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Publié par Edouard boulogne

Le guépard.

(Le texte qui suit est le fruit d’un travail réalisé sous mon contrôle par un groupe de jeunes des classes terminales du lycée de Massabielle à Pointe-à-Pitre, après visionnement du film de Luchino Visconti « Le guépard », qui est disponible désormais en DVD. Voici donc une fiche de lecture réalisée par des amateurs, sans autre ambition que d’inciter les visiteurs du Scrutateur à voir ou revoir un chef d’œuvre). E.BOULOGNE.

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Film de Luchino VISCONTI, d’après le roman de l’aristocrate Italien (et Sicilien) GT de Lampesuda. 1963.

Nous sommes en face moins d’une réflexion que d’une « monstration » de la beauté.
Tout est beau dans cette œuvre, les acteurs, les décors, les costumes, les sentiments, indépendamment de leur aspect éthique.

Les thèmes de réflexion sont nombreux.

Le contexte est celui de l’Europe du 19è siècle, où l’ordre ancien, celui des monarchies glorieuses et séculaires, est remis en question par les transformations économiques et sociales de la révolution industrielle en cours.

L’élite traditionnelle, qui est l’expression de l’ordre ancien,, est magnifique, patinée par le temps, souvent courageuse, élégante, raffinée, fruit d’une lente croissance et qui a mérité le prestige, la puissance, l’admiration dont elle jouit encore, cette élite donc, est ébranlée. Elle voit monter une classe nouvelle, plus en phase par ses idées et ses mœurs avec le nouveau cours des choses, mais « sans noblesse », sans brio sans élégance, souvent « plouc », (mais de plus en plus riche !!!). Elle  souffre, craint, et contemple l’avenir avec anxiété, un avenir où ses valeurs auront de moins en moins cours.

Chez les plus lucides de ses représentants, le thème dominant est donc celui de la nostalgie, de la hantise du déclin.

Ceci est particulièrement évident chez le Prince Salina, interprété avec une souveraine aisance par Burt Lancaster.

Le prince est beau, intelligent, racé. Mais il décline. En tant que personnage social, mais aussi en tant que personne individuelle, car il entre dans la soixantaine. Le corps va s’empâter, les femmes se détourneront bientôt, sauf peut-être par politesse, de ce « guépard », splendide animal sauvage, fait pour la liberté, la chasse, l’aventure.

Le prince est prêt à reporter ses espérances sur son neveu, interprété par Alain Delon, jeune aristocrate très doué : « il faut des siècles pour fabriquer un homme comme lui », s’exclame le prince. Le jeune homme cherche le riche mariage, qui lui procurera ce qui dans l’époque qui s’ouvre, va compter, plus que tout : « l’argent ».

Il croit l’avoir trouvé dans cette belle jeune fille, roturière mais riche, (Claudia Cardinale) dont le père, bourgeois cupide, homo novus,  est incapable de juger d’un palais, d’une œuvre d’art, autrement qu’en termes quantitatifs, en monnaie sonnante et trébuchante.

Qu’importe, on mariera l’ancien et le nouveau pour que la famille garde son rang dans l’avenir, « il faut tout changer pour que tout reste comme avant ». C’est le leit motiv du jeune homme, auquel Salina voudrait croire sans vraiment y parvenir.

Au cours d’un bal qui clôt le film, qui se donne chez de grands seigneurs de Palerme, et durant lequel ce milieu va splendidement briller de ses derniers feux, et dans une certaine conscience, chez les plus intelligents, de cette  ambiance crépusculaire de fin d’un monde, de la présence discrète de la mort qui plane sous les dorures, Salina, splendide, erre dans les salons dorés, écoute pérorer, non sans dégoût, le monde nouveau mêlé à l’ancien, pressent à de petits signes, sa fragilité personnelle, l’approche de sa mort, symbole de celle d’un monde fier et beau, mais désormais condamné. Vaut-il la peine de vivre encore.

 Mais un Salina ne se suicide pas.

A l’aube, quand le bal touche à sa fin, des jeunes, eux seuls, dansent, pour que dure encore (« encore une minute, monsieur le bourreau » !) cette nuit surréaliste, le prince s’éclipse. Il rentre chez lui à pieds. Dans les rues encore obscures de l’aube palermite, ce guépard en grand et solennel habit de fête, rencontre un prêtre et deux enfants de chœur qui, au bruit d’une clochette, s’en vont porter les secours de la religion à quelque mourant.
Présage ? 

Le prince s’agenouille dans la boue. Il se signe, il prie : « Mon Dieu, n’est-il pas possible que vous me soulagiez du fardeau de mes angoisses et de mes contradictions ? Ne pouvez-vous m’inviter au banquet céleste, où je goûterai  enfin votre divine paix, votre éternelle béatitude » ?

Film où le metteur en scène le duc Luchino Visconti a peut-être mis un peu de son âme personnelle, de sa propre quête d’absolu.

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Tietie007 13/10/2008 14:21

Qu'Alain et Claudia étaient beaux !