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Publié par Edouard Boulogne

Lettre au Scrutateur.  



Cher Scrutateur,

Ayant lu sur votre site le préavis de grève générale déposé par les mêmes qui ont, il y a quelques mois,  paralysé l'île pendant 44 jours (et non pas 46, le Scrutateur a bien expliqué pourquoi), la perspective de voir le LKP reprendre du poil de la bête avec la silencieuse complicité des pouvoirs publics (il est vrai que Jégo, cette fois, n'est plus là et que cela change beaucoup de choses) est d'autant plus préoccupante que la Guadeloupe profonde se démarque de plus en plus de ces flibustiers qui entendent prendre leur pied (le pied était, chez les corsaires, la part de butin de l'équipage, celle-ci représentant un tas d'un pied de hauteur... par tête) sur la Guadeloupe. Une réponse claire de l'État serait d'autant plus nécessaire qu'il y a un grand risque d'escalade. Les indépendantistes étant défaits idéologiquement, ils voudront se venger de la population guadeloupéenne qui ne les suit plus tellement. Et, dans la mesure où ils savent qu'ils ne pourront indéfiniment subvertir la démocratie, ils savent aussi qu'ils n'ont plus rien à perdre (leurs retraites de fonctionnaires étant assurées ad vitam, comme leurs salaires l'ont été pendant les 44 jours). Ainsi chercheront-ils forcément à déclencher le pire. Il ne faut pas se tromper, ces gens-là veulent prendre la Guadeloupe à l'abordage pour y faire prise et emprise, sachant que jusqu'à présent, aucune autorité de l'État ne s'est vraiment mise en travers de leurs visées. Et, en 44 jours (unité de mesure de ces gens-là qui ne sont grévistes, officiellement, qu'un seul jour), on peut en faire, des dégâts.

Il ne faut pas négliger les détails : ceux-ci montrent jusqu'où les troupes de la subversion sont prêtes à aller. Par exemple, la revendication relative à "la vérité sur la mort de Jacques Bino". Elle est non seulement, par son côté burlesque, une offense à la mémoire du regretté Jacques Bino, mais elle montre également jusqu'où la mauvaise foi du LKP peut aller, et donc le degré de... "motivation" de ses meneurs.

Cher Scrutateur, je voudrais vous faire part de mon inquiétude à propos de l'attitude de l'État, celui-ci étant en ce moment très occupé à chasser le CO2, à en évaluer le prix, et à asseoir une taxe dessus, comme si la surréalité devait prendre le pas sur la réalité. Ce sont là des méthodes à la Louis II de Bavière, à savoir la conjugaison de délires et de passions, qui ne laissent place qu'à un intérêt très secondaire pour la marche des choses, si lointaines - en termes de préoccupations - que sont les exactions révolutionnaires projetées par le LKP et ses nervis.

Cette double perspective, de mettre de l'ordre dans la stratosphère et de laisser le désordre s'installer au niveau du sol m'inquiète, cher Scrutateur. C'est ce qui me fait "l'ouvrir", comme on dit. Le besoin de parler pour conjurer le sort, sans doute. Car il n'y a pas que la Guadeloupe, qui soit menacée de désordre et de sauvagerie. La France entière, c'est-à-dire toute la France, y est exposée, et le bla-bla-bla officiel, en dehors de son intérêt incantatoire, n'est une garantie de rien. Certes, nos excellences excellent à exceller, mais à exceller seulement. Un peu comme Monsieur Jourdain fit de la prose, Tartuffe des tartufferies, et la famille Diafoirus des diagnostics... Dans le vide pour M. Jourdain, dans le vice pour Tartuffe et dans l'orgueil, mais aussi dans le lucre, pour Messieurs Diafoirus père et fils qui n'ont jamais oublié de se servir au passage.

Certes, on aurait parfois envie que l'État - ses représentants du moins - ne fassent rien, ou le moins possible, tant la pensée qui gouverne l'action publique est faussée par des considérations que l'on dit politiciennes, mais qu'il serait plus juste de qualifier de démagogiques. La pensée en question est de surcroît plus souvent que rarement faussée par des considérations idéologiques ou stratégiques (voire quelquefois très sottes) qui aboutissent rarement à l'effet escompté, en raison de trous dans la couche de raisonnement.

