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Publié par Edouard Boulogne

HISTOIRE

 

PAGE D'HISTOIRE : le cyclone 1928.

 

 

Jusqu'à la fin d'octobre nous voici entré dans la saison des cyclo­nes. Les amateurs d'émotions for­tes prétendent qu'à bien des signes nous devrions être frappés en cette année 2008.

Dieu ne les entende pas !

Quoiqu'il en soit, et pour des rai­sons purement documentaires, Le Scrutateur a choisi ce mois-ci d'évoquer l'un des cyclones les plus violents qui ait frappé la Gua­deloupe et reste imprimé dans la mémoire collective, celui de sep­tembre 1928. Pour cela j’ai puisé dans les archives de mon ancien journal Guadeloupe 2000 qui consacra un numéro spécial à l’évènement dans son numéro 123 de juin-juillet 1987.

Rappelons brièvement les carac­téristiques de ce sinistre : dépres­sion barométrique atteignant 707 mm (contre 760 en temps ordinaire) accompagnée d'un vent extrême­ment violent. Plus la dépression est faible, plus la violence du vent est grande. De plus, la tempête s'accompagna de pluies torrentiel­les, d'une montée de la mer assez loin dans les terres et d'un tremble­ment de terre, selon de nombreux témoins.

Conséquences : 1270 victimes pour l'île et des dégâts matériels énormes, certaines petites commu­nes ayant été presque entièrement rasées, Pointe-à-Pitre ayant ses faubourgs abattus et le centre même très endommagé. Face à ce triste bilan, des points réconfor­tants , notamment l'attitude de nos conci­toyens - à la fois courageux et sans plaintes excessives devant l'épreuve - Au contraire ils s'exhor­taient mutuellement à relever les ruines : les journaux de l'époque en font foi . Tel père de famille, après avoir perdu 2 fils, faisait cependant partie d'un Comité de secours. Ainsi se révélait le sens chrétien de tous, pour qui la vie ne se limitait pas à la pierre tombale. Tous témoignaient qu'ils savaient ainsi porter leur esprit vers l'au delà et, en définitive, vers Dieu , refuge des disparus autant que secours des survivants.

Autre point réconfortant : le sens de l'entraide parmi les hom­mes du monde occidental. Parmi les peuples de ce monde occidental tant décrié, si matérialiste, nous dit-on, on trouva l'aide de la Martini­que, et en particulier de Fort-de-France, dont le maire vint jusqu'à nous ; celle des Etats-Unis, du Canada, de l'Indochine alors fran­çaise, et surtout du gouvernement central lui-même : 100 millions ( de l’époque) fu­rent envoyés aussitôt pour nous aider à nous relever de nos ruines (dont 6 furent confiés au grand poète catholique Paul Claudel, alors ambassadeur de France à Washing­ton et venu spécialement à Pointe-à-Pitre nous les remettre).

Pour compléter ce schéma, lais­sons maintenant la plume à deux témoins, que j’ai bien connus, aujourd’hui décédés et qui ont failli perdre la vie au cours du cyclone. Leur histoire nous est précieuse ; bien que briè­vement contée, elle nous remettra mieux dans l'ambiance que les arti­cles d'hier et d'aujourd'hui.

E.Boulogne.

  (A Pointe-à-Pitre, une maison s'est effondré sur elle-même et le balcon du 1er étage est au niveau de la rue).

SOUVENIR D'UN RESCAPE (Il s’agit de monsieur Eugène Bonnet, qui travaillait alors dans l’île de Marie Galante, une dépendance de la Guadeloupe. La science météorologique était bien moins développée qu’aujourd’hui, et monsieur Bonnet, comme les autres Guadeloupéens découvrirent le monstre cyclonique au moment même, ou à peu près, où il s’abattait sur nos îles. En 1951, encore, dans la ville du Moule, où à l’âge de neuf ans je passais les vacances en famille, un cyclone qui heureusement nous épargna, fut annoncé quelques heures seulement avant l’heure de son passage présumé, par un garde champêtre de la commune, « à son de caisse ». Le texte de M.Bonnet fut écrit spécialement pour Guadeloupe 2000 en 1987.).

