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Publié par Edouard Boulogne

Les Citronniers.

 

 Eran Riklis place ses deux films sur la frontière israélo-palestinienne : « La fiancée syrienne » et « Les Citronniers » nous font glisser, sans cesse, d’un côté puis de l’autre de cette ligne factice et tellement contestable qui permet aux hommes de s’affronter avec hargne, orgueil et sans problèmes de conscience.

Deux fois, il nous montre l’ineptie de cette barrière de barbelés et de frustration où les hommes se complaisent et où les femmes tentent d’exercer leur bon sens, et de  sauvegarder  la vie, (que ce soit celle de leur amour ou celle de leurs citronniers).

Il se trouve que cette frontière est celle de la Cisjordanie, mais elle aurait pu être celle du Tibet avec la Chine, celle  de Chypre, ou celle, immatérielle, de l’Irlande avec l’Angleterre : la fable est universelle.

Salma, (Hiam Abbas), veuve palestinienne, vivote sur la terre héritée de son père. Elle est seule avec un vieux jardinier dévoué et paternel pour s’occuper de son magnifique verger de citronniers. Un jour sinistre, le ministre de la Défense israélien (Doron Tavory)  et sa femme Mira (Rona Lipaz-Michael) viennent s’installer dans la villa jouxtant les citronniers. Le MOSAD décide que les arbres doivent être abattus car ils pourraient abriter des terroristes. La veuve sera dédommagée. Point.

Mais Salma refuse et décide de se battre pour garder ses arbres qui sont ses amis, ses protégés et son indépendance. Elle va  d’abord, comme son statut de femme arabe l’exige, demander le l’aide aux cadors de son peuple. Elle les dérange en réunion plénière et virile, au café ; ils lui font comprendre que son affaire ne vaut rien… Elle comprend, surtout, qu’ils sont impuissants et inutiles. Un avocat est promptement choisi, et avec lui elle ira, déterminée et silencieuse jusqu’à la Cour Suprême israélienne. 

De l’autre côté du champ de fruits jaunes et succulents, le regard d’une  femme se porte sur Salma. Mira, saisit toute l’infamie infligée à sa voisine, elle tente de toucher son mari, mais il est blindé. Apparatchik. Les sensibilités des deux femmes sont au diapason, leur silence résonne en écho et, au delà des appartenances, elles connaissent l’importance de ce qui vit, de ce qui est sève. Chacune d’elle se révèlera et ira au bout de ses choix, les citronniers catalyseurs de leurs destins se verront taillées, mais prêts à rejaillir en feuilles et en fruits… Rien n’est perdu sauf celui qui  dresse un mur…

 De beaux personnages de femmes toutes en sobriété et en obstination, une mise en scène percutante et vive, une histoire simple et réelle, la fable porte espoir et vitalité.

Nous attendons avec bonheur  le prochain film d’Eran Riklis comme celui d’Eran Kolirin

 (Souvenez-vous, «  La Visite de la fanfare »).

Décidément le cinéma israélien est aussi sensé et humain que les politiciens sont fous et présomptueux!

 

Marie Deval.

 

 

Titre original : Etz Limon

Pays : Israel, Allemagne, France

Genre : comédie dramatique

Durée 1h46

Sortie : 23 avril 2008

Réalisateur : Eran Riklis

Avec : Hiam Abbas, Doron Tavory, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael, Amnon Wolf, Amos Lavie, etc.

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