Prenons l'exemple de cette fameuse "prime à la casse " de 1000 euros, dont tout le monde - en haut lieu - s'accorde à dire qu'elle a soutenu une activité automobile malmenée par "la crise" et qui aurait été moribonde sans cet artifice. Mais il a été décidé d'y mettre fin. Et c'est là qu'est le côté délicieux de l'affaire.

Nos excellences nous disent - sans rire - qu'il est temps de mettre fin à la prime à la casse de 1000 euros, qui coûte très cher au budget de l'État. C'est là, comme dirait Saint-Jean, qu'il faut de la finesse. Car nos excellences sont tellement excellentes, qu'elles ne comprennent même pas la ventilation des recettes et des dépenses à l'intérieur des caisses de l'État dont elles ont la charge : elles (nos excellences), qui sont toujours si promptes à tout savoir et à tout expliquer, ignorent - en tout cas elles oublient d'en tenir compte - qu'il existe une recette fiscale directement liée à l'activité industrielle et marchande, c'est la TVA. Celle-ci est de 19,6 % en France, sur les voitures neuves : imaginons donc un prix moyen de 10.000 euros par voiture neuve vendue dans le cadre de cette politique d'encouragement, c'est un excédent de recette de 960 euros qu'encaisse l'État après le versement de la prime de 1000 euros (et même avant, car la TVA est plus vite encaissée par l'État que la prime n'est... décaissée). Même sur une Logan à 7600 euros TTC en France métropolitaine, la TVA sur ce modèle est de 1245 euros, et l'État reste gagnant de 245 euros dans l'opération "prime à la casse" après avoir déboursé ces fameux 1000 euros. Comment se fait-il que n'importe quel imbécile soit capable de s'en rendre compte, mais seulement n'importe quel imbécile ? 

L'évidence passe-t-elle au-dessus de la tête de nos excellences, ou nos excellences sont-elles bien trop au-dessus de la vulgaire évidence ? That is THE question. Un peu comme la barbe du capitaine Haddock dans "Coke en stock".

Ne parlons même pas des autres recettes fiscales possibles lorsqu'une activité est soutenue. Car, et M. de La Palice ne nous contredira pas, plus de chiffre d'affaire aide à tendre vers de meilleurs résultats pour les entreprises, et donc, pour l'État, à plus de rentrées en provenance de l'impôts sur les sociétés ; sans compter le maintien de l'emploi (précisons-le pour les excellences qui nous liraient : et donc plus de cotisations sociales, et moins d'indemnisation de défaut d'emploi), sans compter d'éventuels travaux, l'achat de matériels et d'outillage, etc. etc. etc. avec, chaque fois, tout au long de la chaîne, de l'emploi, du chiffre d'affaire et des recettes fiscales à la clé (TVA plus impôts sur les sociétés ou BIC chez les entrepreneurs individuels, comme nous devons encore le préciser pour la raison évoquée un tout petit peu plus haut).

Une certaine méfiance des excellences à l'égard des évidences nous conduit donc à aimer les "rois fainéants". Cependant, en pensant aux désordres à venir - en tout cas, aux désordres promis -, on aimerait bien voir la République, si prompte à se déclarer état de droit, si prompte à poursuivre, châtier, et pourfendre les racistes et autres terroristes, se réveiller au nom des principes républicains dont elle se fait si volontiers le fer de lance (l'affaire de lance, si l'on veut féminiser).

Cependant encore, les considérants qui président aux décisions de gouvernance (grand mot à la mode, sur lequel nous reviendrons) sont tellement surprenants, que, alors que même France-Antilles semble avoir pris ses distances avec Domota, le LKP pourrait recommencer ses opérations de nuisitude (auxquelles s'est pleinement associée Ségolène Royal, ne l'oublions pas), le LKP se sentant fondé dans sa certitude d'une attitude inappropriée de l'État (ou à tout le moins de ses représentants), car c'est plus souvent que rarement le cas. Je voulais, cher Scrutateur que nous en prenions acte. Et que nous nous réservions la joie d'être agréablement étonnés.