 

« Le 12 septembre 1928 à Grand-Bourg (Marie-Galante), au lever du jour, le ciel brumeux, la mer houleuse, le vent déjà violent, augmentant pro­gressivement d'intensité et soufflant en outre par rafales, avaient mis la ville en émoi, la plupart des habitants se livrant à des conjectures alarmantes.

Cependant, les autorités administra­tives locales n'avaient reçu aucun mes­sage annonçant une perturbation atmosphérique inquiétante et invitant la population à recourir aux mesures de sécurité qui s'imposaient.

Mais la force du vent devint si puis­sante vers huit heures que l'on ne put mettre en doute l'imminence d'un cyclone ; le baromètre avait baissé d'une façon très sensible et il importait alors de se chercher un abri.

Un habitant de la ville, fonctionnaire d'une administration publique(il s’agit de l’auteur lui-même. Note du Scrutateur), logeant dans l'immeuble où était installé son bureau, après avoir renvoyé l'employé affectée à son service, se mit à consoli­der les portes et fenêtres de son appar­tement et celles de son bureau, for­mant le projet, après l'accomplisse­ment de cette tâche d'aller s'abriter ail­leurs, doutant de la solidité de l'immeuble, dont plusieurs fenêtres du galetas et du premier étage avaient déjà été emportées par le vent.

Mais il s'attarda trop, voulant à tout prix mettre en sûreté ses archives et dossiers principaux dans l'armoire du bureau.

Il s'était astreint à celte obligation depuis une demi-heure à peine, quand il s'aperçut que l'immeuble s'était incliné ; il ne pouvait plus en sortir ; il était neuf heures ; ses souvenirs s'arrêtent là...

Quand il reprit connaissance, il se rendit compte que sa maison, s'était écroulée sur lui ; il ne voyait, n'enten­dait rien, était couché enserré sous les décombres ; il resta très longtemps dans cette position, se dégagea peu à peu, après de multiples efforts ; enfin libéré, il utilisa en guise de bouclier,

une large cuvette de zinc pour se pro­téger des projectiles qui tombaient autour de lui et parvint difficilement à une maison voisine, fortement endom­magée et abandonnée de ses occu­pants ; de là, profitant d'une accalmie relative et de l'instant bref ou était entrouverte l'une des portes de l'hôpi­tal, proche heureusement, il s'y pré­senta et fut accueilli avec stupéfaction ; il avait le visage couvert de sang prove­nant de (rois blessures au front et à la tempe ; il était dix-huit heures ».

 

(L'image se passe de commentaires).


(DEUXIEME TEMOIGNAGE. (Il s’agit de monsieur Roger Block de Friberg, qui dans cette terrible tragédie fut particulièrement éprouvé, puisqu’il perdit une bonne partie de sa famille dans la catastrophe. Son texte parut alors dans un numéro du journal « Le Nouvelliste de la Guadeloupe »).

 

 

LES EFFORTS D'UN PERE POUR ARRACHER SA FAMILLE A LA MORT.

 

... Hélas ! oui, j'ai été une des victi­mes les plus éprouvées du cyclone. J'ai perdu trois fillettes, jolies, gentilles et resplendissantes de santé. .

Je me trouvais en changement d'air, aux Ilets (petites îles situées dans la rade de Pointe-à-Pitre, à cinq kilomè­tre de la ville) avec toute ma famille : ma femme, mes six enfants, deux ser­vantes, mon beau-frère Roger Dain, âgé de 20 ans, et mon jeune employé, âgé de quinze ans, Florent Saint-Auret.

Le vent commença à souffler dans la nuit du 11, mais quoique très fort, il ne laissait rien présager de dangereux. Le 12 au matin voyant que la bourrasque augmentait et que le ciel paraissait tout drôle avec ses nuages qui couraient à une vitesse vertigineuse, je décidai de ne pas me rendre à mon travail, d'autant plus que mon canot à voile courait grand risque de chavirer.

Vers dix heures, je ne me faisais plus d'illusions. Nous étions à la merci d'un cyclone et sans secours de la ville, car non seulement l'administration n'avait pas envoyé le moindre bateau à notre secours, mais elle avait négligée de nous avertir du danger. Je pris aussitôt toutes précautions utiles ; les portes de notre maison furent condamnées à l'aide de fortes barres de bois et les crochets attachés ; je réunis ma petite troupe dans une pièce, sous le vent, qui semblait la plus solide et la mieux conditionnée. Tout le monde était calme, sans émotion.

