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Publié par Edouard Boulogne

 Identité du libéralisme.

( La crise financière en cours fait un peu trop vite crier à la fin de l'idéologie libérale. Ceux qui le clament, sans nécessairement y croire, n'ont décidément rien appris du XXème siècle où l'idéologie issue de l'oeuvre de Karl Marx a instauré sur plus de moitié de la planète un enfer étatique, politique et concentrationnaire.
Je ne pense pas, cependant qu'il faille adopter sans esprit critique le libéralisme, antagoniste du socialisme
Pour éclairer ceux qui en aurait besoin, (peu nombreux sans doute), je publie aujourd'hui le chapitre consacré au libéralisme dans mon livre
  Libres paroles, paru il y a quelques années.
Il ne s'agit évidemment pas d'une étude exhaustive, sur un sujet aussi vaste et complexe. Tout juste d'un article d'abécédaire politique, qui pourrait aider quelques-uns à donner un contenu, même sommaire, à ceux pour qui le mot n'est qu'un concept vide de campagne électorale. Pour les plus curieux quelques conseils de lecture supplémentaire sont donnés en fin d'article. EB).

 

 

 

  (Cf. Sur Le Scrutateur à la rubrique Philosophie  : Socialisme ; Totalitarisme ; Nihilisme ; Franc-Maçonnerie ; Ressentiment ; Subversion ; Utopie).

 

 Le libéralisme est un cousin germain du socialisme. Il est l’un des concepts majeurs de la modernité (cf ce terme). Le terme lui-même date du début du 19è siècle, mais l’état d’esprit qu’il dénote surgit au 17è siècle et se renforce aux 18è et 19è.

Le libéralisme postule que la politique n’a plus pour but comme pour Aristote, et surtout la pensée médiévale couronnée par Thomas d’Aquin, l’épanouissement de la société et des personnes selon un modèle transcendant. Le libéralisme encouragea la liberté de pensée, le repli de la religion dans la sphère de la vie privée. Tout repose, selon lui, sur l’individu et sa volonté libre.

 

·        Le libéralisme politique.

 

Sur le plan politique, cette idéologie est plus sympathique, du moins en théorie que bien d’autres idéologies contemporaines, et en particulier le socialisme.

A cet égard, lisons plutôt les objections à l’interférence gouvernementale dans les affaires publiques, telles que les formule le théoricien libéral britannique John Stuart Mill : « La première est quand une chose peut être mieux faite par des particuliers que par le gouvernement. La deuxième est que dans beaucoup de cas, bien que des particuliers ne puissent faire aussi bien en moyenne que des fonctionnaires, il est néanmoins désirable qu’ils agissent plutôt que le gouvernement : c’est un moyen d’éducation. La troisième et principale raison de restreindre l’intervention étatique, c’est qu’ajouter à son pouvoir sans nécessité  est un grand mal. Toute fonction ajoutée à celle qu’il exerce déjà, accroît  et répand son influence sur les espoirs et les craintes, et transforme de plus en plus les membres actifs et ambitieux du corps social en dépendants du pouvoir ou d’un parti qui vise au pouvoir. Si toutes les routes, les chemins de fer, les banques, les assurances, les grandes sociétés, les universités et les institutions charitables appartenaient à l’Etat ; si de plus, les municipalités et les institutions locales, avec toutes les tâches qui leur sont dévolues, étaient des départements de l’administration centrale ; si les employés de ces différentes entreprises étaient nommés et payés par l’Etat et attendaient de l’Etat leur élévation sociale, ni la liberté de la presse, ni le fondement démocratique de la législature ne pourraient faire que notre pays ni aucun autre fut libre autrement que de nom ».

         Texte remarquable, et par le bon sens qui en émane, et par son actualité en France.

 

·        Le libéralisme économique.

