LE SCRUTATEUR Guadeloupéen.
" Le philosophe est celui qui ayant scruté la profonde détresse de la conscience humaine, s'efforce, de la
panser, d'une main lente et douce".
Dans la mémoire du Tour de la Guadeloupe.
( Le numéro "Spécial Tour" parut avant l'épreuve. En couverture
nous avions placé la photo du retour en Guadeloupe du jeune Christian Merlot qui venait de remporter en métropole, le championnat de France des juniors. Au premier plan, et de gauche à droite :
Fulbert Romain, Pierre André, entraîneur de l'USL, et le champion C.Merlot).
[ Le Scrutateur n'a pas encore les moyens de suivre pour vous le tour de la Guadeloupe au jour le jour et de concurrencer France-Antilles (et même RFO!). Mais j'ai choisi, pour en parler, l'angle de la mémoire, et de puiser dans les archives du magazine Guadeloupe 2000, que j'ai dirigé de 1970 à l'an 2002.
Aujourd'hui , vous pourrez vous replonger quelque peu dans l'ambiance du Tour 1977.
Nous avions concocté un numéro spécial , dirigé par un de mes élèves de terminale de cette année là : Jean-Claude Pichy, dont les cheveux ont depuis lors quelque peu blanchi. Jean-Claude,
entre autres choses, avait réalisé une interview de M. Camille Jabbour, directeur du journal Match et fondateur de la grande épreuve cycliste.
( En 1954, à gauche le préfet Ravail, à droite Camille Jabbour).
Je la publie partiellement, en ce qui concerne l'époque héroïque du Tour.
On regardera aussi, la bande dessinée réalisée par un autre élève, plein de talent, qui signait
Bourdan, où les vieux Guadeloupéens reconnaîtront l'ancien préfet de la Guadeloupe M. Aurousseau qui ne fut pas gâté durant son séjour dans notre île par les caprices de la nature : l'éruption de
la Souffière en 1976, des cyclones et autres tornades!!!
(Comme promis. Mais nous nous excusons du manque de netteté de cette reproduction).
Plusieurs clichés du début des années 1950 montreront aux jeunes supporters de l'an 2008, que les épreuves sportives de ces périodes anciennes n'avaient rien à envier, en fait de difficultés, à celles d'aujourd'hui, quoique de nature différente.
E.Boulogne ]
Mémorial du Tour de la Guadeloupe
ENTRETIEN AVEC CAMILLE JABBOUR
par Jean-Claude Pichy
(
Jean-Claude Pichy, en 1977 ).
GUADELOUPE 2000 : Monsieur Jabbour vous avez été Président de la Ligue de Cyclisme en Guadeloupe pendant combien ae temps ?
C. JABBOUR : J'ai débuté en 1944, jusqu'à 1963, donc 19 ans. Durant 19 ans donc.
GUADBLOUPE 2000 : Pourriez-vous nous dire quels sont les coureurs qui vous ont marqué le plus durant votre séjour ?
|C JABBOUR : Vous savez en 1944 ont commencé les épreuves cyclistes avec le grand critérium que gagnait René Machecler à l'époque, ensuite nous avons organisé le derby de Petit-Canal et de nombreuses courses jusqu'à ce jour. Les noms ont été donnés : Circuit colonial, Enfer du tord. Derby de l'Anse-Bertrand. C'était au début de la libération française, à la fin d'une guerre atroce, et le journal Match avait pris en main l'évolution de ce sport, Mr Joanarm m'avait nommé délégué général.
En fait la première grande épreuve été celle du premier tour de la Guadeloupe en 1948. Des difficultés d'organisation se présentaient. Les vélos n'étaient pas équipés comme aujourd'hui et les coureurs étaient des hommes sans entrainement qui aimaient la bicyclette et c'est tout... !
GUADELOUPE 2000 .-Si je me souviens, il n'y avait que deux étapes ?
C. JABBOUR : Nous avons donc pour la première fois organisé cette course en deux étapes. Le tour de la Grande-Terre, puis celui de la Guadeloupe proprement dite avec des routes - ou si vous préférez des sentiers en terre battue et parfois tapissées de cailloux - fort désagréables - où seule une voiture passait, avec des difficultés, telles que le morne «Paul Thomas» près de Baillargent. A vrai dire les difficultés étaient entre Pointe-Noire et Sainte-Rose.