 

LES MAISONS S'ENVOLENT EN MORCEAUX.

 

Sur le coup de midi, comme un châ­teau de cartes, notre maison s'envolait par morceaux. Sans perdre de temps et malgré les tôles qui pleuvaient de toutes parts, je conduisis ma nichée dans une maison voisine dont les pro­priétaires, pour cause de maladie, avaient dû gagner la ville la semaine précédente.

Nous étions à peine installés dans ce nouveau refuge qu'une seule rafale, d'un bloc, en enlevait le toit.

Vers deux heures, c'est la mer qui fait maintenant son apparition aux Ilets. Elle monte sans cesse. Mes enfants, que j'avais perchés sur des tables, ont, au bout de quelques minu­tes, de l'eau jusqu'aux genoux. Notre position devient critique. Les lames ont déjà emporté les dépendances de l'habitation menacent de nous englou­tir. L'une d'elles, d'un choc violent, chasse la maison d'au moins deux mètres. L'effondrement va suivre. Sans plus tarder, au prix de mille diffi­cultés, je porte mes enfants chez un ami et voisin dont la demeure résiste encore. Les grandes personnes se tenant par la main, font la chaîne pour résister à l'impétuosité du vent et à la violence de la houle. Mais, sitôt arri­vés, il nous faut fuir plus loin encore, tenter de nous réfugier dans une autre maison seule debout la plus haute d'ailleurs tous les immeubles des Ilets

étant de plain-pied afin de mieux résister au vent.

 

UNE BREVE ACCALMIE

 

C'est à 14h30 que nous émigrons vers la maison haute profitant d'une brusque accalmie, (l’œil du cyclone. Note du Scrutateur) car je sais ce répit trompeur, avant-coureur même du retour du cyclone qui, depuis la veille, soufflait du nord-ouest et nous reve­nait du sud-ouest.

Les grandes personnes, donc parti­rent avec moi. Je portais mon fils, âgé de deux ans, et soutenais ma femme à demi morte de froid et d'émotion. La route était difficile : une centaine de mètres de trajet, pas plus, mais balayée par 1m50 d'eau, voire 2 m quand arrivaient les lames. Et il fallait franchir des arbres à la dérive, des morceaux de maisons flottants, tout un chaos d'épaves s'entrechoquant.

Enfin le premier convoi put arriver à la maison haute (ancienne demeure de M., député).

Je repartis en toute hâte, tantôt nageant, tantôt courant sur les bois flottants. J'arrivai enfin à la maison ou j'avais laissé les enfants et les dames y compris notre bonne. La première petite qui apparut à la porte, ce fut ma fillette, âgée de neuf ans.

Entre temps, la mer n'avait cessé de monter. Luttant plus désespérément que jamais, je revins, une quatrième fois. Mais, à mi-chemin de la maison ou m'attendaient les miens je trouvai deux petits enfants sur le point de se noyer, cramponnés à une planche qui les soutenait à peine. Sans hésiter - et croyant les miens encore en sécurité -je me portai au secours des deux enfants (orphelins de père depuis le 12 septembre). J'emportai tout d'abord le petit garçon, un pauvre gosse de 5 ans, et je revins prendre sa sœur, âgée de 8 ans.

C'est à ce moment-là, il était peut-être 15 heures, que tout fut fini.

L'accalmie avait été brève. Du sud-ouest, le vent était revenu avec une intensité terrifiante. Je n'avais pas sitôt mis la fillette à Califourchon sur mon cou que j'aperçus une montagne d'eau s'abattre sur la maisonnette ou se trouvaient encore trois de mes enfants, ma bonne, Mme Pierre Queslel et sa petite fille, Mme Jean Lemaistre, mère de deux orphelins, et deux domesti­ques, en tout neuf personnes qui m'attendaient pour les sauver...

 

UNE MONTAGNE D'EAU.

 

Quand je vis celte montagne d'eau s'approcher de moi, instinctivement je plongeai à toucher le sol, risquant de noyer la fillette. Quand je revins à la surface, hélas ! la maison et ses neuf réfugiés avaient disparu. Plus un ves­tige, rien. La lame, qui avait atteint quatre mètres avait tout balayé.

