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Publié par Edouard boulogne

JF Revel : Mort d’un homme libre.


    On peut, c’est mon cas, ne pas souscrire au matérialisme assez élémentaire qui constitue la métaphysique de Jean-François Revel ( nom de plume de cet écrivain dont le vrai nom était JF.Ricard) qui vient de mourir à Paris.
Il est en revanche difficile de ne pas saluer la pertinence et le courage, le non conformisme réconfortant, de l’analyste politique et du journaliste d’idées qu’il a été.
A cet égard il va manquer à tous les esprits libres légitimement inquiets du tour que prend l’information en France, de plus en plus soumise aux ukases d’une pensée « unique » comme on dit, c’est-à-dire, en fait, prise en mains, et étroitement contrôlée par des groupes de pression idéologiques, de gauche et d’extrême gauche, le plus souvent anti-français, et viscéralement anti-chrétiens.
Heureusement, si l’homme Revel est maintenant disparu, son œuvre demeure. Elle restera pour de nombreuses années encore, une incitation à la résistance de l’esprit contre l’abrutissement programmé, un prodigieux arsenal de faits et d’arguments où puiser pour les hommes épris de liberté.
J’aurai souvent ici, dans Le Scrutateur , comme jadis dans le journal Guadeloupe 2000, à renvoyer le lecteur à cette œuvre salutaire.
Je ne vois pas de meilleur hommage aujourd’hui à lui rendre, que de proposer une petite anthologie de textes Revéliens parmi les plus représentatifs de cet auteur, et, comme par hasard « oubliés » dans les hommages qui lui ont été rendus cette semaine, et même par Le Point, qui fut pourtant l’hebdomadaire où il publia ses éditoriaux au cours des dernières années.

1) Les naïvetés du colonel Rémy.

On connaît moins Gilbert Renault que le colonel Rémy. Et c’est pourtant le même homme, Rémy ayant été le nom de résistant de Renault. Rémy, un résistant de la première heure, un gaulliste pur (il n’y en eut pas tant que cela), organisateur d’un célèbre réseau de résistance.
Après la guerre il connut quelques déboires. Courageux, intelligent, il était aussi, en politique quelque peu naïf. Jean-François Revel qui fut son ami, ne cache pas l’admiration, et la sympathie qu’il lui voua, ni l’amusement que lui procura les candeurs de l’ancien chef de réseau.
En voici un exemple, qui montre à la fois quelles étaient les limites « politiques » de Rémy, et aussi le goût de Revel pour le dévoilement de certains faits, qui sont bien plus qu’anecdotiques puisqu’ils révèlent, négligemment, en passant, sur quels trompe-l’œil pas du tout innocents s’est bâtie, après guerre, une certaine idéologie résistantialiste.
Le passage cité ci-dessous se trouve dans les Mémoires de JF Revel (sous titrés : Le voleur dans la maison vide, pages 90 et 91. Editions Plon).

    *  « Un soir de 1950, il ( Rémy) accompagnait de Gaulle qui logeait rue La Pérouse, son lieu de séjour habituel quand il venait à Paris et qui, après dîner, faisait une promenade digestive autour de la place de l’Etoile, avant de se retirer. De Gaulle rêvassait à voix haute tout en déambulant, et, à une diatribe de Rémy contre Pétain, il rétorqua : « souvenez-vous qu’il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain aussi bien que la corde de Gaulle ». Je n’ai jamais eu le moindre doute sur l’honnêteté de Rémy et la véridicité de sa transcription du propos gaullien. J’ai, en revanche la plus piètre opinion de son sens politique. Car comment eut-il l’ingénuité d’imaginer qu’il pourrait, surtout dans le contexte de l’immédiate après-guerre, publier cette phrase du chef de la France libre sans s’attirer un foudroyant et catégorique démenti ? C’est pourtant bien ce que fit l’imprudent ».
Evidemment le démenti claqua immédiatement, Rémy fut chassé du RPF, et passa beaucoup de temps à tenter de faire accréditer la vérité du propos controversé, qui n’est pas sans importance, on en conviendra.
En revenant sur cette histoire, après le décès du colonel, Revel témoigne à la fois de son souci de la vérité historique, et d’un sens de l’amitié qui mérite d’être souligné.

2) Racisme, esclavage où la litanie quotidienne, mais pas tous les racismes, ni tous les esclavages !

Un autre des grands ouvrages de JF Revel est La connaissance inutile, (éditions Grasset) qui, bien que publié en 1988, n’en garde pas moins une étonnante actualité. On en jugera par les courts extraits du chapitre Fonction de l’antiracisme, que je reproduis ci-après :

    *Racisme !