 

 

Le libéralisme est donc un individualisme, et la Liberté y supplante dans l’ordre des valeurs la Vérité. Pour les penseurs libéraux, (Locke, Adam Smith, Stuart-Mill, etc), le Bien public semble résulter des intérêts individuels, dont l’interaction doit produire une vie harmonieuse pour tous. Ce qui le garantit et qui est au cœur de cette idéologie est cette sorte de « main invisible », qui, selon l’expression d’Adam Smith, semble tirer les ficelles en vue de l’harmonie générale : « En ne cherchant que son propre gain, prétend l’illustre théoricien, l’individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. Il est conduit par une main invisible pour remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ».

Le postulat libéral est donc l’autorégulation du marché économique. Lucide sur l’égoïsme des êtres humains, Adam Smith dit, non sans humour : « Je n’ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses ». Mais il ajoute : « Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, l’individu travaille d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler ». On devine que c’est grâce à la « main invisible » cette bonne fée ! Adam Smith poursuit : « Chaque individu met sans cesse tous ses efforts à chercher, pour tout capital dont il peut disposer, l’emploi le plus avantageux ; il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue, et non celui de la société ; mais les soucis qu’il se donne pour trouver son avantage personnel le conduisent naturellement, ou plutôt nécessairement, à préférer précisément ce genre d’emploi même qui se trouve être le plus avantageux pour la société ».

L’économie tout comme la politique diffère des mathématiques en ce que la vérité n’y est pas hypothético déductive, mais est soumise au contrôle de l’expérience. Le libéralisme, appliqué à la direction des affaires dans les sociétés européennes, et aux Etats unis d’Amérique depuis le 19è siècle, s’il a été à l’origine d’un extraordinaire développement économique et technique, s’il est, (contrairement aux idéologies socialistes qui se sont instaurées pour lutter contre ses défauts, et qui ont été, elles, des créatrices de pénurie, de pauvreté et de misère, tout en suscitant sur le plan moral des aberrations bien pires que celles du libéralisme), un extraordinaire créateur de richesses1, a aussi généré des inégalités sociales sans précédents, et une exploitation de l’homme par l’homme que monsieur Smith et les théoriciens n’avaient pas prévu.

C’est que le schéma intellectuel d’Adam Smith suppose une concurrence à l’échelle des individus. Mais le progrès technique au 19è siècle exigea des capitaux de plus en plus considérables dépassant de beaucoup les possibilités individuelles. Le capitalisme de « grandes unités » se développa. De plus le postulat égalitaire de la modernité (Liberté, Egalité…… !), ne résista pas à l’ordre des faits. La vie économique et sociale se mit à ressembler (les romans d’un Zola y font écho, en dramatisant certes !) à une jungle. Parmi les contempteurs de ce désordre individualiste, l’Eglise catholique réagit (Le pape Léon 13, publia une Encyclique très suggestive, Rerum Novarum qui fut le point initial d’une doctrine sociale d’une grande importance, quoique mal connue, et qui se développe jusqu’à Jean-Paul 2 en passant par Pie 11, Jean 23 et Paul 6). Avec ironie, un grand réformateur social chrétien le marquis de la Tour du Pin décrivit l’effet de la Liberté prise comme absolu, sans normes régulatrices, sur la société devenue selon lui « un poulailler libre où évoluait à sa guise un renard libre ».

Le libéralisme cependant a évolué. Ce système a tenu compte de certains des inconvénients d’une application trop littérale de ses principes fondateurs. Depuis les années 1950, le capitalisme à la Zola, n’est plus qu’un souvenir du moins en Europe et en Amérique du Nord.

On ne compte plus les entreprises « neo libérales ». Mais ce courant reste marqué par son péché originel, individualiste, matérialiste, et relativiste. La crise des valeurs en occident en est un avatar, et certains aspects inquiétants de la mondialisation en cours le rappellent.

 

·        La doctrine sociale de l’Eglise.

 

Le pape Jean-Paul 2 dans son Encyclique de 1991 (pour le centenaire de Rerum Novarum) a écrit des pages d’une grande profondeur sur les deux cousins ennemis Libéralisme et Socialisme.

