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Publié par Edouard Boulogne

 

(Mon ami Louis Dessout nous envoie pour publication son analyse de la crise, telle qu'il la formule cette semaine pour Sept-Magazine).





Louis Dessout décrypte la manipulation.( Interview réalisée pour Sept-Magazine par Pierre-Edouard Picord).


L'ancien directeur commercial du port autonome est conseiller municipal de l'opposition. Il donne des clefs pour comprendre la stratégie de l'Etat et situer les véritables enjeux.


Louis Dessout : En dépit de la gra­vité et de l'ampleur des événements qui touchent aujourd'hui la Guadeloupe, il est prématuré de dire, comme j'ai entendu un professeur d'histoire l'affirmer, que cette mobili­sation est la plus importante de l'histoi­re de la Caraïbe. A ce jour, ce n'est pas encore exact ni en ce qui concerne la durée ni en ce qui concerne l'impact et les conséquences. Pour porter un tel jugement, je me réfère à la grève de 1953 relative aux 40% de vie chère dont mon père Hector Dessout fut le secré­taire général de la coordination, en liai­son avec la Martinique, la Guyane, et la Réunion. La Grève avait duré 53 jours durant lesquels nous mangions du pain et du lait. Nous avions un carnet de cré­dit chez l'épicier du coin Victor Montantin. Ceci pour dire que mon père n'avait aucune entrée de salaire.

Sept magazine : Com­ment analysez-vous glo­balement la situation actuelle ?

L. D. : Le texte qui rep­rend la doctrine de Victor Schoelcher pré­voit que la France indem­nise les propriétaires d'esclaves mais dit claire­ment aussi que le crime qu'est l'esclavage ne sera pas réparé tant que les descendants d'esclaves n'auront pas acquis les mêmes droits et avantages des citoyens de la République. L'expression crime est déjà inscrite dans le texte que je cite. C'est une sorte de contrat de réparation entre la France et les habitants des ter­ritoires où sévissait l'esclavage. Pendant les guerres de 1914/1918et 1939/1945, les Antillais ont payé l'impôt du sang et contribué à leur tour à libérer la France, Les colonies sont devenues officielle­ment départements français. Cependant, l'administration centrale freinait des quatre fers pour empêcher l'application des mesures sociales dans les DOM. A telle enseigne que les fonc­tionnaires d'origine hexagonale déta­chés en outremer bénéficiaient d'une prime de vie chère de 70%. Les fonc­tionnaires d'origine antillaise dans les mêmes postes et avec les mêmes diplô­mes n'avaient pas droit à une prime de cette nature. Ils réclamaient 35%. La moitié. Pendant 53 jours, Ils ont blo­qué tout l'appareil d'Etat dans les qua­tre DOM. Ils ont finalement eu gain de cause. Toute la fonction publique d'Etat a été aligné sur 40% de sur salaire. Dans le même temps, les fonctionnaires locaux ont mis en place un suivi pour l'application des textes. Ils ont obtenu la création d'une Caisse de sécurité sociale pour fonctionnaires, la création de sections mutuelles et de caisses de retraites, congés en France etc. Malheureusement, le suivi de l'évolu­tion du coût de la vie avec des outils statistiques n'a pas été poursuivi. On s'est contenté de rajouter systématique­ment 40% sur les salaires de l'Hexagone. Toutefois, une seule catégorie de salariés avait obtenu des avantages. 11 a fallu atten­dre 1958 pour que la complicité objective anti américaine entre de Gaulle et les communis­tes produisent quelque effet. De Gaulle pour des raisons géopolitiques, pour la force de frappe, a besoin des Antilles à ce moment et surtout de l'aéroport du Raizet, Tout comme Raymond Aron en 1960 a expliqué à de Gaulle que les finances publiques de la France ne pourraient jamais suffire à procéder au rattrapage en Algérie, en 1971, à l'occasion d'une étude sur la modernisation du port autonome, le bureau d'études allemand

