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Publié par Edouard Boulogne

 SERAPHINE

 

 

 

 

Séraphine Louis, est née en 1864, à Senlis. Orpheline et démunie, les religieuses la recueillent et l’élèvent. Elle devient ce qu’on appelait alors, « femme de peine ». Sa vie se passe à lessiver les draps des uns, et récurer les maisons des autres, à faire de durs travaux, payée quelques sous, en vivant dans une pauvre chambre. Mais ce que personne ne soupçonne, sauf une toute jeune voisine, c’est qu’elle est possédée par une passion qui transcende son triste quotidien : elle peint. Le sait-elle seulement ou bien accomplit-elle cette tâche comme elle respire et comme elle arpente sa destinée au pas lourd de ses grosses galoches ?

Il ne me semble pas qu’elle soit consciente de faire œuvre créatrice… je pense qu’elle exhale sa peinture, comme la buée tiède qu’on exhale dans le matin glacé…

Martin Provost a fait le choix de la modestie, de l’humilité et le l’ostinato,

(Répétition obstinée de la formule rythmique ou harmonique…) en accord avec le personnage de Séraphine. Celle-ci incarnée par Yolande Moreau d’une manière proprement magistrale, passe de ses travaux diurnes, à sa vie nocturne intense et exaltante où elle peint à pleines mains, à la lueur des bougies, agenouillée par terre, en chantant des cantiques. Souvent, possédée par sa joie et enivrée d’inspiration, elle s’endort, exténuée, sur son panneau de bois bouillonnant de couleurs.... Elle trouve les matériaux de ses couleurs, dans les arbres, dans les fleurs et les argiles, dans le sang du boudin volé chez un patron charcutier, et, l’huile trop chère à acheter, lui est prodiguée par les lumières de la cathédrale de Senlis…Séraphine profondément mystique, sait que ses mains sont conduites par son ange gardien puisque c’est lui qui lui a dit de peindre. Peu de temps avant la guerre de 1914, le collectionneur et galeriste allemand Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur), en villégiature à Senlis, tombe par hasard sur une toile de Séraphine, sa femme de ménage. Uhde est l’inventeur du douanier Rousseau et d’autres peintres naïfs. Commence alors un étrange et amical parcours fait de confiance et d’admiration mutuelle, entre ces deux êtres si différents mais aux regards d’artistes, parcours interrompu par la guerre et repris lors du retour en France de Uhde, chassé par la guerre de 14. Séraphine continuera à peindre, de grands formats, plus éclatants que jamais, Uhde généreux et attentif tentera de la faire connaitre, mais l’artiste perd, peu à peu, la raison jusqu’à être internée. Alors elle cessera de peindre et mourra, en 1942, des privations infligés aux pensionnaires des asiles d’aliénés. Après sa mort, Uhde parviendra à exposer ses toiles et à la faire connaître.

Lors de la première du film j’ai eu la chance de rencontrer Martin Provost et Yolande Moreau. Le metteur en scène nous a raconté comment, quand Yolande hésitait dans son personnage, il lui avait lancé «  Yolande, pense à Dieu ! » et Yolande de nous dire «  Je retrouvais tout de suite le ton et l’action. » et pourtant ni l’un ni l’autre ne sont croyants. Etonnant, ce que le concept seul de la transcendance peut provoquer dans l’Homme….

Martin Provost a ici créé une œuvre profonde, sobre, intense et respectueuse du mystère de la créativité. Servi par d’étonnants acteurs Yolande Moreau plus vraie que jamais, quant à Ulrich Tukur tout en distinction, attentif et douloureux, il est à l’image d’une aristocratie intellectuelle et artistique d’une époque à jamais révolue.

Une exposition des œuvres de Séraphine de Senlis se tient actuellement au Musée Maillol de Paris.


Marie Deval.


Séraphine 

Film français

Réalisateur : Martin Provost

Sortie : 01 octobre 2008

Genre : Drame

Durée : 2h05

Avec : Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent, Geneviève Mnich, Nico Rogner, Adélaïde Leroux …




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M
Pour moi, c'était un pur moment de bonheur http://moms-diary.over-blog.com/
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