Par exemple il proclame la légitimité de la propriété  privée, mais rappelle qu’elle n’a pas une valeur absolue : «  ce droit fondamental pour l’autonomie et le développement de la personne, a toujours été défendu par l’Eglise jusqu’à nos jours. L’Eglise enseigne de même que la propriété des biens n’est pas un droit absolu mais comporte, dans sa nature même de droit humain, ses propres limites ».

De même le profit n’est pas en soi une chose illégitime. Il constitue un indicateur de l’état de l’entreprise. Mais il n’est pas le seul. « En effet, le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière. Le profit est un régulateur dans la vie de l’établissement mais il n’en est pas le seul ; il faut ajouter la prise en compte d’autres facteurs humains et moraux qui, à long terme, sont au moins aussi essentiels pour la vie de l’entreprise ».

L’Eglise catholique rappelle Jean-Paul 2, si elle a condamné rigoureusement l’idéologie socialiste, ne donne pas son aval non plus à un libéralisme à tous crins. « on peut parler à juste titre de lutte contre un système économique (le libéralisme. Note de l’auteur) entendu comme méthode pour assurer la primauté absolue du capital, de la propriété des instruments de production et de la terre sur la liberté et la dignité du travail de l’homme. En luttant contre ce système, on ne peut lui opposer, comme modèle de substitution, le système socialiste, qui se trouve être en fait un capitalisme d’Etat, mais on peut opposer une société de travail libre, de l’entreprise et de la participation. Elle ne s’oppose pas au marché, mais demande qu’il soit dûment contrôlé par les forces sociales et par l’Etat, de manière à garantir la satisfaction des besoins fondamentaux de toute la société ».

Le socialisme, du moins sous sa forme révolutionnaire est depuis une dizaine d’années en recul. Il patauge dans le sang poisseux des goulags sibériens ou tropicaux (par exemple à Cuba). Mais la « victoire » du système libéral n’est pas pleinement satisfaisante. Je conclurai cet article par le constat lucide du Pape dans la même Encyclique : « L’expérience historique de l’Occident, montre que , même si l’analyse marxiste de l’aliénation et de ses fondements sont faux, l’aliénation avec la perte du sens authentique de l’existence est également une réalité dans les sociétés occidentales. On le constate au niveau de la consommation lorsqu’elle engage l’homme dans un réseau de satisfactions superficielles et fausses au lieu de l’aider à faire l’expérience authentique et concrète de sa personnalité. Elle se retrouve aussi dans le travail, lorsqu’il est organisé de manière à ne valoriser que ses productions et ses revenus sans se soucier de savoir si le travailleur, par son travail, s’épanouit plus ou moins en son humanité, selon qu’augmente l’intensité de sa participation à une véritable communauté solidaire, ou bien que s’aggrave son isolement au sein d’un ensemble de relations caractérisé par une compétition exaspérée et des exclusions réciproques, où il n’est considéré que comme un moyen, et non comme une fin ». 



1 Il serait comique, si cela n’était indécent d’entendre tant d’intellectuels occidentaux déblatérer contre la société de consommation devant des foules du tiers monde, qui, vivant dans la misère et dans la crasse, ne rêvent que d’accéder à ce régime à leurs yeux idéal de la consommation. Avant de corriger les inconvénients de l’abondance, il faut penser à sortir de la pénurie.   

 

 

Pour approfondir.

 

 

·        Jean Marchal : Cours d’économie politique (Librairie de Médicis).

·        Raymond Barre : Economie politique (P-U-F).

·        Louis Salleron : Libéralisme et socialisme (Club du Livre Civique. 3&, rue Rennequin. 75017.Paris).

·        Jean-Paul 2 : Centesimus Annus (Editions du centurion).

 

 

Le libéralisme est un cousin germain du s

ocialisme. Il est l’un des concepts majeurs de la modernité (cf ce terme). Le terme lui-même date du début du 19è siècle, mais l’état d’esprit qu’il dénote surgit au 17è siècle et se renforce aux 18è et 19è.

Le libéralisme postule que la politique n’a plus pour but comme pour Aristote, et surtout la pensée médiévale couronnée par Thomas d’Aquin, l’épanouissement de la société et des personnes selon un modèle transcendant. Le libéralisme encouragea la liberté de pensée, le repli de la religion dans la sphère de la vie privée. Tout repose, selon lui, sur l’individu et sa volonté libre.


