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Publié par Edouard Boulogne

Christiane Beuzelin nous a quitté.

 

 ( Christiane, dans les années 1980, le coeur sur la main, et le chéquier toujours à proximité. Une aide au prochain, coûteuse, pour elle, et qui n'entraînait aucune déduction d'impôt!).



Christiane Beuzelin était une vieille amie du Scrutateur. Une amie de presque cinquante ans.

A cette époque, lointaine, du tout début des années 1960, quand je quittais le domicile de mes parents, situé rue François Arago, juste en face de l'externat Saint Joseph de Cluny, pour me rendre au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, j'avais remarqué, parmi toutes ces jeunes filles qui attendaient l'heure de la rentrée dans leur école, quelqu'un qui m'avait étonné par sa taille menue, et son attitude songeuse, celle que j'ai prise d'abord pour une petite fille, perdue parmi les grandes. J'appris très vite qu'il s'agissait d'une élève de première, fille d'une importante personnalité du monde économique de la Guadeloupe, et que cette « petite » fille était l'une des meilleures élèves de son école réputée.

L'année suivante nous devions nous rencontrer en classe terminale du lycée Carnot; et chacun des adolescents que nous étions dans cette classe à très large majorité masculine, devait découvrir que la réputation de Christiane n'était nullement usurpée.

Notre amie était née avec un lourd handicap physique qui lui donnait cette apparence hors norme.

Le handicap était seulement physique. Intellectuellement, et mentalement, grâce à l'éducation très remarquable que lui avaient donnée ses parents, et notamment son père Georges, PDG du Crédit Guadeloupéen, Christiane, sans complexe apparent frayait avec les gens de son âge.

Elle se rapprocha notamment de moi, et cette amitié élective devait durer jusqu'au bout.

Baccalauréat enlevé brillamment du premier coup ( à une époque où cet examen signifiait quelque chose ), Christiane entreprit de passer sa propédeutique, difficile examen préparatoire aux études de licence, à Bordeaux, car la Guadeloupe ne dispensait pas encore d'enseignement supérieur.

La plus forte volonté du monde ne put réaliser de miracle, car les grandes difficultés de locomotion de notre amie la handicapèrent fortement.

Difficile d'aller à l'Université, aux restaurants universitaires,etc, en empruntant les autobus, et les moyens de déplacements ordinaires pour les gens « normaux ».

Christiane dut se résigner à rentrer au pays, sans avoir obtenu ce qu'elle pouvait légitiment espérer, au moins une licence d'enseignement.

Elle fit cependant tout ce qui dépendait d'elle pour mener une vie autonome, donnant des cours particuliers, qui, pendant une trentaine d'années furent très réputés et courus.

Grâce à elle, pas de cas « désespérés » d'enfants difficiles, ou paresseux, qui ne trouvassent la meilleure des solutions.

Je n'ai jamais connu de volonté aussi forte et constante que chez mon amie. Ni de générosité.

Une volonté d'agir, de jouer un rôle positif, au service des autres, des petits, des blessés de l'existence. Une part de ses revenus, si personnellement, et péniblement gagnés passait à l'aide à l'enfance en détresse, (et pas seulement en Guadeloupe), à participer à la réfection d'éléments du patrimoine guadeloupéen aussi précieux à ses yeux que, par exemple, la restauration de l'église St-Pierre et St-Paul de Pointe-à-Pitre.

Une générosité, à la limite de l'imprudence, heureusement tempérée par ses parents et nombreux vrais amis, qui l'avait conduite à adhérer à un lions Club dont la devise « We serve » lui plaisait. Les « Lions » en firent durant une année leur présidente, active, efficace.

Il n'est pas jusqu'au journalisme où Christiane ne s'essaya, notamment dans le journal Guadeloupe 2000.

Mais ces dernières années, sa santé l'affecta de nouveau, durement, sans altérer sa volonté, et ceci jusqu'au bout. Ni son humour, constant, et décapant, permanent, un aspect inséparable de sa personnalité. Elle est morte, mercredi, et ses obsèques ont été célébrées hier en cette église St-Pierre et St-Paul pour laquelle elle avait tant oeuvré, et où le père Serge Cyrille lui a rendu le magnifique hommage qu'elle avait mérité.

Au tout début de la cérémonie, j'avais lu ce texte de Saint-Augustin, que Christiane aimait beaucoup et par lequel je conclurai ces quelques lignes bien inférieures à leur modèle. Ce texte reflète bien la philosophie de la vie de notre amie, en particulier ses trois dernières paroles, apparemment paradoxales chez une personne qui s'était trouvée tellement confrontée au mystère de la souffrance, mais qui était une chrétienne, fervente, et par les actes.


« Ne pleurez pas si vous m'aimez,

Je suis seulement passée dans la pièce à côté.

Je suis moi, vous êtes vous.

Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le

sommes toujours.

Donnez moi le nom que vous m'avez toujours donné, Parlez moi comme vous l'avez toujours fait. N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste.

Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble. Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi. Que mon nom soit prononcé comme il l'a toujours été, Sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.

La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.

Elle est ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de votre pensée

simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je vous attends. Je ne suis pas loin,

Juste de l'autre côté du chemin.

Vous voyez, tout est bien ».


Au revoir Christiane. A Dieu!


Edouard Boulogne.



 

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toto de bahia 26/09/2009 17:01


Emouvant récit sur le don de soi.La grandeur d'ame  de cette femme renforce mes espérances de salut  en l'Homme


Laetitia 26/09/2009 04:12


Quel magnifique hommage rendu par un ami!!! Merci Edouard de manier la plume pas seulement dans le combat, pour la vérité... mais aussi pour l'amitié, l'éternité. J'ai un regret plus grand
encore de n'avoir pu assister à son enterrement... même si ce texte me laisse un peu l'impression d'y avoir été présente. Merci