Et puisque ceci est un billet d'humeur, permettez-moi, cher Scrutateur de tordre le cou à ce mot de "gouvernance" lancé par Raffarin, et repris à l'envi par les perroquets de Panurge, traduisant là, soit leur ignorance, soit leur volonté de participer à une mystification relative à la dynamique organique. En effet, on comprend bien que ce mot met en avant une relation quelconque avec l'administration et plus précisément avec la manière d'administrer, mais s'il fallait traduire exactement ce qu'il veut dire aujourd'hui, cela donnerait : bricolage gouvernemental. Pas davantage. La définition que lui donne le dictionnaire de l'Académie* est très claire, et met en lumière quelque chose qui ressemble assez à une preuve d'imposture chez ceux qui emploient le mot "gouvernance" à tire-larigot, car le mot tel qu'il est répertorié par l'Académie n'a rien à voir avec ce que voulait dire Raffarin, grand gisement de raffarinades il est vrai. La gouvernance, c'est... une juridiction sous l'autorité d'un gouverneur.

* GOUVERNANCE  n. f. XIIIe siècle. Dérivé de gouverner.
 1. Anciennt. Juridiction établie dans certaines villes des Flandres. La gouvernance d'Arras, de Lille.
 2. Au Sénégal, siège du gouverneur d'une région et des services administratifs placés immédiatement sous son autorité ; ces services eux-mêmes.

La gouvernance sauce Raffarin de donne-t-elle pas, une fois de plus, l'impression que la salade est servie ?

En résumé, prenons acte que nos excellences tiennent à supprimer progressivement la "prime à la casse" pour l'activité automobile (au mépris des recettes que cette prime favorise mécaniquement). Mais espérons que ces mêmes excellences n'auront pas, prochainement, par leur manière de faire avec Domota et le LKP, une attitude que l'on pourrait qualifier de... "prime à la casse". 
                     


Jojo Allé-Dimoitou
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Jojo Allé-Dimoitou 05/10/2009 12:50



Eh bien, cher Astérix, très sensible à vos charitables conseils lexicaux, je tiens à vous rassurer, c'est bien abordage que j'ai écrit, et à dessein. J'ai voulu faire allusion à la flibuste, à la
prise d'assaut de la Guadeloupe par des personnes mal intentionnées à des fins de pillage (avec, dans le cas qui nous intéresse, de prétendues lettres de courses prétendument délivrées par le
peuple gwradloupéyens, les plus faibles d'esprit prenant le LKP pour un lyennaj corsairifique). Nous sommes au-delà du sabotage, cher Astérix. Le sabotage est une pratique quasi clandestine,
nocturne, de résistance éventuellement. Là nous sommes dans l'assaut, au grand jour, dans l'arbordage et, si je puis dire, le drapeau noir (à tête de mort) flotte sur la marmite. Et donc,
pardonnez-moi, chez Astérix si j'ai mal choisi mes mots et mon image. En tout cas, il n'y avait nul lapsus calami dans le choix du mot... abordage.



dupond et dupont 04/10/2009 03:02


je dirais même plus: redoutale....


astérix 02/10/2009 17:19


un mot m'a interpelé dans votre billet:  " ABORDAGE" vous voulez dire "SABOTAGE"!Allez tous  à votre PETIT LAROUSSE pour la signification de ces 2 mots!Et puis,je crois que la menace
nucléaire qui plane sur le monde est peut  etre plus préocupante pour l'intant que nos exigences d'enfants gatés !


Edouard Boulogne 02/10/2009 18:06


Evidemment! Les Gaulois ont toujoure eu peur que le ciel leur tombr sur la tête!
Mais en Guadeloupe, pour l'instant, le virus qui nous menace est plus redoutable que le trop fameux H1N1


renaud dourges 01/10/2009 09:47


exvellente analyse. concernant les nouvelles menaces du LKP le silence préfectotral est éloquent on a l'impression que le gouvernement se fiche des antilles françaises et qu'il ne serait pas faché
de les larguer pour reprendre un terme de marine