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Publié par Edouard Boulogne

Pour la Guadeloupe.





 

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Pour la Guadeloupe
Gérard CHINETTI
Peut-être avez-vous déjà ce texte. Cordialement - GC

POUR LA GUADELOUPE

Bien sûr, on peut ressentir face aux évènements présents en Guadeloupe l'extrême émotion qui était celle de Pierre de Ronsard meurtri par les Guerres de Religion:

Ma Dame, je serois ou du plomb ou du bois,
Si moy que la Nature a fait naistre François,
Aux races à venir je ne contois la peine
Et l'extrême malheur dont nostre France est pleine.

Je veux de siècle en siècle au monde publier
D'une plume de fer sur un papier d'acier,
Que ses propres enfans l'ont prise et dévestue,
Et jusques à la mort vilainement batue.

Mais, en dépit des discours exaltés des uns et des autres, de l'évocation de quatre siècles de domination esclavagiste, ou de l'émergence d'un nouveau nazisme, nous n'en sommes pas là, et nous devons tout faire pour en rester loin.

Car la Guadeloupe est plongée dans un de ces psychodrames dont elle a le secret, les mêmes acteurs, parés de masques nouveaux, entonnant la même partition... Mais ces psychodrames sociaux répétitifs ont bien des fois, depuis plus d'un siècle, semé des cadavres.

Il ne fait évidemment pas de doute et toutes les prises de position en portent témoignage, que le "syndicalisme révolutionnaire" fer de lance du collectif "Liyannaj kont pwofitasyon" poursuit un objectif d'indépendance "nationale" à partir de l'axiome suivant:

"Portons à leur extrémité les principes que prétend mettre en oeuvre la France républicaine en Guadeloupe, ils finiront par céder"

Et il faut compléter par le mot d'Albert Camus:

"Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents"

Et la haine du système en place, qu'ils ressentent, et c'est leur droit, comme aliénant, injuste, et inégalitaire, ils l'ont...

Et l'intelligence, ils l'ont!

Cette entreprise particulière a débuté il y aura bientôt 40 ans avec la grande grève de la canne en 1971, la création du syndicat U.T.A. (Union des Travailleurs Agricoles) qui a atteint "en plein vol" une activité sucrière alors en pleine prospérité (160 000 tonnes de sucre en 1970, plus de 1 800 000 tonnes de cannes!)

Pendant près de deux décennies les conflits sociaux ont progressivement fait place nette dans le secteur sucrier, largement aidés par la politique aberrante de l'Etat qui, dans la perspective illusoire de la création d'une classe paysanne, a détruit, au travers de la "Réforme foncière" le potentiel agricole productif du pays...

Après l'industrie sucrière, ce fut le tour de la banane, des hôtels, des communes, des cliniques privées... et même des banques, au personnel pourtant privilégié!

Ce "nomadisme destructeur" n'épargnant finalement que les administrations d'Etat, saturées d'avantages et, nous semble-t-il, la grande distribution.

Et bien sûr, imperméables aux propos "réalistes" qui les invitaient à prendre en considération la rentabilité des entreprises ou les dommages irréversibles que des grèves prolongées pendant des mois infligeaient à des branches entières d'activité, ils se réfugiaient derrière leur "bon droit"... car le "bon droit" était généralement de leur côté... Comme les inspecteurs du Travail d'ailleurs.

Donc, cette fois-ci, leur angle d'attaque c'est la "cherté des prix"

Et cette fois-ci encore, ils ont raison!

Et toute la Guadeloupe adhère, sinon au mouvement, du moins à l'objectif.

C'est sans doute ici le moment de reprendre la métaphore d'Ernest Pépin sur les chemins de fer:

Evidemment, le chef de gare de Montélimar sait qu'il faut indiquer chaque jour aux voyageurs que le train de Marseille se forme sur le troisième quai...

Mais la Guadeloupe est dans la situation inverse, et ce sont les voyageurs qui ont à indiquer au chef de gare la situation des wagons... Et tous les voyageurs n'ont pas pris le train la veille!

