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Publié par Edouard Boulogne

La Martinique au pilori.

(Un ami Martiniquais m'envoie cet article de Me Gérard Dorwling-Carter, paru dans le magazine Antilla. J'incite à le lire, car son contenu concerne également les Guadeloupéens que nous sommes. E.Boulogne).


 

 
NEANMOINS TOUS MARTINIQUAIS !

LA SOCIETE MARTINIQUAISE AU PILORI :

>

> Romain Bolzinger, réalisateur des « Derniers maîtres de la Martinique » explique que pour faire son documentaire il a rencontré Éric De Lucy et les autres grands groupes Békés pour leur dire qu'il souhaitait faire un « reportage sur l'économie de la Martinique et ses grands acteurs.

> Éric De Lucy précise que le journaliste lui avait annoncé un reportage sur la banane de la Martinique et ses enjeux économiques. Ce serait là la première contrevérité de ce réalisateur.

> Ce dernier nous dit : « On a établi une relation de confiance… » : ce qui veut dire en d'autres termes qu'il s'agit souvent d'attitudes, de comportements entre « amis » plus que d'une relation neutre et professionnelle d'un journaliste et de personnes qu'il interroge…

> S'agissant des images pour le moins maladroites – les sourires mal venus de De Lucy et de Rimbaud, pendant la cérémonie funèbre d'Aimé Césaire, l'air par trop « affairé » du lobbyiste béké de Bruxelles, le ton sarcastique d'Éric De Lucy pour répondre au gendarme portier de l'Elisée pour lui dire qu'il n'avait pas sa carte d'identité- Bolzinger explique, de façon indirecte, à une question sur les difficultés de son travail, comment il a pu accumuler des images aussi déroutantes : « Cela n'a pas été évident. Ils n'acceptent pas facilement que des journalistes s'intéressent à leur histoire… Une envie de s'expliquer, de raconter leur histoire…ils m'en parlaient tout le temps en off, dès que la caméra était éteinte… » Ce qui permet de savoir que ces images ont été captées à l'insu des protagonistes de ce documentaire à un moment où, mis en confiance (Bolzinger a suivi Éric De Lucy pendant deux mois…), il a pu capter en cadrant habilement des mimiques, des sourires inadaptés à la situation ( enterrement de Césaire) habilement reproduits dans son film.

> Mais il est bien évident que cela n'excuse pas, même si cela remonte à un demi-siècle les propos radicalement racistes de l'arrière grand-cousin de bernard Hayot sur la « pureté » de la « race békée ». Mais nous savons tous, Martiniquais que cet état d'esprit a existé et perdure très certainement auprès de certains membres de cette communauté martiniquaise. De même que de nombreux Martiniquais de couleur vous parlent de « vié-blan » de « ti-zoreye » ou tout autre qualificatif faisant une distinction désavantageuse à l'égard de membres de l'espèce humaine.

> Restent les propos d'Alain Despointes sur le manque d' « harmonie » du métissage et des différences de mélanine qui apparaissent au sein de ces familles « mélangées »… L'explication de son auteur est que la portion de phrase est extraite de son contexte, Despointes évoquant dit-il une situation telle que nous l'avons connue dans le passé. Il est vrai que les âneries du genre une telle a la « peau sauvée » ou encore untel de « beaux cheveux » parce que moins crépus que ceux des autres membres de la famille perdurent de façon « transversale », pour reprendre un mot à la mode, dans toute la société martiniquaise. L'un de ces faits culturels issus de l'esclavage et de l'établissement de la supériorité alléguée de la race blanche sur les autres dont nous devrons un jour (quel jour Seigneur ?) nous débarrasser. Tentons – difficilement il faut l'avouer – d'admettre les explications d'Alain Huygues Despointes. Tant par ailleurs son comportement devrait militer, au sein de la société martiniquaise, en sa faveur. Il est en effet l'un de ceux qui n'a pas raté depuis que les Békés y participent, la commémoration du 22 mai de la Place de l'Abbé Grégoire et, son conseil habituel, (l'un de mes confrères avocats en qui je place une certaine confiance) assure pour bien le connaître que sa sincérité ne doit pas être mise en doute… Reste qu'il aurait pu éviter devant une caméra d'évoquer de telles questions aussi sensibles et de la sorte…