  • Le libéralisme politique.


Sur le plan politique, cette idéologie est plus sympathique, du moins en théorie que bien d’autres idéologies contemporaines, et en particulier le socialisme.

A cet égard, lisons plutôt les objections à l’interférence gouvernementale dans les affaires publiques, telles que les formule le théoricien libéral britannique John Stuart Mill : « La première est quand une chose peut être mieux faite par des particuliers que par le gouvernement. La deuxième est que dans beaucoup de cas, bien que des particuliers ne puissent faire aussi bien en moyenne que des fonctionnaires, il est néanmoins désirable qu’ils agissent plutôt que le gouvernement : c’est un moyen d’éducation. La troisième et principale raison de restreindre l’intervention étatique, c’est qu’ajouter à son pouvoir sans nécessité est un grand mal. Toute fonction ajoutée à celle qu’il exerce déjà, accroît et répand son influence sur les espoirs et les craintes, et transforme de plus en plus les membres actifs et ambitieux du corps social en dépendants du pouvoir ou d’un parti qui vise au pouvoir. Si toutes les routes, les chemins de fer, les banques, les assurances, les grandes sociétés, les universités et les institutions charitables appartenaient à l’Etat ; si de plus, les municipalités et les institutions locales, avec toutes les tâches qui leur sont dévolues, étaient des départements de l’administration centrale ; si les employés de ces différentes entreprises étaient nommés et payés par l’Etat et attendaient de l’Etat leur élévation sociale, ni la liberté de la presse, ni le fondement démocratique de la législature ne pourraient faire que notre pays ni aucun autre fut libre autrement que de nom ».

Texte remarquable, et par le bon sens qui en émane, et par son actualité en France.


Le libéralisme économique.

Le libéralisme est donc un individualisme, et la Liberté y supplante dans l’ordre des valeurs la Vérité. Pour les penseurs libéraux, (Locke, Adam Smith, Stuart-Mill, etc), le Bien public semble résulter des intérêts individuels, dont l’interaction doit produire une vie harmonieuse pour tous. Ce qui le garantit et qui est au cœur de cette idéologie est cette sorte de « main invisible », qui, selon l’expression d’Adam Smith, semble tirer les ficelles en vue de l’harmonie générale : « En ne cherchant que son propre gain, prétend l’illustre théoricien, l’individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. Il est conduit par une main invisible pour remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ».

Le postulat libéral est donc l’autorégulation du marché économique. Lucide sur l’égoïsme des êtres humains, Adam Smith dit, non sans humour : « Je n’ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses ». Mais il ajoute : « Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, l’individu travaille d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler ». On devine que c’est grâce à la « main invisible » cette bonne fée ! Adam Smith poursuit : « Chaque individu met sans cesse tous ses efforts à chercher, pour tout capital dont il peut disposer, l’emploi le plus avantageux ; il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue, et non celui de la société ; mais les soucis qu’il se donne pour trouver son avantage personnel le conduisent naturellement, ou plutôt nécessairement, à préférer précisément ce genre d’emploi même qui se trouve être le plus avantageux pour la société ».

L’économie tout comme la politique diffère des mathématiques en ce que la vérité n’y est pas hypothético déductive, mais est soumise au contrôle de l’expérience. Le libéralisme, appliqué à la direction des affaires dans les sociétés européennes, et aux Etats unis d’Amérique depuis le 19è siècle, s’il a été à l’origine d’un extraordinaire développement économique et technique, s’il est, (contrairement aux idéologies socialistes qui se sont instaurées pour lutter contre ses défauts, et qui ont été, elles, des créatrices de pénurie, de pauvreté et de misère, tout en suscitant sur le plan moral des aberrations bien pires que celles du libéralisme), un extraordinaire créateur de richesses1, a aussi généré des inégalités sociales sans précédents, et une exploitation de l’homme par l’homme que monsieur Smith et les théoriciens n’avaient pas prévu.