Je ne cherchai pas à dire ma détresse. Je restai cloué, hébété par cette perte sans remède. Mais une deuxième et une troisième lames qui m'obligèrent à plonger encore pour n'être pas entraîné, me rappelèrent à la raison et, comme saint Christophe que j'implorais avec ferveur durant mon sauvetage, j'emportai la petite fille à la maison haute, ou nous parvîn­mes à demi noyés par l'eau que nous avions bue.

Nous avons passé tout le reste du temps que dura la tourmente au pre­mier étage et, sans discontinuer, le plancher qui se trouvait à 3m50 du sol, se soulevait par endroits laissant s'engouffrer l'eau sous l'effort des vagues.

Vers 4 heures du matin, le vent tomba.

Au point du jour, il était 5h30, nous décidâmes de quitter notre grenier. La mer avait fauché l'escalier. Je descen­dis à l'aide d'un drap attaché à une poutre et plusieurs hommes firent de même. Une fois dehors, jugeant, tant la maison penchait et menaçait ruine, qu'il était dangereux de laisser dans ce galetas les quelques survivants qui y grelottaient, nous fîmes une échelle avec deux mâts de canots et des bouts de bois ficelés par le travers. Ainsi purent être évacués une vingtaine de pauvres êtres transis, épargnés par le désastre.

 

EN RADEAU.

 

A huit heures du matin voyant qu'aucun secours ne nous venait de la ville, craignant que mon dernier petit, un bébé de 2 ans, ne mourût de faim -il n'avait rien mangé depuis vingt-quatre heures et nous n'avions même pas une goutte d'eau douce à lui glisser entre les lèvres, j'assemblai un radeau et me dirigeai vers la terre ferme avec douze passagers, ma femme, une bonne, quatre hommes et six enfants. Ce convoi arriva assez aisément à bon terme, après avoir franchi quatre kilo­mètres d'une mer encore déchaînée.

Parvenus à terre, il nous fallut faire à pied, sans chaussures, presque sans linge, dix-huit kilomètres pour attein­dre la ville ou nous ne pénétrâmes qu'à 18 heures, ayant tant bien que mal réparé nos forces avec des noix de coco et des cannes à sucre.

La mer m'a volé une fillette de 11 ans, Paulette, une autre de 8 ans, Andrée, et une petite de six ans. Danielle, elle nous a pris aussi Clotilde Jovial, notre bonne de confiance.

La maison qui nous a sauvé la vie le 12 septembre, est tombée hier matin.

Les llets, qui comptaient trente-deux maisons, en ont eu trente et une emportées par le flot. Soixante-dix-huit personnes y ont été noyées. Une trentaine d'Iliens ont été sauvés. Les corps retrouvés en grand nombre à la côte étaient si défigurés qu'ils étaient méconnaissables, difficiles à identifier. J'ai pu retrouver ma pauvre petite Danielle, que j'ai dû enterrer sur le rivage même, car hélas ! le temps pressait. Et nous avons enterré les autres également sur le rivage, les autres, tous les autres, sans savoir.

R.B. deFRIBERG.

 

 

 

Témoignage de Gilbert de Chambertrand.

  (Gilbert de Chambertrand).

La lettre qui suit constitue un témoignage très intéressant, très vivant du tragique cyclone de 1928, émanant d’un des esprits les plus originaux de la Guadeloupe littéraire et artistique du XXè siècle, monsieur Gilbert de Chambertrand, que l’on a souvent désigné sous l’étiquette très honorable de « Sacha Guitry des Antilles ». Cette lettre parut dans le journal l’Illustration du 13 octobre 1928. Je l’ai retrouvée dans le petit livre de monsieur Maurice Martin destiné aux élèves de l’enseignement primaire sous le titre « Précis d’histoire de la Guadeloupe ». Mon édition est de 1939. (Sur Gilbert de Chambertrand on pourra se référer à l’article du Scrutateur que l’on peut trouver dans nos archives sous la rubrique « Figures ».

 

 

 

 

Cyclone du 12 septembre 1928 Lettre de M. Gilbert de Ghambertrand.