Donc, au cas particulier, voici près de quarante ans que l'état républicain et son administration devraient connaître la façon de procéder, qui est toujours essentiellement la même, de ces professionnels de l'agitation sociale, et, à chaque fois, il se fait piéger.

Voilà belle lurette que le pouvoir administratif, ou les collectivités territoriales, auraient dû s'interroger sur le niveau des prix et des rémunérations en Guadeloupe et, plus généralement aux Antilles...

Que voulez-vous, mon bon monsieur, c'est l'euro, ce sont les frais d'approche, c'est l'octroi de mer... Foutaises!

Il est vrai qu'il faut remonter un peu plus en amont!

La France et l'Allemagne ont un produit intérieur brut par habitant exactement comparable: en 2006 35 404 $ pour l'une et 35 204 $ pour l'autre.

Mais le niveau moyen des rémunérations est de 15% plus élevé en Allemagne qu'en France.

Bien sûr, diront les syndicalistes et les politiciens, logés pour l'essentiel dans la fonction publique, nous vous disions bien qu'en France le partage des richesses se faisait de plus en plus au profit du capital! Et c'est mathématiquement vrai... quand on porte - ou fait porter - des oeillères..

Car, en Allemagne, la proportion de la richesse produite qui va rémunérer le capital est la même qu'en France!

C'est qu'il y a un troisième larron!

Et ce troisième larron, c’est le prélèvement public voué, dans son immense majorité au paiement des fonctionnaires et de leur retraite et aux intérêts d’une dette galopante. Alors que le capital maintenait sa rémunération, la "variable d’ajustement" a bien été les salaires, mais au profit du prélèvement public, avec l’effet d’optique de la réduction des salaires par rapport à la rémunération du capital, dès lors qu’on restreint son champ de vision à ces deux paramètres.

Mais ce n’est pas tout... Car non seulement les rémunérations allemandes excèdent les rémunérations françaises de 15%, mais les prix en Allemagne sont de 7% inférieurs aux prix français. Donc, pour la même richesse produite, le pouvoir d’achat du salarié allemand est de 22% supérieur à celui du salarié français.

Depuis Monsieur Royer, en temps déjà très longtemps, complété par Monsieur Raffarin, quand il officiait comme ministre du commerce, un ensemble de lois a prétendu, pour défendre le petit commerce et ses emplois, réguler administrativement l’implantation du grand commerce. Corruption des élus et des représentants des organismes consulaires aidant, ce système a abouti à la création de monopoles locaux justement dénoncée par le fameux "Rapport Attali".

Et voilà comment, grâce aux mesures qui prétendaient, en France, la réguler et la limiter, la grande distribution française est devenue, en réinvestissant ses colossaux bénéfices, dominante dans le monde. avec des Carrefour en Chine comme à Taïwan et des "Alcampo" au Mexique comme au Brésil.

Et, en Guadeloupe, aux Antilles, bien sûr, les mêmes causes produisent les mêmes effets, avec une action de l’Etat en son principe un peu différente.

Le niveau de prix ici a toujours été jugé excessif, d’où les célèbres 40% tout de suite après la guerre. L’Etat a désigné comme coupables, à cette époque, les fameux "commerçants du bord de mer" et il a décidé, dans un premier temps, de favoriser l’implantation des "grandes surfaces" - qui n’étaient pas alors si grandes que cela -. Mais bien sûr, on n’aurait recours qu’à des gens "bien élevés": le Printemps avec Prisunic, les Galeries Lafayette avec Monoprix; pas question d’admettre des trublions comme Leclerc ou Intermarché.