C’est que le schéma intellectuel d’Adam Smith suppose une concurrence à l’échelle des individus. Mais le progrès technique au 19è siècle exigea des capitaux de plus en plus considérables dépassant de beaucoup les possibilités individuelles. Le capitalisme de « grandes unités » se développa. De plus le postulat égalitaire de la modernité (Liberté, Egalité…… !), ne résista pas à l’ordre des faits. La vie économique et sociale se mit à ressembler (les romans d’un Zola y font écho, en dramatisant certes !) à une jungle. Parmi les contempteurs de ce désordre individualiste, l’Eglise catholique réagit (Le pape Léon 13, publia une Encyclique très suggestive, Rerum Novarum qui fut le point initial d’une doctrine sociale d’une grande importance, quoique mal connue, et qui se développe jusqu’à Jean-Paul 2 en passant par Pie 11, Jean 23 et Paul 6). Avec ironie, un grand réformateur social chrétien le marquis de la Tour du Pin décrivit l’effet de la Liberté prise comme absolu, sans normes régulatrices, sur la société devenue selon lui « un poulailler libre où évoluait à sa guise un renard libre ».

Le libéralisme cependant a évolué. Ce système a tenu compte de certains des inconvénients d’une application trop littérale de ses principes fondateurs. Depuis les années 1950, le capitalisme à la Zola, n’est plus qu’un souvenir du moins en Europe et en Amérique du Nord.

On ne compte plus les entreprises « neo libérales ». Mais ce courant reste marqué par son péché originel, individualiste, matérialiste, et relativiste. La crise des valeurs en occident en est un avatar, et certains aspects inquiétants de la mondialisation en cours le rappellent.


  • La doctrine sociale de l’Eglise.


Le pape Jean-Paul 2 dans son Encyclique de 1991 (pour le centenaire de Rerum Novarum) a écrit des pages d’une grande profondeur sur les deux cousins ennemis Libéralisme et Socialisme.

Par exemple il proclame la légitimité de la propriété privée, mais rappelle qu’elle n’a pas une valeur absolue : «  ce droit fondamental pour l’autonomie et le développement de la personne, a toujours été défendu par l’Eglise jusqu’à nos jours. L’Eglise enseigne de même que la propriété des biens n’est pas un droit absolu mais comporte, dans sa nature même de droit humain, ses propres limites ».

De même le profit n’est pas en soi une chose illégitime. Il constitue un indicateur de l’état de l’entreprise. Mais il n’est pas le seul. « En effet, le but de l’entreprise n’est pas uniquement la production du profit, mais l’existence même de l’entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière. Le profit est un régulateur dans la vie de l’établissement mais il n’en est pas le seul ; il faut ajouter la prise en compte d’autres facteurs humains et moraux qui, à long terme, sont au moins aussi essentiels pour la vie de l’entreprise ».

L’Eglise catholique rappelle Jean-Paul 2, si elle a condamné rigoureusement l’idéologie socialiste, ne donne pas son aval non plus à un libéralisme à tous crins. « on peut parler à juste titre de lutte contre un système économique (le libéralisme. Note de l’auteur) entendu comme méthode pour assurer la primauté absolue du capital, de la propriété des instruments de production et de la terre sur la liberté et la dignité du travail de l’homme. En luttant contre ce système, on ne peut lui opposer, comme modèle de substitution, le système socialiste, qui se trouve être en fait un capitalisme d’Etat, mais on peut opposer une société de travail libre, de l’entreprise et de la participation. Elle ne s’oppose pas au marché, mais demande qu’il soit dûment contrôlé par les forces sociales et par l’Etat, de manière à garantir la satisfaction des besoins fondamentaux de toute la société ».