« J’y reviens, le racisme n’est pas, hélas ! le seul crime en ce monde. Des populations entières sont souvent exterminées sans que le racisme y entre pour quoi que ce soit. Si intolérable soit le racisme, reste que subir un manque d’égards, essuyer un comportement injurieux dans les rapports personnels de la part d’un raciste, dans une société de droit, est moins irréparable pour moi, comme individu, lorsque j’en suis victime, que d’être assassiné par un despote, même si la couleur de sa peau est la même que la mienne. A tout prendre, je préfère la discrimination sans meurtre au meurtre sans discrimination. La première peut se corriger avec le temps et l’éducation, pas le second. (…) Si le seul crime considéré de nos jours comme inexpiable est le racisme, doit-il en ressortir et sommes-nous fondés à en déduire que tous les crimes contre l’humanité sont permis, du moment qu’ils ne sont pas inspirés par le racisme ? Ou plus précisément par le racisme blanc, le seul qui soit jamais pris en considération ? Et pour être tout à fait complet, le racisme blanc n’est lui-même répréhensible que s’il vient d’une société capitaliste et démocratique. Le massacre d’Asiatiques ou d’Africains par des Européens socialistes est autorisé, de même que la discrimination à l’égard des Noirs à Cuba. Le seul racisme, en définitive, est le racisme blanc capitaliste »

*Esclavage !

Dans le même chapitre, Revel poursuit en traitant de l’esclavage, et ces lignes sont édifiantes, elles pourraient avoir été écrites ce jour de mai 2006.

« Cet antiracisme discriminatoire s’applique d’ailleurs au passé même. C’est ainsi que le seul trafic d’esclaves sur lequel se concentre la mémoire historique, avec une juste répulsion rétrospective, est la déportation des Noirs aux Amériques et dans les îles Caraïbes. La mémoire oublie un autre « lieu » du crime : l’esclavage dans le monde arabe, les quelques 15 millions de Noirs qui furent arrachés à leurs villages et transportés de force dans le monde musulman, soit au Maghreb, soit au Moyen-Orient, du VII au XX siècle. Elle oublie qu’à Zanzibar il y avait vers 1860 environ 200000 esclaves pour une population de trois cent mille habitants . Elle oublie que l’esclavage n’a été officiellement abolie en Arabie Saoudite qu’en 1962 et en Mauritanie qu’en 1981. ! Je dis « officiellement » car dans la pratique, par exemple en Mauritanie, il existe toujours. On en a signalé la recrudescence en 1987 au Soudan » etc.

    *Pas de repentance à sens unique.

Toujours dans La connaissance inutile, JF Revel réclame une plus grande équité dans la dénonciation des crimes, et dans la détermination des actes et pensées méritoires.

« Aussi le seul crime considéré de nos jours comme inexpiable est-il le racisme des Blancs. Et il doit l’être, à condition qu’on n’en tire pas le corollaire qu’un crime cesse d’être grave s’il est perpétré par des membres d’une autre communauté. Pourquoi serait-il moral de fusiller des homosexuels quand c’est en Iran ? Pourquoi les « libéraux » américains restent-ils silencieux quand le pasteur Jesse Jackson appelle New York Hymie town, la « ville youpine ». Parce qu’il est noir ? Un candidat à l’investiture pour la présidence peut-il se permettre d’être antisémite s’il n’est pas blanc ? Quelles clameurs n’auraient-on pas entendues si Le Pen avait appelé Paris « youpi-ville » ! Lorsque Montaigne stigmatisait avec une vibrante virulence les forfaits des Européens durant la conquête du Nouveau Monde, il le faisait au nom d’une morale universelle, dont les Indiens eux-mêmes n’étaient pas dispensés.
Notre civilisation a inventé la critique de soi au nom d’un corps de principes valables pour tous les hommes et dont doivent donc relever toutes les civilisations, dans la véritable égalité. Elle perd sa raison d’être si elle abandonne ce point de vue. Les Perses d’Hérodote pensaient que tout le monde avait tort sauf eux ; nous autres Occidentaux modernes, nous ne sommes pas loin de penser que tout le monde a raison sauf nous. Ce n’est pas un développement de l’esprit critique, toujours souhaitable, c’en est l’abandon total ».

    L’allusion à Hérodote me plait. Le patron des historiens est l’un de ceux qui a le mieux renseigné sur un certain Mégistias, qui mourut contre les Perses, aux rives du Spercheios, pour la défense de ces valeurs qui fondent la vie, lui donne du goût, et qu’il est du devoir, aujourd’hui des vrais humanistes, en particulier des chrétiens, de défendre pied à pied, et de promouvoir.

    Edouard BOULOGNE.

Parmi les autres ouvrages de Jean-François Revel qui méritent d’être lus, je signale particulièrement :

*La tentation totalitaire (Editions Laffont).
*La grande parade (Plon).
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