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Publié par Edouard Boulogne

Le poids des mots.


 (Un symbole de la malheureuse république d'Haïti, "indépendante" depuis 1804).
 

Revendication d’autonomie et arguments indépendantistes


Je lis avec intérêt toutes les opinions, surtout celles qui s’écartent des miennes. Les convictions des autonomistes ne sont pas toujours minces. Et comme pour donner encore de l’épaisseur à leurs certitudes, certains accordent, pour les défendre, une plus grande confiance aux mouvements indépendantistes qu’aux partis autonomistes. On est pleinement dans la situation de paradoxe permanent que connaît la Martinique : le discours de l’autonomie, qui n’a jamais obtenu une définition claire, emprunte presque exclusivement au vocabulaire et à la phraséologie indépendantistes.


Cependant, de même qu’il n’est pas possible d’obtenir une soupe z’habitants avec les ingrédients du pâté en pot, il peut être aventureux de défendre l’autonomie avec les arguments de l’indépendance. En effet, il ressort de la force des idées que celles-ci échappent souvent à ceux qui les profèrent, et que celles qui s’expriment en termes de rupture ne peuvent alimenter qu’une dynamique de rupture.

En politique, même lorsque l’encadrement paraît strictement défini, les concepts sortent souvent des clous. De sorte qu’on ne peut pas résumer l’autonomie à la définition bateau du petit Larousse. Il s’agit, au contraire, de vite refermer cet ouvrage dès que l’on passe de l’autonomie de l’homme à l’autonomie de la société. D’académique, le mot devient politique donc difficilement maîtrisable. C’est comme si on limitait la définition de la liberté à quelques lignes. Les débats sur ces notions ne sont jamais clos, l’autonomie pouvant faire l’objet d’un chapitre entier du droit constitutionnel. « S’occuper soi-mêmes de ses propres affaires » ne veut pas dire grand-chose lorsque l’on n’est pas maître de tous les paramètres dont celle, essentielle, qui concerne la budgétisation de cette autonomie.

 (Vue partielle de Munich, capitale de la Bavière, land autonome de la République fédérale d'Allemagne).


Autant de régions autonomes, autant d’autonomies différentes

Oui, il y a plusieurs autonomies et, d’une façon générale, en tant que concept politique, l’autonomie obéit rarement aux normes. Vouloir verser toutes les autonomies dans un paquet commun n’a pas de sens. En Europe, l’autonomie des lands allemands et des régions italiennes répondent à une nécessité de gestion efficace et leur présence au sein de leurs nations n’est pas remise en cause. Tandis que le discours des autonomistes et des indépendantistes martiniquais se veut d’opposition de nation à nation, de pays souverain à pays souverain et même, pour certains, d’Etat à Etat. S’y affirme comme une revendication nationaliste de rupture nourrie par le contentieux esclavagiste et colonialiste, inconnu en terre européenne. Il n’est pas sûr que cette position soit celle de Césaire dont on se rappelle que les exemples évoqués, dès 1957, avaient concerné précisément ces modèles italiens et allemands d’« autonomie de gestion ».


Le bégaiement institutionnel de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie

En Nouvelle-Calédonie et en Polynésie où le bégaiement institutionnel devrait interpeller, seul demeure le contentieux colonialiste, en l’absence de passé esclavagiste. De même, le discours de rupture est absent à St Martin et à St Barthélémy qui, paradoxalement, ont plutôt souhaité le rapprochement avec Paris par la suppression de l’étape Guadeloupe, sans doute trop proche de leurs « affaires ».

C’est dire que la clarification des partis et des leaders sur le contenu de l’autonomie est indispensable. Il n’est pas de bonne démocratie de convoquer à nouveau l’électeur martiniquais sans lui apporter une parfaite connaissance des projets – ou absences de projets – qui se cachent derrière les articles 73 et 74 de la Constitution. Cette Vérité ne peut pas être substituée par la force des convictions ni par le romantisme des hommes qui les portent depuis 1960, époque où les modèles étaient recherchés par-delà le rideau de fer, aujourd’hui disparu et presque oublié.

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Yves-Monthieux

27 novembre 2008






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