Infrastruklur Project Association (IPA) financé par le Fonds Européen de Développement (FED) dont relèvent à l'époque les DOM, expose à son tour, que la France ne pourra pas poursuivre l'effort de rattrapage dans les DOM. Et c'est l'arrêt Hansen en octobre 1978 qui change la donne. Dès lors, les DOM ne dépendent plus du FED mais du FEDER. Ainsi, c'est l'Europe qui prend le relais. Nous sommes aujourd'hui confrontés à deux crises. La mobilisa­tion pour résister à la crise économique mondiale et une autre crise franco-fran­çaise. C'est pour cela que la France modifie sa constitution et adopte l'arti­cle 73 et l'Article 74, Avec l'article 74, les DOM n'émargent plus automati­quement au budget de la nation mais se contentent d'un budget annuel qui dépend des possibilités de la France. Ce budget sera négocié chaque année avec nos élus comme pour les COM et les anciennes colonies françaises. Le choix de l'article 74 est pour la France la solution la plus confortable. Aujour­d'hui nous assistons à un formidable exercice de manipulation pour nous conduire à la faute irréversible. Pour Bercy, l'article 74 et la suppression des 40% serait la meilleure contribution des Guadeloupéens à l'allégement du budget de l'Etat et à la réduction de son endettement. En revanche, l'art 73 maintient l'automaticitê du budget des DOM dans le budget national. Mais l'application de l'article 73 requiert une grande compétence de nos élus et une transparence des services de l'Etat. Car il ne s'agit plus seulement de solidarité sociale nationale mais aussi de cons­truire une solidarité territoriale euro­péenne. Il convient de constituer des espaces de solidarité continentaux ou maritimes. Les Canaries sont entrées dans cette logique. Dans le souci d'une concurrence loyale, II faut être en mesure de vérifier quels sont les prélè­vements réels de l'Etat, les mesurer et les évaluer. Ceci est vrai en matière de TVA, d'octroi de mer, de droit de port, du mode de calcul du prix du carburant et des dotations aux collectivités. Car, c'est le pouvoir régalien de l'Etat qui lui permet de prélever pour notre compte. Mais personne ne sait dans quelle pro­portion. Certes, l'Etat indique que ce sont toujours les mêmes taux. Mais aujourd'hui l'assiette a changé et les volumes sont beaucoup plus împortants. Par ailleurs, l'Europe elle aussi est confrontée à la crise économique mondiale et sera forcée de déterminer ses priorités. Nous devrons trouver un argumentaire et leur faire des proposi­tions dans des espaces de solidarité. Or, nos collectivités ne sont pas en mesure de proposer grand-chose. Elles n'ont pas de cellule prospective opéra­tionnelle. La Réunion et les Canaries ont embrayé depuis longtemps déjà. Mais nous ne sommes pas préparés à entrer dans cette logique. Nous n'arrivons même pas à nous entendre au niveau intercommunal. Or, la planche de salut pour nos collectivités locales c'est l'intercommunalité et la coopération inter régionale mais aussi la réactualisation de l'assiette de la fisca­lité locale qui date de 1970.

Sept Mag : Pouvez-vous donner un exemple plus précis de l'opacité des prélèvements ?