Le socialisme, du moins sous sa forme révolutionnaire est depuis une dizaine d’années en recul. Il patauge dans le sang poisseux des goulags sibériens ou tropicaux (par exemple à Cuba). Mais la « victoire » du système libéral n’est pas pleinement satisfaisante. Je conclurai cet article par le constat lucide du Pape dans la même Encyclique : « L’expérience historique de l’Occident, montre que , même si l’analyse marxiste de l’aliénation et de ses fondements sont faux, l’aliénation avec la perte du sens authentique de l’existence est également une réalité dans les sociétés occidentales. On le constate au niveau de la consommation lorsqu’elle engage l’homme dans un réseau de satisfactions superficielles et fausses au lieu de l’aider à faire l’expérience authentique et concrète de sa personnalité. Elle se retrouve aussi dans le travail, lorsqu’il est organisé de manière à ne valoriser que ses productions et ses revenus sans se soucier de savoir si le travailleur, par son travail, s’épanouit plus ou moins en son humanité, selon qu’augmente l’intensité de sa participation à une véritable communauté solidaire, ou bien que s’aggrave son isolement au sein d’un ensemble de relations caractérisé par une compétition exaspérée et des exclusions réciproques, où il n’est considéré que comme un moyen, et non comme une fin ».

Edouard Boulogne


 1) Il serait 
  comique, si cela n’était indécent d’entendre tant d’intellectuels occidentaux déblatérer contre la société de consommation devant des foules du tiers monde, qui, vivant dans la misère et dans la crasse, ne rêvent que d’accéder à ce régime à leurs yeux idéal de la consommation. Avant de corriger les inconvénients de l’abondance, il faut penser à sortir de la pénurie.



Pour approfondir.



  • Jean Marchal : Cours d’économie politique (Librairie de Médicis).

  • Raymond Barre : Economie politique (P-U-F).

  • Louis Salleron : Libéralisme et socialisme (Club du Livre Civique. 3&, rue Rennequin. 75017.Paris).

  • Jean-Paul 2 : Centesimus Annus (Editions du centurion).

 

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P
Toto de bahia n'est pas loin de la triste vérité. Honneur à ceux, socialistes ou libéraux, qui apporteront le plus de chances d'être heureux au plus grand nombre. Je parle des politiques, et ceux d'entre eux qui n'en auraient ne serait-ce que la sincère intention se raréfient. Pour la multitude ce sera toujours chacun pour soi et Dieu pour tous.L'Eglise, elle, ne produit que des voeux pieux même si certains de ses membres pratiquent la charité que le nommé Jésus préconisait. Lui-même, probablement conscient de ses limites n'a-t-il pas dit : "La pauvreté, vous l’aurez toujours ; moi, vous ne m’aurez pas toujours", un peu comme une négation de son immortalité (en passant).Je sais, cher Scrutateur, que tu tiqueras peut-être quand tu liras cela, mais n'ayant pas la science infuse je suis ouvert à tes remarques.De Jésus j'apprécie particulièrement le "aide-toi, le ciel t'aidera". Son petit côté libéral ;c)
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T
toto1701 : homos égoistitus c'etait il ya tres tres longtemps un homidé se dressa sur ses pattes arrieres ce qui fit naitre chez lui un sentiment d'orgueil dominateur... sur son environnement proche et lointain au fur et a mesure de ses perigrinations continentales Afrique,Europe,Asie,Ameriques.. puis vint l'échange, le troc ,le commerce et l'exploitation du plus grand nombre par une petite minorité auto investie par la puissance divine, puis institutionaliséé a travers les organes de pouvoirs décisionnels l'etat et son logitielle de perversion éclairée la démocratie et a partir de 1848 l'officialisation de l'explotation et de d'exclusion ....au nom de la libre entreprise, sous le regard satisfait d'une majorité empaquetée par des rabateurs d'opinion. presses ecrites et televisuelles
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C
Un lecteur, fâché avec les mécanismes de l'informatique, m'adresse un commentaire de l'article sur le Libéralisme, en me demandant de l'introduire moi-même dans l'espace réservé aux comentaires, ce que je fais.EB

"Merci, le Scrutateur, de nous rappeler que le libéralisme est essentiellement "matérialisme", comme... un certain poison social, celui qui est soi-disant enterré sous les ruines du mur de Berlin. Il vaut mieux, en effet, ne faut pas confondre couverts et mets". C H-D
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