est ainsi !

Et puis, il y a ce choix du nom : le Scrutateur. J’aurais pu choisir le guetteur, le veilleur (mais pas le « surveillant », tous les postes sont occupés, et ce n’est pas ma tasse de thé !).

 Veilleur, ce n’était pas mal « veilleur où en est la nuit » ?

Mais justement j’ai choisi le Scrutateur, dont le rôle est le même avec toutefois un ton moins emphatique, ( car, sérieux, il faut éviter de tomber dans « l’esprit de sérieux ») plus terre à terre, non sans évoquer la tâche utile, mais bien humble des scrutateurs des soirs d’élections qui veillent pour éviter les fraudes électorales.
Un peu d’auto dérision ou du moins de modestie, ne peut nuire à personne !

Mais « veilleur » ou « scrutateur », tel est, ou doit être, selon moi depuis toujours, l’homme d’Etat, s’il accomplit vraiment sa finalité, à l’égard de la Cité, le penseur, l’écrivain, l’éducateur, fidèles à leurs vocation. 

L’image qui illustre cet article est celle d’une fenêtre isolée dans une nuit obscure. Son choix m’a été inspiré par une autre lecture ancienne, celle de Citadelle de St-Exupéry (dans l’édition de 1955, de la Bibliothèque de la Pléïade). On peut y lire pages 594 et 595 : « …Les dernières fenêtres éclairées montraient les malades. Il était deux ou trois cancers comme des cierges allumés. Puis cette étoile là-bas de celui-là peut-être qui reste aux prises avec l’œuvre car il ne peut dormir s’il n’a fourni sa gerbe.(….)Donc il en était quelques-uns, semblables à des sentinelles, face à la nuit comme face à l’impénétrable mer. En avant-garde. Nous sommes quelques-uns à veiller sur les hommes auxquels les étoiles doivent leur réponse. Nous sommes quelques-uns debout avec notre option sur Dieu. (….) Capitaines, mes compagnons, voilà qu’elle est dure la nuit à venir. Car les autres qui dorment ne savent pas que la vie n’est que changements et craquements intérieurs du cèdre et mue douloureuse. Nous sommes quelques-uns à porter pour eux ce fardeau, nous sommes quelques-uns aux frontières, ceux que brûle le mal et qui rament lentement vers le jour, ceux qui attendent comme au mât de vigie, la réponse à leurs questions, ceux qui espèrent encore le retour de l’épouse ».

Une telle éthique, une telle exigence est-elle encore celle des penseurs, journalistes, éducateurs, et hommes d’Etat d’aujourd’hui ?

Charles de Gaulle, malgré ses énormes défauts (envers de ses qualités non moins éminentes) était de cette race des veilleurs et hommes d’action dont parle St-Exupéry. Mais depuis ?

Et, à cette aune quel sera notre choix en avril ? Hélas ! Hélas !Hélas !

A défaut de l’impossible, tâchons du moins d’empêcher la France d’être mise en « veilleuse », si l’on voit ce que je veux dire.

Et pensons à la suite, travaillons avec lucidité à réfléchir en groupes, scrutons dans la nuit les facteurs d’espérance qui existent. Ceci, sérieusement mais sans nous prendre au sérieux. Telle est l’ambition modeste, mais obstinée du Scrutateur auquel vous viendrez, je l’espère, vous joindre.

Edouard BOULOGNE.

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