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Publié par Edouard boulogne

Au chevalier Jacques Martial !




D. 24/09/06 (20h30) :


Aujourd’hui le comédien Jacques Martial qui accompagne le ministre des affaires culturelles dans son voyage aux Antilles est décoré par celui-ci de la croix de chevalier des Arts et des Lettres (ou quelque chose comme cela).

Je considère Martial pendant la cérémonie.
Bel acteur dans la force de l’âge, ayant derrière lui une déjà très appréciable carrière tant au théâtre qu’au cinéma. Ets-il au sommet de cette carrière ? Je ne le crois pas, j’espère que non, pour ses parents que je connais et apprécie, pour la Guadeloupe (qui mérite aussi des modèles issus de son sol, et pas seulement des terrains de football), surtout pour lui que j’ai un peu connu plus jeune. La photographie de cet article rappelle que j’avais rencontré Jacques Martial, en octobre 1981, pour le journal Guadeloupe 2000 qui, dans son édition de novembre de cette année là, publiait une longue et très belle interview du jeune acteur (il avait alors 25 ans). Il y faisait part de ses ambitions, de ses projets, de ses admirations, de ses conceptions artistiques.

Il est toujours intéressant de comparer un homme 25 ans après.
Il me semble que J.Martial n’a pas encore tenu toutes ses promesses, accompli toutes ses potentialités.

Si j’avais un conseil à lui donner (aah la prétérition ! ), ce serait d’éviter le piège de l’esprit de sérieux (ah ! les grands écrivains « consacrés » qui paradent sur nos écrans, bouffis de prétention et d’autant plus arrogants qu’ils doutent d’être ce qu’ils veulent faire croire !), et par dessus tout de ne pas accepter (au moins intérieurement) de devenir une sorte « d’acteur officiel ».

« Chargé de mission », c’est bien. Chevalier de ceci ou de cela ? Pourquoi pas ?
Mais tous ces titres ne sont que breloques et pantomimes. L’acteur ici me comprendra sans effort.
C’est parce que je me souviens du J.Martial de 1981, que je le crois encore en deçà de son idéal de jadis, et de ses moyens.
Mais il  y a le piège qui guette le quinquagénaire ordinaire, ce mirage de la considération, des honneurs, de la  menteuse  louange, du confort, de la sécurité, des situations assises.

Au 5è acte de la pièce de Rostand, Cyrano va mourir. C’est une affaire de minutes. Mais le Duc de Guiche qui l’ignore, s’enquiert de lui, cet ancien rival. Guiche a tout, un grand nom, de la fortune, et même du talent. D’où lui vient, dans l’âme, cette amertume, cette incomplétude, ce sentiment si âcre de l’échec ? C’est qu’il a composé, négocié, triomphé, ne serait-ce qu’une fois, par esprit de coterie, avalé les couleuvres par médiocre ambition.
C’est pour cela qu’il admire Cyrano qui n’a pas composé, qui est pauvre, seul, démuni, mais qui court à l’immortalité.

Guiche confesse à propos de Cyrano :

                            « Oui parfois je l’envie.
Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,
On sent, - n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! -
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait  pas un remords, mais une gène obscure ;
Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
Un bruit d’illusions sèches et de regrets,
Comme, quand vous montez lentement vers ces portes,
Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes . »

On aura compris que l’estime que je porte à Jacques Martial nouveau Chevalier des Arts et des Lettres, si je ne lui souhaite ni la disette et la cendre, ni le coup de poutre sur la tête (par derrière, évidemment !) dont mourut Cyrano, me pousse à lui souhaiter un autre destin que celui d’un Guiche !

Edouard Boulogne.

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