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Publié par Edouard Boulogne

Une semaine à la loupe.




1. Deux dirigeants fustigent leur séquestration.

Les deux cadres de Molex séquestrés par leurs salariés ont vécu une épreuve difficile : "Sous les flashs des photographes, je me sentais comme un singe dans un zoo. C'était très humiliant de devoir demander la permission d'aller aux toilettes", témoigne le cogérant. Pour le DRH, l'action des salariés de la société était "préméditée". "Ils prétendaient discuter, mais leurs revendications, qu'il s'agisse des 100 millions d'euros d'indemnités, du rapatriement des stocks de pièces de l'étranger ou du maintien de l'activité, étaient surréalistes". "Tout cela est piloté de l'extérieur ! (…) Clairement, ça veut dire que derrière tout ça, il y a les centrales syndicales, à commencer par la CGT, et des éléments radicaux déconnectés de la réalité économique", a-t-elle expliqué. Même si ces séquestrations sont encore des cas isolés, peut-on accepter que ce type d’actions se poursuive sans que les autorités ne prennent les mesures qui s’imposent ?

2. La radicalisation est-elle exceptionnelle ?

Les séquestrations de patrons ne sont pas un phénomène nouveau. Elles sont apparues en 1936 au moment du Front populaire. C’est un moyen pour les salariés de réaffirmer leur pouvoir. Elles sont réapparues dans les années 70 avec notamment la séquestration des patrons de Sud-Aviation et de Lip. Les violences y étaient plus graves qu'aujourd'hui. Chaque jour on apprenait une nouvelle séquestration. Les locaux étaient saccagés. Plus récemment en 2000, les salariés de Cellatex ont retenu leur dirigeant. En 2003, c’est au tour des ouvriers de Daewoo de séquestrer leur patron. Depuis, la liste des séquestrations de patrons s’est allongée : Duralex en 2006, BRS en 2008, de même que deux cadres de l’usine de pneumatiques Kléber. Elles se sont multipliées depuis le début de l’année 2009. La technique de la séquestration des patrons est considérée comme un moyen d’accélérer l’issue de négociations difficiles. Doit-on cependant les tolérer ?

3. Faut-il craindre de la contagion et qu’en est-il en Europe ?

4. Le spectre du chômage de masse hante la France.

Depuis trois mois, la dégradation du marché de l'emploi est très rapide et crée une forte instabilité sociale. Le nombre de chômeurs frôle aujourd'hui les 2,5 millions, voire beaucoup plus si on ajoute les chômeurs qui ont travaillé de façon occasionnelle dans le mois. C‘est une situation similaire à celles des décennies 70 et 90. A son arrivée à l'Elysée, Nicolas Sarkozy avait tablé sur un retour au plein emploi vers 2012. La crise a balayé cet espoir et a renvoyé l'objectif du plein emploi à un horizon plus lointain. Le spectre du chômage de masse hante de nouveau la France. Le chômage de masse est une terminologie économique qui qualifie une situation où l'augmentation très rapide et très forte du nombre de chômeurs créé de l’instabilité sociale. La situation empire puisque depuis un an, les annonces de plans sociaux se multiplient. Leur mise en œuvre va accélérer la hausse du nombre d'inscrits au Pôle emploi bien que les entreprises se soient déjà largement séparées des salariés précaires. Sur un front de perspectives d’embauches qui restent médiocres, le climat est morose. La dégradation du marché de l'emploi touche toutes les catégories de populations : les jeunes, les femmes, les emplois précaires mais aussi les CDI. L’inégalité territoriale se développe. Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, a annoncé que "les chiffres du chômage seront mauvais au moins jusqu'à la fin de l'année". D’où l’importance du développement de plus de solidarité !

