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Publié par Edouard Boulogne

Le testament chrétien de Clint Eastwood.




( Non! La Guadeloupe n'est pas le centre du monde. Même Elie Domota en convient dans l'interview qu'il a donnée au Point de cette semaine. Cela doit être vrai!
Déprenons nous donc quelques peu de notre actualité immédiate. N'oublions  pas la "crise" sociale qui vient de nous enlever dans son tourbillon maelströmique; car elle est d'importance pour nos petites consciences insulaires. Mais de grâce! prenons du champ, de la hauteur.
Le Scrutateur va reprendre son rythme ordinaire. La politique y tiendra, comme à l'accoutumée, sa place, toute sa place. Mais la politique au sens le plus noble, celle qui demande pour être appréhendée une réflexion plus englobante, plus vaste, plus profonde, incluant une réflexion sur la philosophie, la religion, la littérature, la religion, l'art, le cinéma. Déjà notre amie et talentueuse chroniqueuse du 7ème art, Marie Deval, vient de m'envoyer deux articles sur des films intéressants qu'elle a vue à Paris, et qui paraîtront prochainement. Mais je cède aujourd'hui la parole à Nicolas Bonnal, qui, dans l'importante revue Liberté Politique (voir nos "liens permanents"), propose une méditation sur l'acteur et réalisateur Clint Eastwood dont le dernier film illumine ces jours-ci les écrans des salles obscures. Bonne lecture! Edouard Boulogne).



Le testament chrétien de Clint Eastwood

18 mars 2009 | Nicolas Bonnal

Sergio Leone disait de Clint Eastwood qu’il avait deux expressions : l’une avec son chapeau, l’autre sans… Notre bon cow-boy zen (ou janséniste ?) a depuis dépassé son maître et redonné ses lettres de noblesse au western.

À 78 ans, l'acteur redonne même ses lettres de noblesse au cinéma en composant (plus que réalisant) chaque semestre un chef-d’œuvre crépusculaire qui décrit, mieux que tout le carnaval de Cannes et des oscars, l’état eschatologique du monde actuel.

Depuis quand Clint Estawood est-il devenu un génie ? On peut penser comme l’incontournable Jacques Lourcelles que c’est au moment de Josey Wales, quand, en 1976, notre anar des grandes plaines quitte l’armée des confédérés, mitraille avec délectation un escadron de la mort yankee, rencontre un chef indien un peu chamane et s’en va pour un pays où l’on n’arrive jamais, plus loin encore que le Petit Prince ou un héros de Jules Verne (The outlaw Josey Wales).

Mais la « racha », comme on dit en espagnol, la bonne série actuelle n’a pas d’équivalent depuis la sainte trinité les Ford, Walsh ou Hawks des années cinquante. Eastwood n’est pas dupe du cinéma post-moderne : il faut une bonne histoire, comme disait Sam Fuller, et de bons méchants, comme disait Hitchcock. Il faut peu de caméras, dit Clint, sinon cela prouve que l’on n’est pas metteur en scène, puisqu’on ne sait pas où la poser. Après tout, Racine a besoin de peu de mots pour composer Phèdre. Enfin, il ne faut pas d’effets spéciaux : on laissera cela aux garnements de Pixar et aux techno-chamanes mal élevés.

En revanche, on parlera de ce qui concerne les gens : la violence des enfants (Mystic River) et l’auto-justice imbécile ; le rapt d’enfants et l’indifférence de la police (Le Changement, filmé dans des décors sublimes avec une excellente Angelina Jolie) ; la boxe pour pauvres femmes blanches et l’euthanasie (Million Dollar Baby) ; et bien sûr l’immigration, l’écroulement de l’industrie automobile et l’insécurité des banlieues ruinées de l’Amérique de Bush (Gran Torino). Clint Eastwood est le dernier à parler de « concret » ; dans le même élan je dirais que d’une manière stupéfiante il n’a jamais incarné un bourgeois.

La fin du monde

Gran Torino, puisqu’il s’agit de ce film, alors que notre grand artiste a mis en chantier deux ou trois prochains projets, n’a rien à voir avec ce que dit la critique. Les grenouilles ont évoqué l’inspecteur Harry… mais pourquoi faire ? Et pourquoi pas le Bon, la Brute et le Truand ou le Médecin malgré lui ? Gran Torino parle de deux choses, qui crèvent l’écran, mais le crèvent sans doute trop pour nos laïcards « qu’aucune lumière n’a visités depuis qu’ils se sont levés pour l’apostasie à l’appel d’hérétiques en chaleur… » (Léon Bloy) : la fin du monde, et la manière chrétienne d’y répondre.

Le film commence et finit par une messe, et personne ne l’a dit… je précise qu’Eastwood, qui n’est pas un chrétien modèle, n’est pas non plus un catholique. Mais dans ce film, il nous fait la leçon, plus que Mgr Williamson… La fin du monde, c’est ce rustbelt (la ceinture de rouille de l’ancienne Amérique industrielle) en crise, cette Amérique big and flat, ruinée par le libre échange et envahie par une immigration incontrôlable. La fin du monde, c’est la violence des gangs ethniques et la misère qui s’installe partout, l’impossibilité de tondre son gazon. La fin du monde, c’est la fin des « belles américaines », qui comme la Ford Gran Torino nous faisait tant rêver…

Et la réponse chrétienne, c’est de faire avec, et d’aimer malgré tout son prochain, de laisser tomber ses préjugés, et de se rapprocher de ceux qui nous ressemblent spirituellement plus que notre famille, quand pour celle-ci tout n’est que piercings, rancoeurs, avarice et égoïsme.

La réponse chrétienne, c’est le sacrifice de soi, de type messianique : car notre fameux Harry va se faire tuer, se sachant condamné par la médecine (autre sujet d’actualité, non ?) pour sauver ses jeunes voisins hmongs venus d’extrême-orient. Et il en a remontré à son curé qu’étrangement on n’a pas accusé de pédophilie.

Cela faisait longtemps ! On terminera par une question œnologique : quel est donc le vin qui se bonifie aussi bien que Clint Eastwood en vieillissant ?







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Virginie B. 21/03/2009 23:17

J'ai vu ce film.C'est un chef d'oeuvre, un véritable testament de Clint Eastwood, le dernier des géants. Comme le disait très bien certains critiques, Clint Eastwood a revisité sa légende. Courez le voir !!