L. D, : Pas difficile. Au niveau des droits de port que je connais bien, ce n'est pas tout-à-fait clair. Mon collègue du port autonome des Canaries me montre, il y a dix ans, sur son ordina­teur, un système qui lui permet à partir du numéro d'un container de savoir en temps réel combien il a payé, à quelle date il est entré et de zoomer sur sa position sur le terminal. Ce système qui établit une forme de traçabilité a été financé par l'Europe. En Guadeloupe il a été impossible de mettre en place cet outil. Car personne ne veut ici la transparence. J'avais obtenu que la commission européenne finance à 100% un tel projet, avec l'accord de la Normandie, (le Havre) la Martinique, de l'Espagne par le biais des Canaries pour que ce système soit installé chez nous. Quand nous avons obtenu offi­ciellement la validation européenne pour l'éligibilité de ce projet pilote, la direction générale du port a refusé cette opportunité, au motif que le niveau de qualification de notre service informa­tique était insuffisant. Un prétexte falla­cieux puisqu'il était prévu dans le projet une mise à niveau des opérateurs. De fait, cette transparence gênait beau­coup. Y compris les services de l'Etat Car la douane qui collecte les droits de port ne restitue qu'un solde au port autonome. Il n'a aucune possibilité de vérifier le détail du montant des rete­nues opérées par l'Etat. La mise en place de ce système permettrait la mise en place d'une vraie poli­tique commerciale avec des simulations informa­tiques et statistiques. Cela faciliterait l'analyse et l'ajustement de la com­pétitivité de la place por­tuaire. Autre anomalie : pendant longtemps, la CGM nous a imposé pour des raisons obscu­res une comptabilisation de la banane par conditionnement en cartons alors que l'unité de manutention dans les supermarchés et partout dans le monde est la palette. J'ai fini par comprendre que tout le monde est contre la transparence et profite du système. Lors de la dernière réunion entre chefs d'Etat de la Caraïbe au WTC et à laquelle participait Jacques Chirac, les services de sécurité avaient installé sur le toit un appareil pour relever, la veille les allées et venues dans le secteur. Le lendemain en relevant les enregistre­ments on s'est rendu compte de l'exis­tence d'un trafic nocturne inhabituel sur le terminal. On a craint qu'il s'agis­sait d'une organisation terroriste. En réalité, il s'agissait d'activités autour de containers bien identifies bourrés de matériel HIFI, et de Champagne. Or, pour identifier leur emplacement exact et savoir que ces containers étaient entrés, il fallait une connivence entre des agents de la douane, ceux de la CGM et les vigiles chargés de surveiller la zone. Il y avait aussi connivence avec les destinataires, car les gendarmes auraient retrouvé dans certains maga­sins des marchandises en stock alors qu'elles avaient été remboursées par les assurances. Inutile de vous dire que cette affaire a été vite étouffée. Elle impliquait trop de monde et peut-être pas des moindres.

Sept Mag -. Mais pourquoi n'avoir pas alerté l'opinion publique ? L.D. : J'ai secoue le cocotier en tentant sans succès de moderniser avec de nou­velles technologies de l'information (NTIC) les services commerciaux du port. Tout ce que j'ai obtenu c'est la tenue en 2002 en sous-préfecture d'un conseil d'administration du port auto­nome pour supprimer jusqu'à ce jour toute la direction commerciale. Autre originalité tropicale, le port autonome de la Guadeloupe est le seul à pouvoir se passer d'une direction commer­ciale. On a tenté égale­ment de me licencier. C'est l'inspecteur du tra­vail des transports qui s'y est opposé en demandant de justifier une faute pro­fessionnelle de ma part ou l'impossibilité écono­mique de me payer, sinon, il portait plainte. Le directeur de l'époque a déguerpi à toute vitesse. Le choix est simple. Il faut savoir si le temps est venu d'avoir des gens honnêtes et compétents aux postes de responsabilités et de contrôle démocratique. Dans ce cas on choisit l'article 73. Cependant si on veut rendre un dernier service à Bercy on choisit l'article 74. A nous de voir ! Souvenons-nous qu'a­près le cyclone Hugo qui avait révélé la virtualité de notre économie, le président soutenu Chirac a

Mitterrand par Jacques tenté de la reconvertir avec le projet de raffinerie de la Black Diamond Petroleum en 1990. La manipulation orchestrée avec succès, par Elf qui gérait la SARA, a bloqué cette ambition et m'a édifié sur la réalité du contrôle économique et polit que des monopoles d'Etat, redécouverte aujour­d'hui. Qu'en sera-t-il demain avec Total ? Quid des poursuites annoncées par Yves jégo?


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toto de bahia 12/02/2009 23:52

donc en clair le lkp et certaines forces obscures font l'affaire de qui? du peuple guadeloupeen?...

Didier LEVY 12/02/2009 23:21

Bon, tout ceci, bien que très technique, est très intéressant.Mais vous qui êtes bien placé, pourriez vous nous donner des précisions sur la rémunération* es portiqueurs et dockers Pardon, il faut ici parler d'émoluments, c'est plus cher :-o)