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Publié par Edouard Boulogne

Nécrologie : Géneviève Dormoy nous a quitté. 



[ Le Scrutateur - cette tribune évidemment- est le fils légitime du mensuel de la presse écrite Guadeloupe 2000. Ne serait-ce que pour cela, il se devait de communiquer à ses lecteurs la triste nouvelle du décès de Géneviève Dormoy, qui en fut, de la Martinique où elle résidait, un soutien constant, fidèle, efficace.
Il y a cinq mois, cette noble vieille dame ( 92 ans)  me téléphona. De sa voix cassée, mais rieuse, et primesautière, comme toujours, elle me parla longuement. La Guadeloupe passait par des heures difficiles. Elle conclut la conversation en me disant : "Je suis trop vieille pour surfer sur internet. Mais je sais, beaucoup me l'ont dit que vous y continuez le combat que que vous avez mené avec Guadeloupe 2000. C'est bien! Continuez, je suis avec vous. Courage!"
Je ne savais pas que ces paroles étaient des paroles d'adieu. Elles me serrent le coeur.
Madame Dormoy, née Blandin, était d'origine guadeloupéenne, alliée à de vieilles familles de notre île, les Pauvert, les Cabre, notamment.
Elle était la soeur d'Arlette Bon qui publia ( sous le nom d'Arlette Blandin-Pauvert)  il y a quelques années ce beau livre sur l'histoire de la Guadeloupe, vue à travers l'histoire de sa famille,  de la fin du 19è siècle à la fin des années 1950 : "La Guadeloupe au temps des Mabos" (chez l'éditeur Désormeaux).
J'adresse à sa famille les condoléances du Scrutateur, et sûrement de beaucoup de ses lecteurs qui aiment les âmes fortes de chez nous.
On trouvera ci-dessous la reproduction de l'article qui a paru sur notre amie, dans l'édition martiniquaise de france-Antilles.

Edouard Boulogne.





Geneviève Dormoy dite « Ginette » s'est éteinte jeudi soir alors qu'elle était hospitalisée au Lamentin. Avec elle, part un pan de l'histoire du « punch coco » , point de départ de son entreprise. Ses obsèques auront lieu ce matin, 11 heures, à l'église du François.

Les établissements G.et P. Dormoy sont en deuil suite au décès jeudi soir à l'hôpital du Lamentin, de celle qui est à l'origine de l'entreprise. Il s'agit de Ginette, de son vrai prénom Geneviève, décédée à l'âge de 92 ans, à environ deux semaines de son anniversaire - le 8 septembre -.
C'est en 1918 en Guadeloupe que Geneviève voit le jour sous le nom Blandin. Surnommée « Ginette » par tous, personne ne sait d'où lui vient ce sobriquet, mais sa famille s'accorde à dire qu'elle est une de ces femmes pionnières du 20e siècle : « an fanm doubout' » .
Et ce qualificatif s'est justifié du fait que Geneviève Dormoy a su allier générosité, courage, vie de famille et vie de chef d'entreprise. Mariée à Roger Dormoy, géreur de l'habitation Feral, propriété des Hayot, elle met au monde six enfants qui s'ajoutent aux deux issus du premier mariage de Roger  Dormoy. Huit enfants au total!
Des débuts laborieux
Elle a déjà plus de quarante ans, lorsqu'elle se lance dans l'aventure de cette fameuse liqueur au coco qui ne laisse personne indifférent. « C'est délicieux » , ne cessent répéter ses amis qui n'hésitent pas à ajouter : « Tu devrais le vendre » . Des conseils qui ne vont pas tomber dans l'oreille d'une sourde. Sa recette du punch coco lui vient de son grand-père. Avec sa couleur crème, ses petits grains noirs de vanille en suspension, la boisson composée de pur lait de coco, de sucre, de vanille, de muscade, de citron vert et bien sûr de rhum lui donne des idées commerçantes du fond de sa cuisine à l'Habitation Féral à Rivière-Salée.
C'est contre l'avis de son mari qui la trouvait déjà bien trop occupée par ses enfants et leur éducation qu'elle sillonne toute la Martinique à bord de sa 4L - elle a passé son permis à 50 ans -, armée de son chapelet, afin de livrer son précieux breuvage. Autant dire qu'au début de l'activité des Punchs Dormoy rien n'a été simple pour Ginette. Elle confectionne le matin, livre l'après-midi, fait les comptes le soir. Mais les virées au volant de sa 4L finissent par la fatiguer. Elle demande à l'un de ses enfants de l'épauler.
Reprise et développée dès 1973 par son fils Pierre - le père de Marie-Line Dormoy -, l'entreprise devient « La société G. & P. Dormoy » spécialisée en punchs et sirops. Après une période difficile où l'entreprise est contrainte d'ouvrir son capital, en 1995, Pierre et Ginette rachètent les confitures Aurore. Mais, c'est Marie-Line Dormoy, sa petite-fille, qui à partir de 1998, donnera ses lettres de noblesses à l'entreprise dirigée aujourd'hui par son beau-frère, André Lanes.
L'amour en héritage
Comme Ginette le disait souvent : « à la grâce de Dieu » , elle a mené sa vie ainsi de façon droite et honnête...
Digne dans toutes les situations. Elle qui n'avait pas sa langue dans sa poche, obtient la médaille de l'Ordre national du mérite agricole. Même si elle est gagnée par la douleur, sa famille retient un de ses messages : « aimez-vous les uns les autres, partagez, comprenez-vous » . De mémoire, sa petite fille Marie-Line se souvient que Ginette vivait avec tous. « Il n'y avait pas de différence de couleur pour elle, juste des différences de coeurs.
Elle a eu plusieurs vies en une seule, un dynamisme à toutes épreuves. » Ne retenons d'elle ajoute Marie-Line Dormoy que le fait « qu'elle nous aimait profondément, qu'elle aimait ces îles de la Martinique et de la Guadeloupe et ceux qui les composent, une Antillaise tout simplement.
Elle est partie rejoindre son mari et trois de ses enfants. Elle nous laisse en héritage de l'amour et souhaite que l'on parvienne à le partager en famille et dans l'île. Merci à elle pour tout cela, elle vivra encore longtemps dans nos coeurs et nous guidera, nous aidera souvent, nous : enfants, petits enfants et arrière petits enfants antillais à toujours relever la tête » .
Geneviève Dormoy sera enterrée au cimetière du François à l'issue de la cérémonie qui se tiendra, aujourd'hui à 11 heures en l'église du François.


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