La première implantation de ce type, Hibiscus, aux Abymes, fut cependant l’oeuvre d’un pionnier guadeloupéen, Roger Paulin. Mais rapidement, avec des moyens plus considérables, surgit le groupe Reynoird, alors martiniquais. C’était l’époque où les "Prisunic" de centre ville de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre étaient les surfaces commerciales les plus rentables de France. Mais Reynoird eut une stratégie d’implantation en périphérie étriquée et surtout un peu tardive; accusé de monopole, en butte, à la Martinique, à la concurrence du groupe Dorn avec le succès du "Monoprix" de Dillon; quand il se résolut à agir, il obtint Bas-du-Fort au Gosier et Desmarais à Basse-Terre, son monopole devint intolérable, son expansion en resta là avec même l’abandon du magasin du Raizet.

Différents groupes tentèrent de s'implanter: Amédée Aubery avec les Nouvelles Galeries à Grand'Camp, le groupe Le Métayer sous diverses enseignes, sans prospérer.

L'évènement capital ce fut l'ouverture, au début des années 90, du centre commercial de Destrellan, devenu le plus important des Antilles, au terme d'une longue bataille initiée au départ par le groupe Charles Simonnet et finalement conclue par le groupe Bernard Hayot qui avait auparavant repris l'activité commerciale du groupe Dorn..

S'ouvre ensuite le centre commercial de Milenis, initialement présenté comme concurrent, mais finalement avoué comme frère cadet de Destrellan.

Désormais, sauf à Basse-Terre (peut-être plus pour très longtemps), le groupe Reynoird est au second plan, toutefois, avec "Ecomax", hard-discount misérabiliste, il capte une grande partie de la clientèle des plus démunis.

Entre les deux, le groupe Le Métayer réussit enfin à s'insérer avec le "hard-discount".... assez mou, de Leader Price qui connaît un certain succès.

Finalement, on a là une image assez fidèle de la société guadeloupéenne.

Les classes aisées, les nombreux privilégiés, dont le pouvoir d'achat effectif est sensiblement supérieur à ce qu'il serait en Métropole, sont préférentiellement clients des "Carrefour" ou des "Cora";

La classe moyenne en voie de paupérisation pratique les LeaderPrice

Les misérables au RMI, aux petites retraites, ou au rien du tout, s'adressent aux Ecomax... ou a rien du tout.

L'existence même du centre commercial de Destrellan, de loin, le plus important et le plus somptueux des "Départements français d'Amérique", "Cathédrale de la Consommation", exposant avec obscénité des objets de désir inaccessibles à une considérable minorité de guadeloupéens est génératrice d'infinies perturbations psychologiques, sociales et politiques.

Elle met en évidence les prodigieuses césures qui fractionnent la société guadeloupéenne.
Dans l'Union Soviétique, au moins, les magasins réservés aux cadres du Parti, aux fonctionnaires et aux étrangers savaient être discrets..

Ce m'est un sujet d'étonnement - ou de non-étonnement? - que les négociations présentes qui prétendent apporter une solution à la cherté de la vie en Guadeloupe se déroulent hors de la présence - et de l'intervention - du secteur de la grande distribution.

Alors que faire?

Les mesures proposées par l'Etat républicain - état central et collectivités - sont fragmentaires et d'une efficacité limitée.

J'ai dit ailleurs, et il y a longtemps, que l'octroi de mer était un impôt idiot, poursuivant des fins contradictoires. La protection tarifaire obtenue grâce à lui a, en fait ménagé un certain nombre de "niches de rentabilité" à l'abri desquelles bien des grandes fortunes se sont bâties... Avec peu d'impact économique... et l'effet sur les prix du "yaourt" complaisamment décrit par le collectif... Mais au fait, ce qu'on produit ici n'a même pas droit à la dénomination"yaourt"..

Mais l'octroi de mer sur les médicaments? c'est évidemment inadmissible.

En tous cas, si l'octroi de mer devait être aboli, il faudrait bien alimenter les communes, au besoin par des centimes additionnels sur la TVA et la ponction sur la consommation serait semblable, même si les effets économiques devaient être sensiblement différents.

Donc rien de définitif à attendre de ce côté-là, pas davantage, pour les mêmes raisons et beaucoup d'autres concourantes, du côté de la taxe sur les carburants.

