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Publié par Edouard Boulogne

Victorin Lurel, le créole et la démagogie.

 

 

Victorin Lurel, Président de la région Guadeloupe, et député de ce département, n’est pas dépourvu de qualités : travailleur, excellent orateur, non dépourvu d’une certaine culture.

J’en parle peu dans ce blog, car l’opportunisme, sans doute, l’a fait pencher à gauche, tropisme qui n’est pas vraiment le mien (soutenir Ségolène Royal ! Fi !). Et pourtant, je lui suis reconnaissant d’avoir, en 2003, lors du referendum sur la question statutaire en Guadeloupe (et quelles que fussent les raisons profondes de sa prise de partie) d’avoir donc  refusé le choix aventuriste d’une sorte d’autonomie pour la Guadeloupe (première étape vers une indépendance à contenu « socialiste » pour beaucoup d’aventuriers de la politique). On sait que le choix du peuple, fut à 74% le refus de la rupture avec la France, et Victorin Lurel fut, tout d’un coup, très entouré, et souvent par ceux-là même qui quelques semaines plus tôt l’avaient vilipendé.

D’où mon indulgence à son égard en maintes occasions où il aurait eu besoin d’être fustigé. Ce qui ne préjuge en rien de mon attitude envers lui à l'avenir, mon vote, et celui des gens qui me font l'honneur de me consulter n'appartiennent qu'à nous.

Je ne peux pas, cependant, laisser passer sans rien dire ses déclarations d’hier soir (samedi 12 juillet) sur le refus par le sénat de la nation, de laisser inscrire les langues régionales (le Breton, le Basque, l’Alsacien, le Corse, les créoles, etc), dans la Constitution de la Vè République, comme langues égales au Français.

Il y voit une atteinte à la dignité des Antillais, une trahison de l’esprit de la République à laquelle il est, dit-il, plus que tout autre, attaché, cet esprit "ouvert, libéral et pluriel".

Monsieur Lurel croit-il ce qu’il dit ?

 

1.    Sur la République.

 

La France aujourd’hui, au cours de sa longue histoire, est une République.

A ce titre, comme 64 millions d’autres citoyens, je suis un républicain. Mais disons le clairement, je suis, et M.Lurel aussi, Français avant d’être républicain.

La République est une idéologie, une certaine façon d’envisager la façon de vivre, les relations sociales, morales et économiques des citoyens entre eux, et envers les autres nations. La France existait, et grandement, avant, et elle lui survivra (peut-être).

Cette idéologie a ses partisans, nombreux, elle a aussi ses détracteurs. Lesquels ont leurs arguments, en faveur d’une autre vision des rapports sociaux, moraux, économiques, etc. Ces citoyens ont peut-être tort, ils n’en ont pas moins le droit de penser ce qu’ils veulent, (ou alors….. la liberté ?!).

Ce que nous enseigne l’histoire, c’est que la République n’a pas toujours été très ouverte, et libérale sur cette question des langues régionales, quoiqu’en pense M.Lurel. En 1793, sous la bannière de Robespierre, pour nous en tenir à la figure emblématique par excellence, un régime de terreur fut établi en France. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » disait-on au Parlement de la République. Phrase lourde de sens. Dans toute la France, tout un peuple qui refusait l’idéologie de la République naissante, fut bâillonné, écrasé, martyrisé, assassiné. Rien qu’en Vendée, deux cent mille paysans furent exterminés. Ce fut le génocide franco-français analysé dans le détail par l’historien  Ronald Secher.                             .

Et Napoléon Bonaparte, qui poursuivit le travail de Robespierre dont il avait été « l’ami », et le disciple, (sans Napoléon, la République n’eut pas survécue au Directoire) fut l’instaurateur dans la durée, sous la forme, peut-être pas si paradoxale que cela du pouvoir autoritaire, non seulement en France, mais dans toute l’Europe, et bientôt dans le monde entier par l’Europe colonisatrice, des idées républicaines. A cet égard, certains, on le sait, estiment que la colonisation ne fut pas que négative, et qu’il vaut mieux aujourd’hui être Français de la Guadeloupe ou de la Martinique, qu’habitant du Niger, de Zimbabwe, ou du Ruanda, ou du Congo, ou de l'Algérie, etc, etc.

Ces quelques considérations trop rapides, pour, toutefois, relativiser les proclamations un peu trop fébriles pour être totalement sincères de monsieur Lurel sur le "libéralisme républicain".

 

2.    Sur le créole.

 

Revenons-en à la déception de Victorin Lurel sur le refus du Sénat d’entériner le projet d’inscription des langues régionales, dont les créoles, dans la Constitution.

Il y voit une atteinte aux principes républicains.

Or c’est exactement le contraire qui est la vérité.

C’est dans la vieille France celle de la monarchie que le pluralisme linguistique fut, plus qu’une tolérance, un fait.

Seuls les gens d’Ile de France, et une élite intellectuelle et sociale parlaient alors le Français. En province on parlait toutes sortes de langues, et les paysans de l’Ouest ne comprenaient pas ceux du sud, du Nord, du Centre ou de l’Est, et réciproquement.

