I)Une commémoration souhaitable. Pour la commémoration de l’esclavage c’est donc la date du 10 mai proposée par le Comité pour la mémoire de l’esclavage qui a été retenue, contre celle du 23 mai préférée par le groupe d’associations fédérée par monsieur Serge Romana. Je suis de ceux qui pensent que l’essentiel est que cette commémoration ait lieu, quelle qu’en soit la date. Certes, il peut paraître injustifiable d’appliquer, rétrospectivement, à des faits qui se sont déroulés il y a des siècles, dans un tout autre contexte mental que celui qui règne présentement, la qualification de « crime contre l’humanité » (qui est apparue, rappelons-le, en 1946, au Congrès de Nuremberg, au procès des crimes du nazisme). Mais que les jeunes Français d’aujourd’hui connaissent leur histoire sous tous ses aspects (sans exceptions certes, il faut le rappeler, en ces temps de « repentance » généralisée, donc aussi les actes positifs et généreux, nombreux !), sans doute cela est-il utile et comporte-t-il même une certaine grandeur, digne de notre pays.
II)Agacements.
La démarche du Président de la République manque cependant de clarté et de cohérence aux yeux de nombreux observateurs. Passons sur le ton guindé, compassé, ineffablement compassionnel, de cet homme vieillissant et sous influence. Il faut, en revanche se demander si le président Chirac est bien logique, lorsqu’après avoir demandé au Conseil constitutionnel d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le rôle positif de la présence française outre mer, au motif que ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire, où plus précisément de fixer, en la matière les bornes du légitime et de l’illégitime, aujourd’hui, devant un aréopage de personnalités politiquement et historiquement « correctes », estime que « l’esclavage doit trouver sa juste place dans les programmes de l’école primaire, du collège et du lycée ». N’est-ce pas là un « fait du prince » qu’on n’attendait pas d’un si grand « républicain » ? Il y aurait donc des aspects positifs de la colonisation dont on ne devrait pas parler dans les manuels d’histoire (à moins qu’on ne nie qu’ils aient tout simplement pu exister, comme l’autre soir dans l’émission d’Arlette Chabot, le disait Stéphane Pockrain, et aujourd’hui à l’Elysée le président de la région Guadeloupe : M. Lurel), et d’autre part les effets négatifs dont il faudrait parler, et plutôt deux fois qu’une ! Autre sujet d’agacement, souvent éprouvé, mais n’avoué que par un petit nombre : cette revendication de « fils d’esclaves », par des personnalités gavées d’honneurs et de biens (« sans argent l’honneur n’est qu’une maladie » ! ! ! comme disait le Petit Jean des Plaideurs de Racine). L’esclavage était-il un ordre aristocratique ? Etait-il un état si méritoire qu’on devrait s’en réclamer des siècles plus tard afin qu’un peu du prestige de l’ancêtre rejaillisse même sur ses descendants qui en seraient les plus dépourvus ? Ainsi d’un duc et pair ! L’on comprendrait, en revanche, le descendant de tel nègre marron qui aurait tenté de secouer un joug détestable, ou le descendant d’un Delgrès, ou de Solitude. Mais l’esclavage ne fut qu’un état détestable, qui doit être stigmatisé par tous (avec toutes les précisions nécessaires sur le danger de l’anachronisme en histoire). Il fut le résultat de la collaboration des négriers blancs européens acheteurs d’esclaves et d’Africains qui pratiquaient ce négoce depuis des siècles , et qui le pratiquent encore à l’intérieur de l’Afrique contemporaine. Alors le titre de « descendant d’esclave », ne serait-il pas, sinon pour les naïfs, du moins pour les roués un procédé d’intimidation pour en tirer quelque profit, politique, financier, ou de notoriété ? Reconnaissons que la question mérite d’être posée. Il faudrait que le public qui est visé par ce discours compassionnel se remémore la leçon de la fable du Corbeau et du renard : que « tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute ».
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