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Publié par Edouard Boulogne

La mort d’Alexandre Soljenitsyne.

 

 

            Dimanche 3 juillet 2008, 18h.

 

J’apprends à l’instant la mort de l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, survenue ce jour en Russie.

Né en décembre 1918, Soljenitsyne avait été pris en main par la terrible machine à emboutir du parti communiste de l’URSS. C’est en communiste qu’il participa à la seconde guerre mondiale, dont il sortit…. ébranlé dans la foi matérialiste qu’on lui avait inculquée.

Il est vrai, qu’Alexandre était Russe, et que, si l’on en croit Dostoïevski, les concepts « d’athée » et de « Russe » sont trop violemment antinomiques pour pouvoir durablement cohabiter dans une même âme.

Le jeune homme se met alors à réfléchir à sa condition d’homme, ce qui ne pardonne pas sous le règne du petit père des peuples, Staline, dont Roger Garaudy, - mais aussi Sartre, Aragon, et quelques centaines d’autres tous « intellectuels » patentés – déclara qu’il était « le plus grand philosophe de tous les temps » (sic !).

Le jeune Soljenitsyne se retrouva à croupir dans un des camps innombrables du GOULAG.


Des années après, au début du dégel idéologique, sous l’ère Kroutchev, il en sortit et publia « Une journée d’Ivan Dessinovitch ».

Dégel ou pas, ce livre parut intolérable au « parti des travailleurs ».

Le cas de Soljenitsyne s’aggrava quand il écrivit ses autres livres fameux, d’abord non publiés, et circulant sous le manteau : « Le pavillon des cancéreux », « Le premier cercle », qui purent clandestinement passer à l’ouest où il furent publiés, dans la quasi hostilité des « intellectuels occidentaux », y compris l’écrivain Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, aux yeux desquels Soljenitsyne ne pouvait qu’être un valet du capitalisme.

La guerre froide continuait, mais Moscou, « la Mecque du communisme » pour reprendre la si juste formule de Jules Monnerot, ne renvoya pas l’écrivain dans les glaces sibériennes. Elle se contenta de l’expulser d’URSS, croyant ainsi lui faire perdre l’auréole du martyr, et le noyer, à terme, dans l’indifférence d’un occident décadent.

Les choses ne suivirent pas tout à fait le cours espéré.

Soljenitsyne publia en trois volumes son célèbre « Archipel du Goulag » où il devenait patent que les camps « de travail » du communisme, qui de l’aveu d’Hitler lui-même, avaient servi de modèle au « Reich qui devait durer mille ans », lui survivait « avec avantage » !

Réfugié aux USA, dans le Vermont, Alexandre Soljenitsyne avec son allure de prophète dostoïevskien, devait poursuivre son oeuvre, magnifique, profonde, et contribuer, avec quelques autres, dont l’immense Jean Paul II, à l’effondrement du monstre marxiste-Léniniste.

Impitoyable au matérialisme sous sa terrifiante forme communiste, l’auteur de l’Archipel du Goulag ne devint pourtant jamais le thuriféraire du matérialisme occidental, douceâtre, insinuant, mais non moins redoutable.

Après l’effondrement de l’URSS, et la fin de la guerre froide, il devait tomber en disgrâce auprès des prophètes de la culture de mort (dixit Jean Paul II), celle qui décérèbre l’occident d’aujourd’hui, qui lamine les âmes, transforme les créatures de Dieu en sujets passifs, et en larves d’une société de consommation sans fierté, sans vie, sans honneur.

Rentré en Russie, Soljenitsyne, y poursuivit dans le silence son œuvre.

Dans les jours qui viennent j’aurai l’occasion de revenir sur certains de ses aspects, qui sont des germes d’espérance, des pierres d’attente d’un renouveau.

« Vous êtes le sel de la terre » ! Soljenitsyne est de ceux qui, en vrais horticulteurs du Seigneur, ont bien travaillé pour la moisson.

L’heure du repos est venue pour lui.

Celle de l’héritage est venue pour nous.

Puissions nous, à la mesure de nos moyens, le continuer, le faire fructifier.

 

Edouard Boulogne.

 

 

PS : Libéré de l’URSS, Soljenitsyne clama sa déception du monde qui l’accueillait, moins sans doute par admiration pour sa pensée, que par un souci peu louable d’utilisation basse. Dans un discours célèbre prononcé à l’université de Harvard, il le dit sans ménagement. En voici un extrait significatif :

 

Extrait de la conférence prononcée à Harvard le 8 juin 1978 :

« Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société tout entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel, mais ce ne sont pas ces gens-là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, dans leurs discours, et plus encore dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance - à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement hors d’état de rendre un seul coup. Alors que leur langue sèche et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur.

Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? »

 

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