L’unité nationale était alors fondée sur le pacte féodal. C’est le Roi qui était la clef de voûte de l’édifice  français.

Une fois ce principe politique fondamental abattu (à tort ou à raison), par la Révolution, il fallut en trouver un autre, faute de voir s’effondrer et se dissoudre « la personne France », comme disait Michelet.

Ce fondement ce fut l’idée du « peuple en corps », la « volonté générale », principes empruntés à JJ.Rousseau.

Principes abstraits auxquels les révolutionnaires républicains s’efforcèrent de donner une consistance à travers des institutions, et des principes : Liberté, Egalité, Fraternité.

Faute d’une personne, d’un souverain de chair et de sang, les Français furent appelés désormais à communier dans l’idéologie républicaine qui tendait à se substituer, véritable « religion » laïque, à toute autre religion et à toute représentation politique, sociale, morale, différente de la sienne.

Il s’agissait de captiver les esprits, par la propagande, l’école, et tous les moyens, même légaux, à l’idée de la République Une et Indivisible.

L’école, dans cette entreprise de longue haleine, joua le rôle crucial.

L’apprentissage du Français devint l’impératif catégorique de l’identité nationale qui ne se projetta plus dans la personne d’un roi, dans la continuité d’une dynastie.

Ceci apparaît clairement dès 1792, à la Convention nationale où le député Lauthenas déclara :   « Il faut que les intérêts de la République soient maintenant connus de tous ses membres ; et ils ne peuvent l’être comme il convient qu’en rendant la langue nationale parfaitement familière à tous. Partout où les communications sont gênées par les idiomes particuliers, qui n’ont aucune espèce d’illustration et ne sont qu’un reste de barbarie des siècles passés, on s’empressera de prendre tous les moyens nécessaires pour les faire disparaître le plus tôt possible ».

C’est dans le même esprit que l’abbé Grégoire « l’ami des noirs » se fit le rapporteur du décret qui décida que les enfants doivent apprendre « à parler, écrire et lire en langue française ».

Le même abbé Grégoire qui a joué un rôle si important dans la première abolition de l’esclavage était aussi celui, qui, dans la logique de sa pensée, stigmatisait les langues régionales comme des « idiomes grossiers prolongeant l’enfance de la raison et l’enfance des préjugés ».

Voici pourquoi, le créole fut, longtemps, « réprimé » à l’école. Et pas le créole seulement, -comme voudraient le faire croire, ici, les tenants de l’idéologie raciste et séparatiste qui étouffent la Guadeloupe et la Martinique, les empêchent de vivre et de croître en santé économique psychologique et morale - , mais aussi le Breton, le Basque, etc, dont, partout, les tenants tentent de dissoudre la France avec souvent la complicité des puissances étrangères qui ont intérêt à l’effacement de notre pays.  (Ainsi en fut-il par exemple en Bretagne de 1940 à 1944, où l’occupant nazi prit langue avec tous les mouvements séparatistes, en vue de leur « libération » (sic) du pouvoir parisien et du jacobinisme. Ainsi par exemple du "régionaliste Breton Oliviers Mordrel. Cf notamment son livre Le mythe de l'hexagone, aux éditions Jean Picolec.)

Mais aujourd'hui, les langues régionales sont en plein essor, portées par ce qui est une véritable mode, et quant au créole, qui n'a jamais été menacé dans son existence, il se porte très bien, est l'objet d'un enseignement scolaire, aux Antilles, et même, si on le réclame, en métropole. Il est matière à option au baccalauréat. Cela est très bien ainsi. Mais ce n'est pas ce que réclament ses "intégristes" qui sont aussi des sécessionnistes politiques. Souscrivons à leurs exigences, comme y consentent déjà des députés inconscients (ou incultes) et nous aurions aussitôt de fâcheuses conséquences, de tous ordres, juridiques et autres.

Tout cela, je crois M.Lurel trop fin, trop informé ( du moins je l'espère) pour l’ignorer. Mais nous entrons en période électorale. De tous côtés on s’efforcera de ratisser large. Victorin par ses déclarations sur le créole ne fait que viser une certaine catégorie d’électeurs. Croit-il ce qu’il dit ?

Il fait surtout du bruit avec sa bouche (Mais ......« grand père, que vous avez de grandes dents !). Dans le même temps, par d'autres paroles, il tentera, et ses collègues politiciens, de tous bords, comme lui, de tenter de séduire les uns et les autres, même les plus antagonistes, de sa fidélité à leurs intentions. Ah! la vie d'un politicien n'est pas toujours facile, et ses facultés de conciliation des inconciliables sont soumises à rude épreuve!

 

Nous ne sommes pas dans l'ordre de la politique, mais dans celui de la démagogie, qui en est un utile adjuvant.

 

Nous, électeurs, restons vigilants, de tous les côtés, à l’égard de tous les démagogues.

« An nou rété veyatifs » !

 

Edouard Boulogne.

 

 

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