Bien sûr, on pourrait se décider, à favoriser (enfin!) l'introduction en Guadeloupe des magasins Leclerc ou Intermarché; ce serait positif... sans l'être vraiment pour les plus démunis.

Ah, j'oubliais, on parle aussi de la "continuité territoriale" et on met en avant l'exemple de la Corse où elle engloutit, il est vrai des sommes considérables... Mais on oublie que la continuité territoriale consiste à appliquer tout bonnement le tarif SNCF au transport maritime. Avantageuse sur les 200 ou 300 km qui séparent l'île du "Continent", en ce qu'il permet d'effacer le coût de ruptures de charges rapprochées, un tel mode de calcul sur 8 000 km serait proprement rédhibitoire.

--]*[--

Alors, une nouvelle fois, que faire?

Eh bien, on dit que les temps de crise sont propices aux réformes d'envergure...

CHICHE!

--]*[--

Bien sûr, il y a les "marges" dans lesquelles beaucoup se vautrent, bien sûr, il y a un octroi de mer mal administré... Mais, à tort ou à raison, chacun se prévaut du coût des fameux "frais d'approche".

Argument d'autant plus intéressant que nul ne se soucie de les évaluer.

C'est pourtant assez simple:

Prenez d'une part ce que la Métropole exporte vers la Guadeloupe: c'est comptabilisé, par le service des Douanes "FOB" ("franco on board" c'est-à-dire marchandise chargée au départ sur le moyen de transport)

Demandez ensuite au service des Douanes de la Guadeloupe le montant comptabilisé de ces marchandises qui sont, pour lui, importées: il le fait "CAF" ("coût, assurance, fret") débarqué sur le quai en Guadeloupe.

Donc, la différence entre ces deux données, ce sont les frais d'approche de la Métropole vers la Guadeloupe.

Procédez symétriquement pour les marchandises exportées de la Guadeloupe vers la Métropole, faites la somme des deux et vous avez l'ensemble des "frais d'approche" supportés par les marchandises empruntant dans les deux sens cette relation.

J'ai fait ce calcul il y a plusieurs dizaines d'années (j'étais encore fonctionnaire!) et je l'ai rapproché des données que m'ont alors fournies les Trésoreries générales sur le coût des fameux "40 % des fonctionnaires"... Or, ces deux coûts étaient à peu près exactement identiques, ce qui, d'ailleurs n'est pas vraiment étonnant.

J'avais donc proposé au Ministre de l'Outremer d'alors, près duquel je servais, de mettre en place non pas la "continuité territoriale" mais la "juxtaposition territoriale" en annulant purement et simplement le prix du transport entre la Métropole et les Départements d'Outremer et en le finançant par l'abandon des "40%"

On imagine les conséquences de tous ordres d'une pareille décision. Les prix de l'Outremer alignés sur ceux de la Métropole, les produits guadeloupéens aidés par la "défiscalisation" rendus compétitifs, une partie de notre handicap en matière touristique réduit du fait du moindre coût des intrants et d'une pression sur les salaires un peu réduite...

Mais surtout, l'homogénéité de la société guadeloupéenne rétablie, une véritable continuité du haut en bas de l'échelle, entre public et privé, restaurée, la fonction publique cessant d'être l'unique perspective rêvée.

Mais, comme vous connaissez l'histoire des dernières années, vous savez déjà que le Ministre ne m'a pas suivi: c'était un fin politique!

Et pourtant, c'est ce qu'il faudrait faire.

MAINTENANT!

Sans cesse occupé de son auto-glorification, l'état républicain, rattrapé, ici et ailleurs, dans ce domaine et dans les autres, par des décennies d’erreurs, balloté par les évènements, électoraliste, insoucieux du futur, ignorant du passé, mais surtout incapable de pratiquer et même de comprendre un raisonnement scientifique, intellectuellement et humainement illégitime, saura-t-il, pourra-t-il, voudra-t-il le faire? Il est permis d'en douter.

Gérard CHINETTI - IGREF - X60

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