 

Dès le 11, un peu après midi, le vent se mit à souffler du Nord, cependant que le baromètre, qui était à 760, commençait à baisser, signes non équi­voques de l'existence d'une dépression cyclonique. A 16 heures, il était à 758 et, au moment du coucher du soleil, nous pûmes voir un de ces ciels sinistres aux reflets de cuivre qui annoncent généralement les grands bouleversements du ciel. A 20 heures, la pres­sion était à 756, cependant que le vent augmentait graduellement d'intensité. A minuit, j'ai jugé utile d'aller consolider quelques portes de la maison que j'habitais; le baromètre marquait 754. Le 12, à 5 heures du matin, 752, puis à 7 heures, 750. A partir de ce moment, la situation se précipita. Le vent devenait de plus en plus dur. A 10 heures, 745. Un télégramme arrivait de San-Juan de Porto-Rico, situant le centre de la dépression à 300 milles de la Guadeloupe et se dirigeant sur elle. Ma maison, qui était assez haute et isolée, me parut peu sûre et je l'abandonnai vers 10 heures et demie pour me réfugier dans une maison voisine, plus basse et mieux abritée, emmenant deux enfants et emportant mon baromètre à mercure, la seule chose qui dut me rester. Vers midi, en effet, ma maison s'effondrait et le baromètre marquait 720. Mais le vent devait croître encore de violence, et la dépres­sion se creuser davantage.

Ce n'était qu'un vacarme épouvantable de tôles et de planches emportées et défonçant les maisons ; de murs s'écroulant ; la mer envahissant la ville par les quais, éventrant les docks et les magasins. La maison où je m'étais réfugié commençait à être démolie à son tour. Sa toiture arrachée pièce à pièce, le plafond de l'étage supérieur s'effondrant sur les planchers, s'ajou­taient pour nous au vacarme extérieur. Tout était ruisselant d'eau, et le vent atteignit une force prodi­gieuse. Enfin, vers 14 heures, survint l'accalmie, l'éclaircie zénithale qui dura très peu, dix minutes environ, pendant lesquelles j'eus le temps de noter la pression la plus basse que je pus observer : 707 m/m. Aussitôt, le vent qui soufflait précédemment du Nord, passa au Sud et reprit, de plus belle, sa rage folle. Jusqu'à quatre heures, ce ne fut qu'un tourbillon d'enfer. A plus d'une reprise, la maison frémit et nous la sen­tîmes se soulever. Elle resta cependant sur sa base et, vers 16 heures, nous eûmes la joie de constater que le baromètre était remonté à 728. Vers 18 ou 19 heures, il était à 735. A 21 heures, à 745. Enfin, le 13, à 4 heures, il était revenu à 754, tandis que le vent, dont la force avait progressivement diminué, agitait encore ses der­nières rafales sur les ruines de la ville. A sept heures, lorsque nous nous hasardâmes au dehors, le baromètre marquait 756.

Quel spectacle nous attendait !... Les maisons cul­butées, éventrées, les rues encombrées de débris de toutes sortes, les arbres réduits à leurs troncs, pour ceux du moins qui n'ont pas été déracinés. Le pays devenu méconnaissable. Toute une terre dévastée, roussie, sur laquelle les premiers secours commencèrent de s'organiser péniblement, toutes sortes de choses horribles, de scènes atroces, dont le nombre allait croissant. Des cadavres arrachés aux décombres... El maintenant, c'est l'isolement, toutes les communications interrompues, la famine et l'épidémie devant soi, parmi les fers tordus, les poutres rompues, les maisons ren­versées.

 

Gilbert de Chambertrand.

Illustration du 13 octobre 1928.

 

 ( Si, parmi vous, lecteurs, il est des survivants de cet évènement douloureux d'une époque qui s'éloigne, et si vous voulez faire partager vos souvenirs, n'hésitez pas à me les communiquer pour publication dans Le Scrutateur? Adressez moi vos trextes à : e.boulogne1@ool.fr ).

 

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P-yves W. 31/05/2010



Merci pour l'ensemble de vos billets sur le cyclone de 1928, et plus spécialement celui-ci qui m'a permis de connaitre un témoignage, dont j'ignorais l'existence, de la main de mon arrière
grand-père. J'ai depuis tout petit entendu parler de ce cyclone de 28 qui a marqué l'histoire familiale plus que tout autre évènement du 20 ème siècle, mon arrière grand-mère (B. de F.) en
parlait toujours avec la même horreur au crépuscule de sa mort près de 60 ans après.


 


Bien à vous,


P-yves W