> Le fait est que le mode opératoire du réalisateur est tout au long de cette production fait de si grosses ficelles que l'on peut accréditer les explications de ceux de ces Békés qui se sont faits piéger par un homme habile. Habile : en vrac, c'est le fait d'avoir systématiquement évité de cadrer les acteurs économiques de la banane nègres, quand ils se sont trouvés en présence de leurs pairs békés. Même le chabin Juvénal Rémir n'a pas eu droit à la caméra de Bolzinger, alors que tout un chacun peut témoigner de sa permanente présence aux côtés d'Éric de Lucy à Bruxelles, dans les bureaux ministériels et ailleurs. D'autres méthodes plus évidentes de manipulation, c'est dès le début du film, pour mettre de l'ambiance le ralentissement de la marche de Bernard Hayot pénétrant le stade de Dillon à l'occasion de la cérémonie funèbre consacrée à Aimé Césaire, sur arrière-plan de petite négraille accrochée au grillage, petit peuple refoulé, pendant que le Grand Blanc daignait participer à l'éloge du chef de tribu nègre ! Sur fonds musical d'un chant psalmodié par des gamins se lamentant de la mort de Papa-Césaire à l'instar de chants mortuaires traditionnels tribaux du bon peuple africain.

> Reste, cependant, ce réquisitoire sur la cherté de la vie créée par la concentration entre les mains de quatre familles Béké de tout le système de distribution alimentaire. La première réponse des personnes interrogées, au-delà d'une explication technique sur la structure des prix sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir est de faire remarquer que l'île de la Réunion, où les békés locaux ont tout vendu pour s'installer ailleurs, ou faire autre chose connaît des prix plus élevés.

> Ce serait le cumul d'une série de facteurs dont on connaît la nature : les difficultés d'approvisionnement, la nécessité de stocker, les frais d'approche ( des intermédiaires dans la chaîne du déplacement de la marchandise qui – tout travail exige salaire – grèvent les coût et surtout le coût salarial.

> En fait la problématique serait de trouver un compromis pour un petit marché qui ne permet pas d'économies d'échelle, d'intégrer des salaires de pays développé et des charges élevées sur la masse salariale tout en offrant des prix abordables pour une partie de la population qui ne bénéficie pas de ce niveau de vie de pays développé.

> La réponse serait trouvée tout de suite dans la création d'un « panier de la ménagère » comprenant une liste de produits de consommation courante dont les prix seraient volontairement réduits, bloqués par un accord de branche et bénéficiant de frais d'approche diminués. Pour que la cherté de la vie n'apparaisse pas comme une PWOFITASYON de la part des nantis de ces « étranges » systèmes économiques créés sous les tropiques par un pays économiquement développé, mais qui n'a pas su, pour son outre-mer, créer des conditions égales de développement.

> Reste néanmoins que si la communauté Béké avait opté pour « régler » définitivement la question békée au sein de la communauté martiniquaise, qu'un journaliste en quête de sujet croustillant n'aurait pas trouvé prise pour réaliser une telle production.

> Car à bien regarder c'est nous tous, toutes communautés confondues qui serions des imbéciles acceptant injustices et iniquités de la part de ces « Maîtres de la Martinique » qui profiteraient sans réaction de notre part, de notre incapacité à nous démettre de leur autorité et de leurs abus économiques entre autres.

> C'est ce mépris affiché à notre égard, par ce journaliste (et par on ne sait qui le téléguidant), à l'égard de toute la Martinique confondue - sans oublier les services de l'Etat qui ici ne feraient pas leur travail - qui me heurte, exprimé par les manipulations opératoires, tricheries auxquelles ce journaliste à procédé tout au long de ce film.

> Pour cette fois, ne soyons pas – et une fois de trop - le jeu sombre au carnaval de l'autre. Gardons raison et vents contre marées décidons, hommes et femmes d'une Martinique maîtresse de son cheminement de continuer ce lent et difficile travail de cohésion nationale : partis, races et sexes unis dans cette perspective. De demeurer Tous Martiniquais !

>

> Gérard Dorwling-Carter pour Antilla &

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