GUADELOUPE 2000 : A première vue c'était un genre de cyclo-cross.
C. JABBOUR : Eh oui ! depuis le «Paul Thomas» en passant par Baillargent, il fallait trouver une piste pour monter, et porter sa bicyclette sur son dos et ceux qui avaient de la chance arrivaient à Pointe-Noire sans crevaison.
( A gauche le célèbre Houillier. On notera sur le visage des supporters cette admiration
stupéfiée, portée, alors, aux archanges de la "petite reine").
GUADELOUPE 2000 : Mais vous avez oublié le morne à Frédéric communément appelé «l'estomac à Frédéric.
C. JABBOUR : Eh bien : c'était un sentier pavé qui était presque impraticable - non seulement les coureurs montaient à pieds, mais la voiture officielle était obligée de monter en marche arrière et poussée par des supporters.
GUADELOUPE 2000 : Lors de ces premiers tours de la Guadeloupe, y avait-il des équipes étrangères au département ?
C. JABBOUR : Aucune puisque nous-mêmes nous vivions en vase clos.
Ici il y avait 2 clubs importants : la Pédale Pointoise (ASPP) et le Vélo Club Pointois(V.Ç.P.).
Us avaient des coureurs importants comme Dupalan. Son jeune frère est arrivé par la suite 2 ou 3 ans plus tard et ces 2 frères contre les 2 autres frères Machecler, suffisaient pour rehausser l'éclat d'un duel sans limite pour les supporters.
GUADELOUPE 2000 : Est-ce que vous constatez une grande différence entre les coureurs de la première génération, l'ancienne, et ceux d'aujourd'hui ?
C. JABBOUR : Les coureurs de l'époque étaient plus athlétiques. C'étaient dirais-je des athlètes complets qui étaient malheureusement équipés médiocrement, pas de boyaux, certaines bicyclettes avaient un pignon fixe, sans dérailleur, donc elles étaient plus lourdes et les routes plus difficiles.
Les coureurs d'aujourd'hui sont techniquement plus forts parce qu'ils ont eu des contacts avec des formations nouvelles, lors de la venue de Métropolitains alors que nous, nous vivions en vase clos et ce n'est que plus tard que nous avons pensé à inviter des Martiniquais.
( En 1954, le grand Maxime Bénuffé, dans l'ascension périlleuse de "l'estomak à Frédérik").
GUADELOUPE 2000 : Des Guyanais aussi ?
C. JASBOUR : Non pas_ de Guyanais.
GUADELOUPE 2000 : Que pensez-vous du bond que viennent de faire certains clubs, comme le VCS, La JCA et plus particulièrement l'USL sur le plan technique, et autres.
C. JABBOUR : L'USL a toujours été bien équipée. C'est un club qui a toujours eu du succès et il est soutenu par une firme commerciale qui aide beaucoup les coureurs. Ce sont des semi professionnels, et c'est là le grand avantage de ce club.
GUADELOUPE 2000 ; Alors que les autres clubs n'ont que des coureurs strictement amateurs ?
C. JABBOUR : Oui, c'est cela. Dans les autres clubs nous en avons qui ont un métier et parfois même un foyer..
GUADELOUPE 2000 : Selon vous, est-ce que les anciens coureurs, s'ils en avaient les moyens arriveraient à rivaliser avec les coureurs d'aujourd'hui ?
C. JABBOUR : Vous savez le sport cycliste c'est comme la boxe. Il faut souffrir et ce n'est pas un sport de bourgeois, ni d'intellectuels, c'est un sport d'ouvrier.
Certains coureurs, dès qu'ils ont commencé à réussir se font une autre idée de la vie : celle du confort. Les coureurs Guadeloupéens n'atteignent pas la trentaine aujourd'hui en cyclisme.
Mais René Machecler et son frère ont couru jusqu'à 40 ans et plus ; René, lui, a couru jusqu'à 50 ans. (….).
( Certaines des photographies que j'avais sélectionnées, vieux clichés en noir et blanc, ne passent pas.
J'essaierai d'y revenir plus tard, avec plus d'efficacité). (Vous qui découvrez ce blogue, s'il vous plû, mettez-le parmi vos favoris, et parlez-en à vos amis).
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