5. Travailler jusqu'à 67 ans !

Alors que le déficit de la Sécurité sociale atteindra 20 milliards cette année, le ministre du Travail Brice Hortefeux a évoqué dimanche dernier l’option qui consiste à étaler le report du départ à la retraite à 67 ans. D’autres pays comme l’Allemagne l’ont fait sur une trentaine d'années pour rendre la réforme moins douloureuse. C’est l’une des "pistes" qui sera mise sur la table lors du débat sur ce dossier l'an prochain. Les réformes successives des retraites, mises en route en 1994 par le Premier ministre Édouard Balladur, en 2003 par François Fillon, ministre du Travail, et en 2007-2008 par Xavier Bertrand, n'ont pas touché à l'âge légal au-dessus duquel il est possible de partir à la retraite. Rappelons que "grâce aux socialistes" l’âge de la retraite est passé de 65 à 60 ans depuis 1982. Dans le même temps la durée de vie des salariés s’est accrue et rien n’a été prévu pour financer cette mesure ! De plus, toutes les réformes ont allongé progressivement la durée de cotisations exigée pour bénéficier d'une retraite à taux plein passant de 37 ans et demi avant 1994, à 41 ans étalé jusqu’en 2012. Rappelons que le Parlement a relevé l'âge auquel un employeur peut mettre un salarié d'office à la retraite de 65 ans à 70 ans au 1er janvier 2009. Travailler jusqu'à 67 ans, pourquoi pas, mais alors il serait judicieux que les entreprises cessent de licencier les quinquas et plus ! De même il serait aussi très important de prendre en compte la pénibilité de certaines fonctions et quelques autres éléments dont les syndicats se feront les porte-paroles…

6. Les nouvelles donnes du marché du travail.

Crise bancaire, crise économique et crise sociale : Dans les entreprises, les conditions de travail changent. Le chômage s’envole à travers le monde et les perspectives restent négatives jusqu’en 2011, selon le FMI. L'inégalité des salaires entre hommes et femmes est positive pour les femmes. Une des conséquences de la crise est que les hommes sont plus facilement licenciés. Aux États-Unis, 82 % des emplois perdus pendant les six premiers mois de la crise étaient occupés par des hommes et dans l’industrie. Dans le même temps, les femmes, qui travaillent davantage dans les services et la fonction publique, ont été considérablement moins affectées par le chômage. A compétence égale, les cadres hommes sont aussi plus touchés que les femmes. C’est une conséquence nouvelle, mais surprenante, de l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes. Certes, on ne peut s’en réjouir mais la répartition des rôles évoluera dans les familles. La société va devoir s’adapter, parfois dans la douleur, à ces nouvelles donnes car le travail ne sera plus jamais le même. De même, la crise économique provoque le retour des travailleurs migrants vers leurs pays d’origine.

 

Henri Pauvert.

De nombreux observateurs soulignent que la situation actuelle, qui augure d’autres plans sociaux et leurs lots de licenciements, laisse penser que les conflits vont se multiplier. Dans ces conditions, les actions radicales, comme les séquestrations, peuvent disparaître ou, au contraire, se multiplier à l’heure où la réponse gouvernementale à ce type de pratiques se durcit. Si l’impact médiatique devient moindre, l’effet mimétique tend à diminuer en France. Dans le reste de l’Europe la situation est différente. La Grèce est le pays d’Europe où le climat social est le plus tendu comme en France : Les incendies de bâtiments, les occupations et altercations avec la police se développent. Partout ailleurs, la colère couve, et depuis le début de l’année, des manifestations, parfois violentes, ont éclaté dans plusieurs pays, comme en Irlande, en Bulgarie, en Tchéquie, en Lettonie ou en Lituanie. La Belgique n’échappe pas à des piquets de grève et occupations dans les usines qui annoncent une fermeture. Mais, comme en Espagne, des négociations se sont très vite ouvertes pour apaiser les tensions. Dans toute l’Europe, l’exaspération est très forte et les syndicats organisent des euro-manifestations pour demander plus de relance, de développement durable et une politique industrielle européenne plus cohérente.
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